Futur imparfait

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Joël Martel
Le Quotidien

Je viens de l'ancien temps.

Je viens d'une époque lointaine où la guerre avait lieu loin d'ici. Et puis, les rares fois où on y déployait des soldats ici, c'était principalement lorsque la nature se révoltait ou sinon, c'était à cause d'un type nommé Lasagne.

À l'époque d'où je viens, lorsque des coups de feu étaient tirés, on ne pouvait que se désoler qu'un individu ait perdu la boule au point de commettre l'irréparable. Tout ce qu'on pouvait y faire, c'était de sensibiliser le public à l'importance de savoir détecter les signes de détresse auprès des personnes de leur entourage. Sinon, on pouvait aussi réfléchir à une façon de rendre plus difficile l'accès aux armes à feu.

Dans cet ancien temps, lorsqu'une tragédie survenait, les informations rentraient au compte-gouttes. Il y avait trois chaînes de télévision et dans de telles situations, c'était un peu comme si la Terre arrêtait subitement de tourner. D'ailleurs, j'ai encore souvenir de cet épisode d'Astro le petit robot qui avait été interrompu le 28 janvier 1986 lors de la tragédie de la navette spatiale Challenger. Et pendant que je vous raconte ça, je me sens encore plus comme un dinosaure, car j'ai souvenir que dans cet ancien temps, la télécommande sans fil relevait encore de la science-fiction, du moins chez moi, car nous ne possédions qu'une grosse manette Jerrold.

Je viens d'un temps lointain où il n'y avait que deux ou trois grandes gueules sur les ondes de la radio et de la télé. Si lointain en fait, que Jean-Luc Mongrain avait encore des cheveux et en plus, une grosse moustache.

J'ai aussi souvenir que dans cette préhistoire, nous ne pouvions que progresser. On imaginait un futur très proche de nous où en plus de voler, les voitures allaient carburer à l'énergie solaire ou à l'électricité. Un futur où tout un chacun ne se laisserait plus dicter quoi que ce soit par la religion. Un futur où l'éducation serait notre plus grand investissement. Un futur où le droit à l'avortement serait immuable. Un futur où la société s'enlèverait enfin le bâton qu'elle a dans le derrière et où au lieu de faire la guerre à la drogue et à la prostitution, on trouverait des solutions afin cohabiter avec ces réalités. Un futur où le concept de pauvreté n'existerait plus que pour qualifier la bassesse d'esprit de certains individus.

Et maintenant, ce futur dont nous avons tant rêvé, il est là tout autour de nous et disons-le avec les gants les plus blancs qui soient, on l'a solidement merdé ce futur.

La Terre est à " defrost " , on s'entretue pour des contes de fées, on éduque les générations à venir en mode classe économique, les médias merdiques pullulent et le public est au rendez-vous, des chroniqueurs imbéciles qui n'en savent pas plus que vous se font des montagnes de fric pour vous dire quoi penser et les politiciens carburent désormais à la peur.

Et comme si tout ça, ce n'était déjà pas assez triste, eh ben ça se poursuivra. Car le futur, il n'arrête pas et il fait son petit bonhomme de chemin à chaque seconde qui passe. Et au cours des prochains jours de ce futur, on vous pointera du doigt le danger " islamiste " et tout ce délire. On vous dira aussi que c'est à cause du fanatisme que tout est en train de péter.

On se gardera toutefois de vous dire que tout ça, c'est aussi de notre faute. Parce que nous tolérons que des politiciens d'une pauvreté d'esprit ahurissante dirigent le pays comme s'ils géraient une franchise des États-Unis. Parce que nous demeurons aveugles quant à l'influence sournoise de la droite religieuse sur notre gouvernement. Parce que l'économie et toujours l'économie...

Allez savoir maintenant quelles conneries on nous fera avaler pour maintenir notre sécurité. Alors voilà, semble-t-il, qu'on a le futur qu'on mérite et je doute fort bien qu'il s'agisse de celui que nous souhaitions tous. Mais bon, ça nous fait au moins ça à la fin. Il nous reste toujours le doute. Profitons-en.

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