L'exemple du dieu Janus

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À l'échelle internationale d'abord, il faudra conclure un accord ambitieux sur la maîtrise des émissions de gaz à effet de serre (GES) lors de la conférence de Paris du 30 novembre au 11 décembre prochain.

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

(Chicoutimi) Chez les Romains, le dieu Janus avait deux visages. L'un regardait en arrière, l'autre en avant. Depuis toujours, l'analyse du passé sert à anticiper l'avenir, mais dans notre monde de plus en plus complexe et changeant il faut se méfier des formules simples comme «le passé est garant de l'avenir». L'année qui se termine nous en fait la preuve. Personne n'avait par exemple anticipé la baisse du prix du pétrole et il serait périlleux de prédire les effets à long terme de ce phénomène. Regardons d'un peu plus près comment les choses s'articulent pour l'année qui débute demain.

Effet de serre

À l'échelle internationale d'abord, il faudra conclure un accord ambitieux sur la maîtrise des émissions de gaz à effet de serre (GES) lors de la conférence de Paris du 30 novembre au 11 décembre prochain. Après 30 ans de tergiversations et de faux-fuyants, les pays arriveront-ils à s'engager réellement pour maîtriser la croissance puis réduire drastiquement les émissions de GES? Malgré les minces progrès de 2014 dans ce domaine, c'est peu probable.

Les enjeux géopolitiques exacerbés par la baisse du prix du pétrole combinés à l'incapacité des pays à se donner des cibles contraignantes créent une très mauvaise conjoncture. En principe, on devrait assister à une performance décevante de plus à cet égard. Dorénavant, et pour au moins 200 ans, le niveau de CO2 dans l'atmosphère ne descendra plus en dessous des 400 parties par million. Nous avons déclenché, dans les 20 dernières années, un phénomène global qui changera tout ce que nous connaissons dans notre environnement. Pas de chance? Nous avions pourtant été avertis. La vision à court terme, le réductionnisme, la pensée en silos, l'incapacité de penser un monde non-déterministe sont les éléments qui expliquent le mieux notre échec.

Ici

Au niveau canadien, les mêmes causes produisent les mêmes effets. En décidant en 1997 qu'il faudrait produire 3 millions de barils par jour dans les sables bitumineux pour 2020, le gouvernement fédéral s'est fixé un objectif sans tenir compte des éléments pourtant fondamentaux que sont le transport de ce pétrole et les émissions de GES qui y sont associées. Nous sommes donc confrontés avec le besoin de construire rapidement des pipelines ou de transporter par train ces millions de barils afin qu'ils rejoignent le marché mondial. En effet, les américains qui étaient le marché ciblé à l'époque sont maintenant autosuffisants grâce au pétrole de schiste. Mauvaises nouvelles... on ne passe plus un pipeline aujourd'hui comme une lettre à la poste. En 2014, nous avons pu voir comment les entreprises du secteur pétrolier essaient d'acheter l'acceptabilité sociale. Gageons que cette formule efficace dans le passé ne sera plus aussi gagnante dans le futur. Quant aux émissions de GES, c'est cause perdue.

Le Québec vient paradoxalement d'entrer dans une période d'incertitude politique inédite. Le gouvernement élu en 2014 promet la stabilité jusqu'en 2018, mais il s'est mis à déconstruire et à déstabiliser les garde-fous environnementaux à travers une série de coupures inopinées et sans aucun plan explicite ou documenté. C'est dans ce cadre que se tiendra la commission parlementaire sur la prochaine stratégie de développement durable à la fin janvier. Ça promet!

Dans la région, les enjeux sont multiples. Malheureusement, il est probable que nous resterons dans les ornières convenues: région ressources, développement «bonbon» décidé de l'extérieur pour l'extérieur. Pouvons-nous faire autrement? C'est ce que je prétends depuis plus de 30 ans. Le ferons-nous? Cela dépend de notre capacité de dialogue et de notre courage. Il faudra nager à contre-courant.

Le développement durable n'arrivera pas des autres. C'est à nous d'envisager les projets dans toute leur complexité, de mesurer leur portée dans le temps, de chercher la participation et le dialogue avec les parties, de prendre le temps de faire des analyses et de suivre une batterie d'indicateurs convenus par tous. Mieux vivre entre nous et avec la nature, c'est ce que je nous souhaite en 2015 !

Claude Villeneuve remet son cachet au fonds de développement de l'UQAC.

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