Une mesure préventive

Barry Dolman, président de l'Ordre des dentistes du... ((Courtoisie))

Agrandir

Barry Dolman, président de l'Ordre des dentistes du Québec.

(Courtoisie)

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Quotidien

Il est important que les citoyens aient la meilleure information possible sur un enjeu de santé publique prioritaire. L'Ordre des dentistes a pris position depuis longtemps et n'a pas renié ses convictions, malgré les arguments qui ont été avancés par des groupes dont nous mettons sérieusement en doute la crédibilité.

L'opposition la plus virulente à la fluoration semble s'appuyer sur deux orientations. L'une fait état du droit de toute personne d'accepter ou de refuser une médication. L'autre se base sur des prétentions scientifiques auxquelles nous n'accordons aucun crédit.

Le principe de base de toute profession de la santé, en plus de se consacrer au mieux-être des individus et des populations, est de ne poser aucun acte sans un consentement. Nous respectons au haut plus point les droits des patients. Certaines situations concrètes forcent même à faire des choix difficiles entre leurs droits et les obligations du professionnel.

Le fluorure n'est pas une médication. Il ne guérit pas la carie. Il est trop tard quand la carie est présente et que l'émail est attaqué. La fluoration est une mesure de prévention. Elle permet une meilleure structure de l'émail et prévient l'apparition de la carie, à des doses infinitésimales.

Avec tout le respect qu'il convient d'accorder aux droits individuels, il arrive des situations où les droits de la communauté doivent prévaloir. J'ajoute qu'il n'appartient pas aux élus de prendre ou même d'imposer des décisions d'intérêt public, mais qu'il revient aux citoyens de les exiger. L'argument selon lequel le fluor serait une médication doit être revu dans son fondement et en considération de la conscience sociale de chacun.

Les arguments dits «scientifiques» qui ont été avancés par certains opposants n'ont pu résister à l'analyse des chercheurs à qui nous accordons notre confiance en vertu de leurs connaissances et de leurs qualifications. Les véritables scientifiques ne font pas étalage de leurs connaissances, ne vitupèrent pas sur la place publique, ne montent pas aux barricades. Ceci, malheureusement, laisse la place aux groupes d'opposition particulièrement bruyants qui n'ont d'autre arme que la hargne requise pour imposer leurs vues.

La fluoration des eaux de consommation a été reconnue comme une mesure sociale de première importance par des organismes prestigieux tels que des regroupements de médecins pédiatres et l'Organisation mondiale de la Santé, à qui on ne pourra reprocher d'être en conflit d'intérêts. Le «Centers for Disease Control and Prevention» a classé la fluoration parmi les dix mesures de santé publique les plus importantes du 20e siècle. Nos voisins du Sud en profitent, nos voisins de l'ouest en profitent aussi.

Nous préférons la bonne vieille carie bien de chez nous. Certains propos se situent dans une catégorie pour laquelle le terme argument ne saurait s'appliquer. Je cite un exemple: «Le fluor est un poison à peine moins néfaste que l'arsenic.» Cette énormité a été servie aux résidents de Richmond dans le cadre d'une récente campagne anti-fluoration. Les opposants poursuivent: «Quoi qu'en dise la Santé publique, la fluoration de l'eau potable est une médication de masse forcée.»

Si les résidents de Richmond ont rejeté la fluoration de l'eau en se basant sur ces «arguments», ils ont été bernés et devraient s'interroger sur le bien fondé de leur décision. Penser que des professionnels de la santé aient pu déconsidérer les citoyens à ce point dépasse l'entendement.

Nous sommes pour la libre expression. Nous n'allons cependant pas nous ridiculiser et nous moquer des lecteurs en leur expliquant que le fluor n'est pas absorbé à l'état pur, mais à une concentration qui permet son effet bénéfique sans aucun risque, de la même façon que l'eau qu'ils consomment n'est pas de l'eau de Javel, même si elle contient du chlore. Le chlore prévient les maladies et le fluor prévient la carie.

Celui qui réussit à susciter le doute et la crainte aura gain de cause sur celui qui voudra rassurer et rationaliser. L'Ordre des dentistes s'est impliqué pleinement dans le dossier de la fluoration des eaux de consommation. Il a agi en organisme responsable pour que les citoyens de cette province puissent comprendre les enjeux et ne soient plus les victimes de désinformation. Son rôle n'est pas de débattre avec les apôtres de la lutte à la fluoration, dont les motivations ne nous apparaissent pas relever des intérêts des populations présentes et à venir.

Nos enfants méritent mieux qu'un avenir où persiste la carie. Malheureusement, ils ne font pas partie de la décision.

Barry Dolman, président de l'Ordre des dentistes du Québec.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer