La voie du dialogue

«Il y a des signes préoccupants de déclins... (PHOTO MEIGHAN MAKARCHUK, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE)

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«Il y a des signes préoccupants de déclins récents et de cas de mortalité inexpliquée chez de jeunes bélugas, peut-on lire dans un communiqué émis par le COSEPAC.

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Nicole Huybens
Le Quotidien

(Chicoutimi) Le Comité sur la situation des espèces en péril du Canada a déclaré le béluga de l'estuaire du Saint-Laurent « espèce en voie de disparition ». La prolifération d'algues, la pollution, le bruit, le développement industriel et les changements climatiques affectent plus qu'il y a 10 ans ses capacités à survivre. Ce nouveau statut va probablement remettre en question la navigation dans le fjord et les gens d'affaires d'ici redoutent le frein que cette situation mettrait aux projets d'exploitation des ressources dans la région.

Le discours qu'entendra le public sur le béluga va sans doute être une copie conforme de celui sur le caribou, l'aménagement forestier ou le Plan nord... Les uns voulant à tout prix rétablir les faits, comme les autres d'ailleurs. Les uns se battant pour une cause, les autres, pour une autre, en s'accusant l'un l'autre, à mots à peine couverts, d'être sans dessein! Les uns soucieux de prospérité et d'emploi, les autres de nature, vont argumenter sur la place publique pour tenter dans un jeu de pouvoir apparemment impossible à éviter, d'avoir un peu plus raison et de grappiller leur pouvoir d'agir.

Je suis contente qu'il y ait des groupes d'opposants à des projets de développement démesurés et qu'il y ait des acteurs promoteurs d'activités économiques. L'humanité autant que la nature sont des priorités dans ma vie et je hais ce chemin de polarisation des débats que nous empruntons avec constance. Je ne remets en question ni l'absolue nécessité de vivre sur une planète où la vie s'épanouit dans toute sa diversité ni celle de vivre dans une société prospère. Je ne souhaite pas l'un ou l'autre, je souhaite les deux pour ici, pour les lointains semblables qui habitent des pays bien moins privilégiés et pour les autres espèces avec qui nous partageons la planète.

Il faut avoir un pied dans chaque monde pour les comprendre de l'intérieur, mais il faut aussi avoir la tête hors de la mêlée pour tenter de cerner ce qui est en train de se passer fondamentalement. Je crois que le dialogue est notre meilleur chemin pour sortir des controverses socio-environnementales. Pourtant ce qui est mis en dialogue dans les processus de concertation existants, les arguments des uns et des autres et les intérêts sous-jacents permettent à peine de trouver des compromis plus ou moins satisfaisants. De plus, il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir la récurrence du processus social des controverses autour des projets de développement. Je me demande bien ce qui nous empêche d'exercer notre immense créativité pour trouver des portes de sortie plus intéressantes.

Les controverses socio-environnementales sont pour moi le signal d'une inéluctable transformation culturelle fondamentale de nos sociétés à laquelle nous résistons. Elles nous parlent de nous, de notre organisation socioéconomique, de notre relation à la nature sans doute. Pour moi, elles signalent une lame de fond, contre laquelle la lutte est bien plus énergivore que ne le serait un dialogue social sur des questions radicales. Il me semble que nous nous culpabilisons d'être des humains aujourd'hui et on peut bien comprendre pourquoi : nous mettons la planète sens dessus dessous, nous avons été et sommes encore d'une cruauté sans nom envers nos semblables comme envers les autres formes de vie. Notre système économique qui se mondialise, malgré ses grands avantages, s'effrite parce qu'il a des effets pervers hallucinants... Nous ne parvenons pas à aimer ce que nous sommes : des humains sur une planète unique que nous partageons avec toute la vie que nous détruisons. Nous sommes pourtant aussi dotés d'empathie, de conscience et d'un sens aigu de l'éthique.

Où trouverons-nous la sagesse qui rendra possible ce dialogue sur les enjeux cryptés des controverses socio-environnementales et nous fera sortir plus humain de ces situations dans lesquelles nous nous enlisons si lamentablement? (À suivre!)

Nicole Huybens verse son cachet à la campagne de développement de l'UQAC

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