Mourir longtemps

De nombreux dignitaires ont assisté aux funérailles de... (Photo: La Presse Canadienne)

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De nombreux dignitaires ont assisté aux funérailles de Jean Béliveau. Sur la photo, on aperçoit l'ex-premier ministre du Québec Jean Charest, le président du Canadien Geoff Molson, les premiers ministres Philippe Couillard et Stephen Harper, le maire de Montréal Denis Coderre, le gouverneur général du Canada David Johnston, le lieutenant-gouverneur du Québec, Pierre Duchesne, ainsi que la vice-première ministre Lise Thériault.

Photo: La Presse Canadienne

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Joël Martel
Le Quotidien

C'est avec grande stupéfaction que j'ai appris, hier, la mort de Jean Béliveau. Et là, je suis sincèrement navré de vous apprendre ça comme ça, sans le moindre avertissement. Mais oui, Jean Béliveau n'est plus.

Le pire dans tout ça, c'est que ça fait déjà plus d'une semaine que l'ancien joueur de hockey est décédé et maintenant, pouvons-nous vraiment prétendre qu'on en a suffisamment parlé? Certes, un peu, mais pas tant que ça à bien y penser. Car si on exclut la une de la totalité des journaux du Québec au lendemain de sa mort, les 5000 rétrospectives de sa carrière un peu partout dans les médias, les 3000 entrevues avec des gens qui ont côtoyé l'athlète, les 2000 chroniques nous expliquant qu'il s'agissait d'une bonne personne, les 2500 dossiers spéciaux par-ci et par là et les centaines de témoignages de ceux et celles qui ont déjà aperçu une fois Jean Béliveau commander de la salade de chou au Poulet Frit Kentucky, on n'a pratiquement pas parlé de la mort de Jean Béliveau.

Évidemment, pour ceux et celles qui n'étaient pas là le jour où le sarcasme est passé à la maison, je niaise quand je dis que les médias ne se sont pas jetés avec passion sur cette histoire. Mais bon, comme il faut rendre à Maurice Richard ce qui revient à Maurice Richard, disons-le, les médias ont quand même fait leur boulot avec respect. Et là, il y a zéro ironie dans ce que je vous dis.

Je sais très bien que ça relève davantage du rêve que de la réalité, mais ça ne serait pas une mauvaise chose qu'on accorde une telle attention médiatique lorsque des personnalités issues de milieux autres que le sport et la culture nous quittent. Bon, peut-être pas pendant huit jours consécutifs, mais plus qu'un article de 2000 caractères entouré de publicités et placé entre la rubrique nécrologique et la page des affaires.

Mais bon, même si Hubert Reeves est une sommité en matière d'astrophysique et qu'il est considéré par plusieurs de ses confrères comme étant le plus grand spécialiste du monde de la théorie du Big Bang, j'imagine que le triste jour où il s'éteindra, il serait très étonnant que tout le monde parte en peur sur son cas pendant une semaine complète. Certes, on en parlera plus que de la mort du nain qui jouait dans " L'île fantastique ", mais on ne comptera pas sur Dernière Heure afin de nous sortir une édition spéciale dédiée à la mémoire et aux réalisations du scientifique.

Et là, pas besoin d'un doctorat pour comprendre pourquoi. Le truc, c'est que même si les médias vous attirent avec des mots comme " hommage " et " souvenirs " et tout le tra la la, le but ultime derrière ça, c'est de continuer à remplir les coffres. Du coup, ils connaissent très bien le moule dans lequel on nous a fabriqués et pour la plupart d'entre nous, cela implique que le hockey occupe une place prioritaire dans nos centres d'intérêt.

Maintenant, on pourrait pointer du doigt les médias en affirmant que ce sont des " maudits pas fins " qui profitent de nos faiblesses, mais on gagnerait grandement à pousser un peu plus loin la réflexion. Et si on ne travaillait pas plutôt sur les générations à venir? Et là, sans vouloir faire un Yves Bolduc de ma personne en m'improvisant ministre de l'Éducation, il reste qu'il m'apparaîtrait tout à fait légitime de reconsidérer la culture que nous inculquons à nos enfants. Qu'on se comprenne, je ne parle pas de jeter le bébé avec l'eau du bain. En fait, parlons plutôt d'enrichissement.

Comme on dit souvent que les enfants sont de véritables éponges, ne serait-ce pas là le moment idéal dans leur développement afin de leur offrir une multitude de modèles inspirants, et ce, au-delà des standards basés sur la performance et la célébrité? Parce que disons-le, la science, l'engagement social et même le milieu des affaires, ça peut être cool aussi.

Et puis à la fin, l'un n'a jamais empêché l'autre. La preuve : Jean Béliveau était notamment reconnu pour son excellente maîtrise de la langue française et son implication sociale. Je le sais, car je l'ai lu une dizaine de fois cette semaine.

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