Agir sans hypocrisie!

Charles Cantin... ((Photo Jeannot Lévesque))

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Charles Cantin

(Photo Jeannot Lévesque)

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Le Quotidien

Le projet de Loi C-36 du gouvernement fédéral visant à intensifier la lutte contre la prostitution a fait couler beaucoup d'encre au cours des dernières semaines. Aujourd'hui, le criminaliste Charles Cantin et Jocelyne Gagné et Carolyn Goulet du CALACS de Roberval, discutent de la question.
Loulou a froid! Par cette fin de journée d'octobre, le brouillard et la brume rendent difficile l'accès à la rue, à la recherche d'un preneur, d'un client, d'un «pervers». Loulou exerce le plus vieux métier du monde, la prostitution. Signe des temps, d'une certaine évolution, on les surnomme actuellement les «travailleuses du sexe».

Pourquoi t'exposer au froid, lui ai-je demandé? Loulou: parce que je ne peux le faire par une agence ou les annonces classées. Au surplus, je dois me tenir à l'écart des églises, des écoles, et des maison closes.

Loulou fait référence au projet de Loi C-36 sur la prostitution nouvellement adopté par le gouvernement fédéral, le 6 octobre dernier, avec 156 députés pour, 124 contre. Ce projet de loi non unanime se veut une réponse au jugement de la fin de l'année 2013 de la Cour suprême du Canada dans l'affaire Bedford, déclarant inconstitutionelles les dispositions concernant la sollicitation, les maisons de débauche, et les proxénètes.

De cette manière, la Cour suprême invitait le gouvernement à encadrer l'exercice du plus vieux métier du monde. Notre plus haut Tribunal, par sa sagesse, exprima cette opinion qu'il est impossible d'abolir l'industrie du sexe. Cela existe. S'agit-il d'un besoin? Alors vaut mieux bien l'encadrer pour des fins de sécurité et d'une certaine liberté.

Mais voilà qu'avec son projet de loi, le législateur, par ses commettants, font preuve de pharisaïsme et même d'hypocrisie. On rend légale la travailleuse et son activité et du même élan, l'on criminalise le client, l'acheteur. Comment pouvons-nous réaliser une transaction avec un des deux contractants en situation illégale?

Cela apparaît aussi absurde que s'il était légal de vendre de la drogue, mais illégal de s'en procurer. Loulou offrira des services sexuels, et son client risquera la détention. Sous le couvert de la sécurité, l'on mettra à l'écart des actifs de la société.

Aussi absurde est le fait que l'on ne puisse recruter ses clients via les petites annonces et internet. L'on pénalise cette possibilité au nom de la protection contre la violence.

Loulou: «avant je recrutais par les petites annonces et cela m'assurait d'avoir un minimum de choix et d'évaluation du candidat. Maintenant, on fait tout en catimini, en cachette, dans l'espoir de bien tomber.» Un client impatient épié pourrait réagir par la frustration et l'intimidation. Les conditions de travail sont devenues limitées, et n'assurent en rien cette sécurité si essentielle à ces travailleuses du sexe. À mon avis, l'on tente de décourager les gens de pratiquer ce métier. L'on cherche à abolir la prostitution alors qu'elle existe depuis Adam et Ève.

On éclipse l'agent (le proxénète), le «magasin» (maison de débauche), et la publicité, en supposant qu'elles seront moins exposées à la violence et aux mauvais traitements.

Il est garanti qu'avec le projet de loi C-36, nous nous retrouverons de nouveau devant le plus haut tribunal du pays encore une fois pour faire déclarer inconstitutionnelles les nouvelles dispositions.

Le Canada, par ses tentatives de copier le modèle suédois (qui vise l'abolition de la prostitution) fait fausse route. L'exemple hollandais devrait inspirer le gouvernement dans ses projets d'encadrement. Soumettre les proxénètes et les maisons de débauche aux lois et code du travail amènerait la qualité d'exploitation et par le fait même augmenterait la protection de tous.

Les prostitués (masculins et féminins) passeraient par l'obtention d'une licence enregistrée avec ce que cela implique. On parle de contrôle médical, d'assurer un âge minimal et d'autres restrictions assurant la sécurité et l'hygiène à l'endroit du public. Les municipalités seraient responsables du département de l'inspection et du respect de mesures de contrôle minimal.

Par l'exercice du code criminel, toute forme d'exploitation sexuelle, et tout manifestation de violence à l'endroit des gens de l'industrie du sexe seraient passibles de peines sévères et de sanctions sévères.

Il est intéressant de constater les modèles internationaux qui ont vu le jour bien avant le nôtre, et nos propres expériences. S'il faut passer par la Hollande pour améliorer notre qualité de vie, il s'agira alors d'un raccourci.

Un raccourci qui permettra à toute une industrie d'être un apport social et économique sans cachotterie, ni antagonismes.

Charles Cantin

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