Terres agricoles, les vraies questions

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Le phénomène de l'accaparement des terres est devenu un enjeu majeur pour les sociétés préoccupées par leur souveraineté alimentaire et la prospérité de leur agriculture.

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Le Quotidien

Le phénomène de l'accaparement des terres est devenu un enjeu majeur pour les sociétés préoccupées par leur souveraineté alimentaire et la prospérité de leur agriculture. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean n'échappe pas à cette dynamique qui lentement mais sûrement s'installe aussi chez-nous. Déstructuration de l'occupation dynamique du territoire rural, augmentation des pressions financières et commerciales sur la valeur des terres qui plombent les projets d'établissement de la relève, fragilisation du modèle agricole familial, autant d'effets nuisibles d'un phénomène qui prend de l'ampleur.

Afin de bien comprendre la dérive vers laquelle nous nous dirigeons, l'exemple le plus concret est probablement celui de l'Argentine où le phénomène s'est installé depuis une vingtaine d'année. L'agriculture est passée entre les mains d'industriels qui ne possèdent plus la machinerie et les outils de production, mais que les terres et des ordinateurs branchés sur la Bourse de Chicago. Ils habitent les tours à bureaux de Buenos Aires, alors qu'ils font travailler à forfait les petits exploitants agricoles qui croulent sous les dettes et la pauvreté.

Le prix des terres en région avait connu des hausses moins importantes qu'ailleurs au Québec dû à son éloignement et sa saison de culture plus courte conséquence de sa localisation plus au nord. Toutefois, l'allongement de la saison sans gel suite aux changements climatiques, le développement de nouvelles variétés de végétaux plus performants, l'amélioration des liens routiers, ajoutés au fait que bon nombre de producteurs approchent de la retraite et sont vendeurs, font en sorte que les conditions changent rapidement et de bonnes aubaines s'offrent aux spéculateurs. Si on ajoute la conjoncture économique où les rendements de placements sont anémiques alors qu'au contraire, l'augmentation du prix des terres atteint 15,2% de rendement moyen l'an depuis 2008, des conditions sont réunies pour une l'éclosion d'une bulle.

Si cette tendance continue, les terres agricoles appartiendront de moins en moins à l'exploitant et leur accès pour la relève sera de plus en plus difficile. Les agriculteurs québécois possèdent encore 80% des terres qu'ils exploitent, comparativement à 60% ailleurs au Canada, 57% aux États-Unis et 25% en France. L'enjeu majeur ici est d'en arriver à sécuriser la maîtrise de l'exploitation des terres agricoles par des gens de métier, des professionnels de l'agriculture, et d'éviter la financiarisation du secteur en laissant toute la place à des industriels davantage préoccupés par les profits et le rendement aux actionnaires que par les grands enjeux de la conservation des ressources, de la dynamisation des communautés locales et de la santé des populations, autant d'éléments bien assumés par le modèle agricole familial.

La déclaration obligatoire, par les bureaux de notaires de toute transaction de terres agricoles, une solution simple qui permet de connaître en temps réel l'ampleur des superficies et les intervenants en cause, l'obligation, pour tout acquéreur de terres agricoles, d'en maintenir le capital de production et enfin et l'instauration de contrats types de location de terres agricoles qui tient compte de la capacité pour les jeunes de la relève de bâtir, sur des terres en location, des entreprises agricoles viables à long terme en référence à un modèle agricole durable, sont autant de mesures qui ont démontré leur efficacité. Le ministre de l'Agriculture, en vertu de la loi adoptée en 1964, dispose des pouvoirs afin d'intervenir, soit en créant un organisme qui s'apparente au modèle français, une Société d'aménagement et de développement agricole du Québec dans l'intérêt général de protéger un modèle agricole durable, soit en s'inspirant du modèle des États-Unis où l'État peut faire prévaloir l'intérêt général contre les forces du marché et autoriser la création de Fiducies foncières agricoles dans le but d'assurer la pérennité des transferts d'établissements agricoles à des fermes familiales. Québec pourrait aussi donner plus de pouvoir à la Commission de protection du territoire agricole afin de limiter l'achat de terres par des fonds d'investissement comme le suggère Yvon Simard, président régional de l'UPA.

L'agriculture et l'alimentation constituent une responsabilité d'État et doivent être traitée différemment des autres secteurs de l'économie. Le phénomène d'accaparement des terres déstabilise le modèle agricole familial québécois.

Raymond Rouleau

Producteur agricole depuis plus de 35 ans à Saint-Gédéon débattent du sujet.

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