Histoire de pont

Le future pont qui remplacera l'actuelle pont Champlain... (PHOTO FOURNIE PAR INFRASTRUCTURE CANADA)

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Le future pont qui remplacera l'actuelle pont Champlain pour relier la rive-sud de Montréal à l'Île-des-Soeurs et l'île de Montréal.

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Joël Martel
Le Quotidien

Ce n'est pas mon idée. Et puis, ça ne vient pas de l'imagination d'un homme d'État ou d'un fonctionnaire visionnaire. En fait, cette idée, elle vient tout droit de ma belle-mère Lise.

Comme vous le savez certainement, le Québec est plongé depuis plusieurs jours dans un débat chargé d'émotions quant au nom que l'on donnera au nouveau pont Champlain. Et moi qui croyais que le fait de s'entendre sur le nom qu'allait porter notre garçon avait été musclé...

Maintenant, si vous êtes moindrement perspicace, ça doit vous sembler plutôt clair qu'en donnant à ce nouveau pont le nom du Rocket, on s'en ira à la vitesse d'une fusée tout droit dans un mur au lieu de traverser le fleuve. Parce que sérieusement, cette idée ne fait vraiment pas l'unanimité et de toute façon, Maurice Richard a déjà à son actif une chanson d'Éric Lapointe qui lui est dédiée personnellement. Rendu là, tu ne peux pas espérer plus dans la vie. Ça ou une chanson de Céline.

Mais trêve de philosophie, revenons donc à cette idée de ma belle-mère Lise : pourquoi ne donnerait-on pas au nouveau pont le nom d'Hélène de Champlain? Et hop. Et puis comme le vrai nom d'Hélène de Champlain est Hélène Boullée, je ne suis même pas inquiet que Pont Hélène-Boullée, ça rentre sur une grosse pancarte de signalisation.

Évidemment, vous pourrez me relancer en me disant que premièrement, Hélène n'est pas mieux que le Rocket en tenant compte qu'elle a eu droit à une chanson de Roch Voisine portant son prénom. Or, la chanson ne portait pas sur elle. 1-0 pour Hélène.

Vous pourrez aussi me dire qu'à la différence de son mari, Hélène n'a pas fondé la ville de Québec. Mais bon. Pour la petite histoire, il faut savoir que Samuel l'a quand même épousée alors qu'elle n'avait que 12 ans tandis que lui, il avait déjà largement passé le cap de la trentaine. Je dis ça comme ça, mais je ne suis pas certain qu'elle a tripé autant que ça à l'idée de se marier à un si jeune âge. Et puis, comme Samuel est mort avant Hélène, elle a donc techniquement hérité de tous ses avoirs, ce qui inclut un pont à son nom; non? Tir de pénalité accordé à Hélène.

On pourra aussi mettre de l'avant qu'Hélène n'a passé que quatre années au Québec. Or, en quatre ans seulement, disons qu'elle n'a pas trop perdu son temps, et ce, bien qu'elle soit repartie justement parce qu'elle s'y ennuyait. Vite comme ça, pendant son bref séjour ici, Hélène a appris l'algonquin (je tiens à préciser qu'à l'époque, le best-seller intitulé L'Algonquin pour les nuls n'était pas encore sorti), elle est venue en aide aux gens malades (ne perdons pas de vue qu'à cette période, Yves Bolduc ne pratiquait pas encore, donc des malades, il y en avait) et elle a même pratiqué l'enseignement auprès des jeunes autochtones. Maintenant, je l'ignore pour vous, mais moi j'appelle ça un sacré tour du chapeau.

Mais au-delà de cette option de donner le nom d'Hélène Boullée au successeur du pont Champlain, il y a un truc qui me saute particulièrement au visage. Le truc, c'est que le Québec a beau se vanter d'être une société progressiste et tout le tra la la, il reste qu'en plus d'avoir la mémoire courte, on se débrouille plutôt bien pour oublier l'apport des femmes au sein de la société québécoise lorsqu'il est temps de regarder en arrière. Et puis là, si jamais vous n'étiez pas à la maison lorsque le sarcasme est passé chez vous, la phrase précédente n'était pas du tout un compliment.

Il va falloir un jour travailler un peu sur ça. Parce que ce qui suscite le désaccord dans cette idée de donner à un nouveau pont le nom de Maurice Richard, ce n'est pas le personnage ou le fait que celui-ci provienne du milieu sportif. Ce qui est troublant, c'est que l'histoire avec un grand H, ce n'est pas comme le gilet jaune fluo que vous avez fièrement porté en 1989 et dont vous avez tenté d'effacer toutes les traces. Pour que l'histoire vive, il faut se la raconter.

Et c'est pour ça que l'on donne des noms de personnalités historiques à des trucs comme des ponts. Pour que nos enfants nous demandent pourquoi le pont s'appelle comme ça. Pour se rappeler que nos ancêtres se mariaient à des âges pas possibles. Mais surtout, pour se rappeler que le monde autour de nous a été façonné par des hommes et des femmes.

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