La virgulite

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Joël Martel
Le Quotidien

Tout d'abord, je désirerais avertir les lecteurs et les lectrices qui oseront s'aventurer dans cette chronique que celle-ci contient probablement des erreurs navrantes de ponctuation.

Alors voilà.

La semaine passée, il y a cet homme qui m'a envoyé un de ces courriels pas piqués des vers. C'est donc dans un français impeccable (ici, je ne peux que me baser sur ma maîtrise somme toute limitée du français) et avec une plume finement aiguisée que l'homme en question s'est fait un malin plaisir de me démolir. Or, qu'on se comprenne, il l'a fait tel un gentleman.

Si je vous raconte ça, c'est que parmi les dizaines de courriels négatifs à mon égard qui ont atterri dans ma boîte, celui-là était simplement le plus efficace. Je suspecte même son auteur d'avoir pratiqué l'escrime à un moment ou un autre de sa vie.

«Alors qu'est-ce que ça pouvait bien raconter?», que je vous entends me demander. Eh ben, le type me faisait part avec grande courtoisie de son aversion quant au chroniqueur du dimanche (et du jeudi aussi) que je suis. Et là, quand je vous dis que tout y a passé, on parle vraiment de tout. La syntaxe, la ponctuation, le vocabulaire, la teneur de mes propos et je pourrais continuer comme ça jusqu'à la section des sports. Et puis juste pour ajouter à l'élégant massacre, mon détracteur a même pris le soin de joindre à son courriel une de mes chroniques avec une infinité de corrections et, surtout, une constellation de virgules mal placées.

Je vous mentirais si je vous disais que j'ai aussitôt passé à un autre appel. En fait, ce courriel me hante maintenant chaque fois que j'enfonce une lettre de mon clavier. Et là, je ne niaise vraiment pas.

Je le dis en toute humilité, mais le gars avait plutôt raison. Et c'est ça qui fesse. Parce que mine de rien, je m'en rends généralement compte lorsque je radote. Du même coup, mon côté gaugauche m'énerve. Et comme si ça ne suffisait pas, je suis continuellement habité par cette impression que j'écris pour ne rien dire. Alors quand ces observations proviennent d'un individu visiblement très articulé, ça ne fait que confirmer mes craintes.

Il reste que malgré tout ça, une fois le choc passé, j'en suis arrivé à la conclusion que même si le type prétendait ne pas m'aimer, c'est de l'amour pur son truc.

Mais bon, comme il y a un semblant d'histoire d'amour entre nous, j'ai un petit truc un peu désagréable à vous dire, ô vous lecteur qui prétend aimer me lire afin de me mépriser (mais qui m'aimez d'amour malgré vous). Quand je disais plus haut que vous aviez plutôt raison, je vous ai menti. En fait, vous aviez absolument raison. Notamment lorsque vous avez présumé que je n'en aurais rien à branler de vos virgules. Vous me connaissez bien. Ou sinon, j'imagine qu'on vous l'a souvent dit, parce que lorsqu'il est question de virgules, vous excellez admirablement dans l'art d'enculer des mouches.

Je vais être franc avec vous, cher chevalier de la virgule, mais à mon humble avis, ce qu'il y a de beau dans l'écriture, c'est que ça nous donne des ailes. Certes, je suis aussi d'avis que cette liberté d'écrire doit quand même comporter quelques balises. Par exemple, et là, je risque de vous faire peur puisqu'on se ressemble peut-être plus que vous ne voudriez le croire, mais je n'accorde aucune crédibilité aux propos d'un individu s'il n'est même pas foutu de distinguer ses homophones de base.

Or, et sachez que je vous dis ça parce que je vous aime d'amour, vous risquez fort bien de vous miner la santé en traquant toutes ces virgules sans domicile fixe. Et puis, ayons aussi une petite pensée pour cette langue qui n'a pas la vie facile. Ça ne doit pas lui plaire d'être menottée à ce point... ou si vous préférez, à cette virgule.

Mais pour le reste de votre courriel, je suis entièrement d'accord. Je vous paraphrase, mais il est vrai que mes chroniques sont du vent. Et si ça peut vous consoler, elles peuvent au moins servir à chasser l'odeur de renfermé.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer