La mononclisation

Yves Bolduc... (Archives La Presse Canadienne)

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Yves Bolduc

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Le Quotidien

Je nous trouve très attachants. Nous, c'est vous, les autres et moi. Nous, en fait, c'est pas mal tout le monde à la fin.

Je vous dis ça parce que nous sommes actuellement dans la période où nous sommes les plus attachants. Vous savez, ce moment où il est trop tard pour recommencer et où il est vraiment trop tôt pour se reprendre.

Pour la petite histoire, je vous rappellerai qu'il y a déjà près de trois ans, la grève étudiante de 2012 en était à ses derniers préparatifs. Au cours des mois qui allaient suivre, le Québec allait s'entredéchirer. Pendant des mois, je vous entendais dire: «Là, c'est fini. On ne se fera plus reprendre! Il faut tout changer nos façons de faire. C'est assez.» Et puis, outre la grève étudiante, il y avait aussi le fait que nous sortions du long règne de Jean Charest qui avait duré des années et des années et comme si ça ne suffisait pas, il y avait toutes ces histoires de corruption qui nous sautaient en plein visage.

Cela dit, quiconque d'extérieur à ce qui se passe ici au Québec aurait jeté un coup d'oeil rapide à notre situation se serait dit en toute logique: «Ouin, ça va pas super bien leurs affaires à eux-autres. Je comprends qu'ils soient assoiffés de changement.»

Et puis hop, il y a eu le court règne du gouvernement Marois, mais surtout cette patate chaude qu'a été la Charte des valeurs. Et comme au Québec trop c'est jamais assez, le gouvernement qui était alors en place avait à adapter sa vision économique à celle que le Parti libéral du Québec avait mise en place pendant ses nombreux mandats. Alors hop, la même population qui en 2012 avait répété à qui voulait bien l'entendre qu'elle ne se ferait plus reprendre a tout simplement décidé de réélire le parti dont on annonçait la mort deux ans auparavant.

Ici, je vous épargnerai de tomber dans les analogies douteuses, mais on peut quand même dire que le Québec a visiblement des prédispositions pour le syndrome de Stockholm.

Alors voilà, mieux vaut en rire qu'en pleurer, mais je nous trouve pas mal attachants. Juste depuis le début de l'automne, on pourrait se croire dans un Superclub Vidéotron du chialage tellement que des raisons de se pomper, on en a des tonnes de copies. Je tiens d'ailleurs à souligner l'apport considérable d'Yves Bolduc en ce sens. Il mérite une mention.

Donc si ce n'est pas Bolduc qui nous crinque avec ses mille et un projets à l'étude pour lesquels il doit sans cesse retourner faire ses devoirs, c'est le ministre Barrette qui veut tout revirer de bord le système de santé. Et puis sinon, c'est le premier ministre en personne qui semble avoir autant de leadership qu'un céleri avec des lunettes. Mais bon, personne ne le dit, mais tout le monde est ben content parce qu'on peut chialer.

Maintenant, n'allez pas croire que j'ai des dons de devin, mais je suis prêt à parier un brun avec vous que dans trois ans, l'histoire va encore se répéter. Parce qu'on ne se fera pas d'illusions, les vieux partis, à mes yeux, ce sont seulement deux côtés différents de la même paire de bobettes. À part les coutures qui varient un peu d'un côté et de l'autre, quand bien même qu'on la retournera une fois de temps en temps, ça va finir par sentir drôle si on ne l'enlève pas une fois de temps en temps, question de la laver.

Mais encore... Je commence à pas mal nous connaître. Alors dans l'année qui va précéder les prochaines élections, on sera quelques-uns à s'enthousiasmer du fait que des partis comme Québec solidaire gagneront des points dans les sondages. Et puis là, l'opinion publique se fera prendre une fois de plus par la «mononclisation» des médias.

Alors tels de bons «mononcles» bienveillants, les faiseurs d'opinions nous martèleront qu'il ne faut pas prendre de risques, qu'il faut faire confiance à ceux qui connaissent ça et bla bla bla. Et puis hop, on retombera dans le même panneau.

Mais bon, c'est pour ça que je nous trouve attachants. Même moi, je me trouve attachant. Parce que quelque part, une petite partie de moi trouve encore le moyen de croire qu'un jour, ça finira bien par sentir le neuf.

C'est «cute» quand même non?

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