Avec un timbre

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Joël Martel
Le Quotidien

Il y a cette lettre que j'ai reçue au mois d'août dernier.

Elle m'a été livrée au boulot. Et comme je suis du genre à me pointer le moins souvent possible au boulot, elle a donc gentiment attendu dans mon petit casier pendant plusieurs semaines. D'ailleurs, je vous dis ça, et faudrait bien que je pense à le vider un de ces quatre. Parce que vite comme ça, quelqu'un qui ne sait pas ce qu'il contient pourrait penser que je suis un de ces gars très occupés. Or, le truc, c'est que tout le monde au bureau sait que mon casier n'est qu'un vortex dans lequel reposent mes trente derniers talons de paie. Alors on repassera pour le coup de théâtre.

Donc voilà. Dans cet océan de talons de paie, j'y retrouve parfois une invitation pour un lancement qui a eu lieu deux mois auparavant, un disque ou un livre. Mais cette fois-là, c'est une lettre qui m'était personnellement adressée qui a atterri dans ma boîte de courrier.

Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part, ça faisait un sacré bail que personne ne m'avait envoyé une lettre par la poste. J'y pense et vite comme ça, j'ai souvenir qu'alors qu'il travaillait à Granby, mon père m'envoyait de courtes lettres écrites en lettres majuscules dans lesquelles il me racontait notamment qu'il s'apprêtait à faire son lavage et croyez-moi, je pouvais les lire des centaines de fois, jusqu'à les savoir par coeur.

J'ai aussi souvenir de cette fois où je fouillais dans mes vieux trucs en discutant avec ma blonde et là, j'étais tombé sur un paquet de lettres qu'on m'avait écrites. «Je te gage dix piastres que c'est une lettre d'une de mes ex-blondes qui me dit à quel point je suis un trou du cul», que j'avais dit à Julie en ouvrant une lettre au hasard. Maintenant, j'ignore s'il faut en rire ou en pleurer, mais j'avais bien vu.

Évidemment, il y a aussi ces longues lettres remplies d'amour qui font pleurer que ma mère m'écrit pour des occasions spéciales. Des fois, elles sont sur de petites feuilles et parfois, elle nous fait ce que j'appelle des «agents doubles». On pense alors avoir reçu une carte de souhaits et hop, en l'ouvrant, on en a pour un bon dix minutes de lecture.

Il y a aussi ces lettres que ma blonde m'écrit quand on a eu une petite chicane ou lorsqu'elle veut simplement me dire qu'elle m'aime sans que je ne l'interrompe avec une de mes blagues poches.

Bref, à bien y penser, j'ai quand même une bonne moyenne de lettres, mais disons-le, elle a significativement baissé au cours des quinze dernières années. Vite comme ça, je serais tenté de dire que tout ça, c'est principalement de la faute à Internet. C'est quand même drôle parce que dans mes premières années d'internaute, je correspondais avec un tas de gens par courriel. On s'envoyait de longs messages qui respectaient en grande partie les codes d'une lettre. Ça commençait par un bonjour, ensuite on faisait savoir à notre correspondant qu'on espérait que la vie lui soit bonne, et puis après, on décollait sur un truc pour enfin lui souhaiter une bonne journée et hop. Vous voyez le tableau.

Et puis avec le temps, grâce aux réseaux sociaux, tout est devenu en temps réel. Or, ce qu'on perd de vue, c'est que dans les réseaux sociaux, tout est mis en scène pour un auditoire, qu'on le veuille ou non. On n'a droit qu'à la version publique de nos vies. Dans une correspondance, il y a une intimité et surtout, ce souci de ne rien laisser au hasard, car une fois que la lettre est envoyée, on ne peut plus y revenir et spécifier à notre lecteur qu'on avait oublié de spécifier tel ou tel truc.

Alors voilà, j'ai une proposition à vous faire. J'aimerais ça avoir des nouvelles de vous. Vous pourrez m'envoyer une lettre où vous me raconterez votre planification de repas pour la semaine, une lettre à propos de votre voisin, une lettre futile, bref, j'ai envie de vous lire.

Et même si je n'en reçois ne serait-ce qu'une seule, je la lirai et la conserverai précieusement, comme celles de mes ex-blondes, de mon père, de ma mère, de ma blonde et bien entendu, cette lettre manuscrite de madame Eliette Simard.

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