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Joël Martel
Le Quotidien

Il y a quelques jours, la chaîne de télé Musique Plus annonçait la fin de l'émission à vocation technologique M. Net. Animée par Denis Talbot, cette production locale était en ondes depuis 16 ans. Maintenant, j'ignore si les années en télévision se comptent de la même façon que les années en vie de chien, mais peu importe, 16 ans, c'est tout un marathon.

La nouvelle aura créé une telle onde de choc qu'en quelques jours seulement, plus de 20 000 individus se seront mobilisés sur les réseaux sociaux afin de faire valoir la pertinence d'une telle émission dans le paysage télévisuel. Mais au-delà de l'incompréhension suscitée par cette décision étonnante de la part du télédiffuseur, un questionnement majeur remonte ainsi à la surface: le traitement réservé aux technologies dans nos médias est-il suffisant?

Parmi ceux et celles qui s'interrogent sérieusement à cet effet, on y retrouve notamment le chroniqueur et collaborateur à M. Net Benoît Gagnon. Dans un billet publié sur le web il y a quelques jours dans lequel il revenait sur les circonstances entourant l'annonce de la disparition de l'émission, Benoît Gagnon profitait ainsi de l'occasion afin de souligner l'ironie de la chose. En effet, comment est-ce possible que nous en sachions aussi peu sur la technologie alors que nous dépendons de plus en plus de celle-ci?

Certes, on peut avoir cette impression que l'on parle continuellement de technologie dans les médias, or en parle-t-on de la bonne façon? Bien entendu, tous les médias finiront par s'intéresser à des phénomènes comme les «smart nominations», les «Ice bucket challenge» ou les pages "spotted", mais ici, il est question de phénomènes sociaux.

Maintenant, qu'en est-il de la technologie qui transite vos entrées et vos sorties d'argent? Et que savons-nous vraiment de la technologie qui nous permet de communiquer? Qui sait quoi sur nous? Et de quelle façon les informations que nous partageons peuvent-elles être utilisées? Vite comme ça, ça fait déjà beaucoup de questions et ici, nous n'en sommes même pas encore à la pointe de l'iceberg. En fait, c'est à peine si on peut l'apercevoir.

Car on aura beau vouloir se convaincre que tout ça ne relève que de la science-fiction, les faits sont là. À titre d'exemple, en juin 2013, l'informaticien américain Edward Snowden mettait sa propre sécurité en péril en révélant l'existence de plusieurs programmes de surveillance de masse. Des programmes du genre donnent cruellement froid dans le dos, et ce, qu'on ait ou non quelque chose à cacher. Pour vous faire une image simple, vous êtes surveillés en permanence.

Mais outre ces programmes de surveillance de masse, une autre menace non négligeable à notre vie privée nous guette. Et cette menace, c'est notre insouciance. Combien de fois avons-nous fait défiler frénétiquement ces textes interminables d'avertissements avant de cocher «J'accepte les conditions d'utilisation» ? On l'a fait en s'inscrivant à notre service de messagerie par courriels et surtout, lorsqu'on a rejoint cette «si fabuleuse» communauté sur Facebook. Et pourtant, donneriez-vous aveuglément un double de votre clé de maison au premier inconnu qui vous aborderait?

Évidemment, vous pourrez me dire que quiconque s'intéresse à la technologie n'a qu'à fouiller un peu afin de trouver les informations qu'il recherche. Or, en sachant que la technologie évolue à une vitesse fulgurante et qu'elle régit désormais toutes les sphères d'activités, ce serait la moindre des choses qu'on lui accorde la place de choix qui lui revient au sein des médias reconnus et fiables.

On peut toutefois se consoler en saluant l'existence de quelques rares productions dédiées aux enjeux de la technologie. Parmi celles-ci, l'émission La sphère, diffusée sur les ondes de Radio-Canada, fait un travail remarquable.

Une chose est certaine, il faudra un jour ou l'autre briser cette culture de la confiance aveugle que nous entretenons avec la technologie. Car viendra bien le moment où notre ignorance finira par nous piéger. Mais pour l'instant, sachez que vous êtes adorables lorsque vous pensez qu'en copiant-collant un avis à l'attention de Facebook sur votre mur, vous garantissez ainsi votre droit à la vie privée.

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