Noël, c'est mal

Ces lutins ont été «piégés» au Benjo, l'un... ((Courtoisie))

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Ces lutins ont été «piégés» au Benjo, l'un des détaillants de la région de Québec ayant compris l'engouement pour ces petits personnages.

(Courtoisie)

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Joël Martel
Le Quotidien

Il y a deux fatalités auxquelles on ne peut pas échapper dans la vie. Il y a bien évidemment la mort, mais avant ça, il y a les petits lutins de Noël.

Alors voilà, on aura eu beau se réfugier pendant toute l'année dans un monde d'illusions où, comme par magie, ces lutins de Noël auraient subitement été rayés de la carte, ils sont maintenant là. Dans mon cas, la rencontre du troisième type aura eu lieu cette semaine alors que j'avais épuisé tous les stocks d'ibuprofène (je suis quotidiennement terrassé par des maux de tête). Je suis donc arrivé à la pharmacie, luttant de toutes mes forces avec un orage électrique qui avait pris mon cerveau en otage, et puis hop, il y avait ces dizaines et ces dizaines de dizaines de petits lutins qui me dévisageaient. C'était probablement mon cerveau qui surchauffait, mais j'avais vraiment cette impression qu'ils me narguaient en me disant: «On finira bien par entrer chez toi».

Maintenant, on va immédiatement mettre un truc au clair avant que les choses ne dégénèrent. Parce que je sais de source sûre que les lutins de Noël, c'est un sujet beaucoup plus sensible qu'on ne pourrait l'imaginer. Juste ici au journal, j'ai recensé deux collègues qui ont eu le malheur de parler en mal de ces lutins et vous ne pouvez même pas vous imaginer à quel point ils ont été plongés dans un bordel surréaliste. Dans le lot, ils ont été notamment accusés d'avoir brisé la magie de Noël (même Yves Bolduc n'a toujours pas eu droit à de telles critiques) et il y a même un parent qui a envoyé une photo de son enfant en train de pleurer. Et je ne niaise même pas.

Cela dit, j'aimerais seulement préciser que je ne fais pas partie d'un groupuscule contre la magie de Noël. Certes, comme je suis un gars très émotif, nostalgique et sujet à de très grandes crises de mélancolie, je vais vous avouer que pour moi, Noël c'est un peu trop. Mais bon, quand on a un enfant, on se plie aux règles du jeu et puis on fait le nécessaire en souhaitant que lorsqu'il sera grand, il aura de bien meilleurs sentiments que vous à l'égard de Noël.

Reste qu'il y a quand même une sapristi de limite à vouloir entretenir la magie de Noël. Et dans mon manuel personnel de la magie de Noël, la limite tombe pas mal là où débute justement ce délire des lutins de Noël. Parce qu'à bien y penser, lorsqu'on a un enfant et que l'on fait le calcul, ça fait beaucoup de magie à gérer, tout compte fait. Au-delà de Noël, il y a la magie de la nature humaine (en d'autres mots, il découvrira bien un jour par lui-même qu'il est entouré d'une armée de connards), la magie de la justice (les vrais méchants sentent bons, sont souvent beaux et sont bien fringués et surtout, ils ne portent pas un costume en paillettes qui les identifient comme des méchants), la magie de la vie (quand je te dis que je risque de mourir dans longtemps, c'est un peu une façon de parler parce que finalement, ça passe très vite) et bref, j'imagine que vous voyez le tableau.

Et comme si ça ne suffisait pas, il y a aussi le fait que nos enfants ne sont pas si cons que ça non plus. Des fois, je me demande même qui est le plus con dans tout ça. Tu es là à t'imaginer qu'il croit dur comme fer à ton truc pas possible, mais en réalité, c'est lui qui te fait croire qu'il te croit. Un peu comme cette fois où, alors que j'avais la vie devant moi et que j'étais haut comme six bananes, j'ai remarqué que le père Noël portait une fausse barbe. Ça n'aura pris qu'une seconde avant que je ne déduise que le type qui était en train de me donner un cadeau était en fait mon grand-père. Alors comme tout le monde avait l'air si heureux que le père Noël soit venu me voir, je n'ai pas voulu les décevoir et j'ai gardé ça pour moi des semaines de temps. Jusqu'à cette soirée où j'ai explosé en larmes devant ma mère, incapable de garder ce terrible secret une seule seconde de plus.

Alors à la fin, mon problème avec les lutins de Noël, c'est peut-être la pression. La pression de faire merder la magie de Noël, la pression populaire du genre «faut être un maudit égoïste pour enlever ça à son enfant» et tout le tra-la-la.

Ben voilà. On ne peut pas être parfait. Et puis au diable les lutins!

Cette chronique ne s'adresse pas aux jeunes enfants

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