Sauver ce qui peut encore l'être

Russel-Aurore Bouchard... ((Archives))

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Russel-Aurore Bouchard

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Le Quotidien

La question de l'avenir de l'église Fatima de Jonquière en particulier et la préservation des bâtiments patrimoniaux en général a été au coeur de l'actualité dernièrement. Aujourd'hui, le président de l'arrondissement de La Baie, François Tremblay, et l'historienne Russel-Aurore Bouchard, abordent cet enjeu.

Encore un peu d'efforts et ça y sera! Démolir ou conserver l'église Notre-Dame-de-Fatima? La question court depuis une décade et rien de valable n'a été fait pour conjurer le mauvais sort qui frappe l'ensemble du patrimoine bâti régional depuis plus de 50 ans. Encore un peu de laissez-faire, un rude hiver pour affaiblir la structure comme ce fut le cas du théâtre Capitol, et un autre faux débat comme celui qu'a amorcé le député de Jonquière avec sa pétition, et ça y sera! Le coup de grâce est pour bientôt! Au rythme où vont les choses, dans cinq mois tout au plus, l'hiver mourant, l'apathie de la classe politique tous azimuts et l'incurie étatique auront eu raison de cette pauvre vieille dame en guenilles.

À cette heure de tombée, une dernière question me turlupine. Pourquoi le député de Jonquière, alors qu'il était l'une des personnalités fortes du gouvernement Marois, n'a-t-il pas profité de l'occasion exceptionnelle qui s'offrait à lui pour ouvrir le débat du patrimoine religieux à l'Assemblée nationale et régler d'un claquement de doigts ce bien petit problème? Poser la question, c'est y répondre! Tout simplement parce qu'il n'y a jamais eu de volonté politique pour débattre de la question de la pérennisation du patrimoine bâti religieux. Ni au Québec, ni dans les hôtels de ville au Saguenay-Lac-Saint-Jean, ni dans celui de la capitale régionale.

La contestation citoyenne déployée à hue et à dia pour sauver de la démolition l'église Fatima est un symptôme éloquent de la crise culturelle, identitaire et morale qui marque non seulement l'histoire contemporaine du Saguenay-Lac-Saint-Jean mais également celle du Québec. Le défi que soulève aujourd'hui sa conservation nous permet de mesurer la hauteur du seuil qu'il nous faudra éventuellement franchir pour sortir cette société de l'impasse dans laquelle elle s'est engouffrée.

Dans un cas comme dans l'autre, tout se tient. Nous avons fusionné villes et villages sous prétexte de la rentabilité administrative. Nous changeons le nom des lieux fondateurs, des quartiers et des rues sans s'indisposer du fait que cela détruit les liens communautaires historiques. Nous vidons les rayons de nos bibliothèques publiques pour sauver des espaces, n'entretenons pas nos monuments historiques et laissons aux autres la responsabilité de sauver de la démolition tout ce qui porte un sens.

Dans cette perspective, le cas de l'église Fatima, malgré la singulatiré de son architecture et la question de la conservation qu'elle soulève, apparaît donc plus dramatiquement comme le dernier symptôme d'un peuple en perte de ses points de repère, frappé d'une amnésie dégénérative, dépouillé graduellement de son sens. Pour gagner cette guerre que mènent quelques paroissiens, il aurait fallu, de longue date, évaluer la problématique dans son ensemble et savoir que sa conservation fait partie d'un tout indissociable. Pour mieux dire, sa démolition n'est pas étrangère à celle de la maison du Métis Peter McLeod (1951) qui précède celle de la maison du Dr Anger (1978), puis celle du théâtre Capitol (1991) qui nous amène finalement à celle de la Maison Crevier (en 2007), pour ne nommer que ces cas tirés de la petite histoire de Chicoutimi.

Depuis 1950, le signal est donné dans tous les hôtels de ville. Le scénario est toujours le même. Depuis plus de 60 ans, partout on démolit à la pièce. Sans aucun programme de conservation structuré, nos élus ont appris à réduire la contestation citoyenne à sa plus simple expression, en la mettant devant le fait accompli. Et dans le contexte actuel, nul ne me reprochera de rappeler que la responsabilité de la sauvegarde des lieux de culte désaffectés échappe désormais à l'Église diocésaine qui, manifestement, ne dispose plus des prérogatives pour relever le défi.

Si la voie pour y arriver n'est pas facile, elle n'est toutefois pas impossible. Comprenons par contre que ce combat ne peut être gagné sans le concours et la bonne volonté de tous. Impossible d'y arriver si le corps citoyen n'accepte pas de s'entendre sur une stratégie d'ensemble qui exige, au départ, une bonne dose de renoncement, un réel engagement et une honnête volonté de partage de l'effort. Cela fait, il faudra ensuite établir un calendrier de conservation, fixer des priorités et inventer des moyens pour atteindre les objectifs.

Si nous réussissons à nous entendre collectivement sur ces principes, c'est le début d'une solution. Dans le cas contraire, il faudra alors s'habituer à voir le cas de Fatima s'étendre comme une métastase à l'ensemble du patrimonial architectural religieux...

 L'historienne Russel-Aurore Bouchard.

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