De la fausse confusion

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Le professeur Claude Villeneuve, titulaire de la Chaire en Éco-conseil de l'UQAC.

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

Le thème des changements climatiques est au coeur de l'actualité depuis plusieurs années déjà. Pour certains, le rôle joué par l'Homme dans ces modifications n'est pas évident. Aujourd'hui, le géologue et

Professeur retraité de l'UQAC Reynald DuBerger et le professeur Claude Villeneuve, titulaire de la Chaire en écoconseil de l'UQAC, débattent de la question.

La science est une chose merveilleuse. Elle éclaire notre chemin, elle nous permet de mesurer, de calculer, d'anticiper et surtout de débattre pour diminuer l'incertitude. Car l'avenir est incertain et la connaissance de notre monde n'est pas révélée dans un livre sacré. Il faut la construire jour après jour, théorie après hypothèse, succès et échecs contribuant également à l'avancement des connaissances.

L'effort scientifique qui a été depuis 30 ans justifié par la contribution des humains au réchauffement du climat planétaire est un bon exemple. Pour vraiment l'apprécier, il ne faut pas se contenter de regarder ce qu'on en dit. Il faut creuser la question pour fonder ses opinions. Malheureusement, dans notre société, peu de gens s'y attardent. C'est pourquoi encore aujourd'hui on trouve des gens qui expriment des opinions dénuées de fondements et qui entretiennent la confusion : les « climato-négateurs ». Les panneaux des « Friends of science » récemment apparus sur nos autoroutes et les vociférations de quelques « illuminés » sur certaines ondes radio en témoignent de façon éloquente.

Arguments simplistes

Ces gens utilisent des arguments simplistes et profèrent à qui veut les entendre des évidences fausses. Prenons deux exemples : la prétendue incertitude sur les prédictions du dernier rapport du GIEC et la réalité de la contribution des humains au réchauffement des températures observé dans le dernier siècle.

Comme la gravitation universelle, décrite par Newton en 1684, l'effet de serre est un phénomène physique qui a été découvert il y a près de 200 ans. Personne ne remet en question la gravitation. Aucun scientifique ne refuse non plus l'existence de l'effet de serre. En utilisant la valeur de l'attraction terrestre dans une équation simple, un étudiant du secondaire peut calculer la trajectoire d'un objet lancé avec un certain angle et une force initiale. En faisant les calculs appropriés, on peut aussi obtenir l'augmentation de température qui résulte d'un changement de concentration des gaz à effet de serre (GES) dans l'atmosphère. D'ailleurs, cela a été fait dès 1896.

Grâce à la physique, l'expert en balistique vous dira que si on lance un projectile avec un canon, la charge de poudre, la résistance de l'air et la rotation de l'obus feront que sa trajectoire et son point d'impact vont varier. L'expert du climat vous dira qu'en fonction de divers paramètres comme la vitesse l'augmentation des GES et les variations naturelles de l'irradiation solaire, la production d'aérosols et la vitesse de fonte des glaces, la trajectoire du climat va changer à la fin du siècle.

Quand un climato-négateur déclare que l'incertitude des prévisions dans le dernier rapport du GIEC varie entre 1,5 et 4 degrés, il ment. Le graphique dont il est question examine quatre scénarios différents d'évolution des émissions (voir www.ipcc.ch/pdf/ assessment-report/ar5/syr/SYR_AR5_SPMcorr1.pdf page 11).

Comme si l'artilleur disait: « le boulet va se rendre à 300 mètres avec une charge d'une livre de poudre, à 500 mètres avec deux livres et à 700 mètres avec cinq livres ». La gravitation demeure la même, l'effet de la résistance de l'air varie avec la vitesse et la vitesse varie avec la charge. C'est simple et facile à démontrer.

Quiconque fait le même calcul arrivera au même résultat.

C'est la même chose pour l'évolution du climat et c'est publié dans les journaux avec le plus haut standard scientifique que les climato-négateurs ne prennent pas la peine de lire.

Le climat a varié dans le passé, naturellement. Dans les 55 derniers millions d'années, il y a eu seulement trois épisodes pendant lesquels la concentration de GES a atteint ou dépassé les niveaux que nous observons aujourd'hui. Dans les trois cas, l'effet de serre s'est appliqué mathématiquement et les températures ont été beaucoup plus chaudes, jusqu'à 14 degrés de plus et des océans de 70 mètres plus hauts. Cela est aussi relaté dans le rapport du GIEC. Le même rapport explique que l'effet des facteurs naturels de variation du climat aujourd'hui est de moins de 1 % des facteurs anthropiques.

Ce sont des faits. Le nier correspond à nier la gravitation. Ras le bol de ceux qui sèment la confusion !

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