Je suis une bombe

Le corps d'une femme soupçonnée d'être morte après... (PHOTO ABBAS DULLEH, AP)

Agrandir

Le corps d'une femme soupçonnée d'être morte après avoir contracté l'Ebola est porté en terre à Monrovia au Liberia, le 18 octobre.

PHOTO ABBAS DULLEH, AP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Joël Martel
Le Quotidien

C'était peut-être l'été de mes huit ans. Une chose est certaine, j'étais haut comme trois pommes et cet été-là, mon père m'avait amené à la base militaire de Bagotville pour le "pageant" aérien.

Je me souviens qu'avant même d'y mettre le pied, j'étais habité par la terreur comme rarement j'avais pu l'être auparavant. C'est que toutes ces histoires d'accidents lors d'événements du genre m'étaient venues à l'oreille, et là, j'étais littéralement terrorisé à l'idée d'assister à une catastrophe en direct.

Fort heureusement, rien de tout ça n'était arrivé, or j'étais revenu à la maison encore plus terrorisé. Le truc, c'est que j'avais vu une espèce de stand où on parlait de la bombe nucléaire. Faut savoir que la vie avait été plutôt gentille avec moi, car jusque-là, j'ignorais toujours que l'humanité pouvait atteindre un tel niveau d'imbécillité. Évidemment, j'étais bien conscient que la guerre existait, mais de savoir que des gens avaient poussé le ridicule jusqu'à inventer une arme capable de rayer de la carte toute forme d'humanité, disons que tout ça m'était rentré dedans, et pas juste un peu.

La semaine qui avait suivi avait été plutôt pénible. Chaque journée qui passait, j'étais continuellement obsédé par cette idée que d'une minute à l'autre, tout pourrait subitement exploser. Et puis le soir venu, seul dans l'obscurité de ma chambre, je revoyais sans cesse tourner dans ma tête les images d'un film catastrophe que je m'étais imaginé.

Ça a donc duré comme ça un bon moment jusqu'à ce qu'un soir, je craque devant mon père. Le visage ruisselant de larmes, je lui avais alors confié que je vivais dans la terreur et que je n'arrivais plus à penser à quoi que ce soit d'autre. "Écoute petit gars, qu'il m'avait dit. Si quelqu'un tient un fusil sur ta tempe et que toi, tu tiens un fusil sur sa tempe, penses-tu qu'un de vous deux sera assez idiot pour tirer en premier?»

Maintenant, probablement que j'ai répondu un truc du genre «Pas moi en tout cas» et bien que la réponse de mon père ne réduisait pas complètement à néant les possibilités qu'une telle catastrophe puisse survenir un jour, elle les avait amplement réduites. J'ai donc recommencé à dormir et à m'amuser comme les autres enfants de mon âge.

Avec du recul, tout ça m'apparaît plutôt amusant, car à bien y penser, la découverte de l'arme nucléaire a été pour moi ma toute première prise de conscience comme quoi l'humanité est sans aucun doute sa menace la plus dangereuse. Parce qu'en fait, ce n'était pas l'idée de mourir dans une explosion qui me terrorisait autant, mais davantage l'idée que des gens que je ne connaissais ni d'Ève ni d'Adam aient un mot à dire en ce qui concerne mon existence.

C'est justement le seul truc qui m'inquiète vraiment à propos du virus Ebola.

Parce qu'en toute honnêteté, je n'ai même pas de difficulté à croire que les gouvernements et autres autorités font tout en leur possible pour empêcher la propagation du virus. Et puis, quand je lis des trucs comme quoi le virus Ebola ne se transmet pas si facilement que ça, je suis tenté d'y croire.

Le hic, c'est que tout ça, c'est en théorie. Et cette théorie, elle implique que tout un chacun se devrait de respecter des consignes. C'est là qu'un petit doute m'habite.

Parce qu'en théorie, si tout un chacun se lavait les mains et demeurait à la maison lorsque des symptômes de fièvre se présenteraient, pratiquement plus personne n'attraperait le rhume, la grippe ou la gastro. Et pourtant.

D'ailleurs, ça ne serait peut-être pas une mauvaise idée de penser un jour à mettre sur pied un cours ou un truc du genre à l'école primaire ou secondaire afin de conscientiser les générations à venir à propos de notre responsabilité individuelle quant à la collectivité. Parce qu'à la fin, que l'on soit un type parmi tant d'autres ou que l'on se promène en jet privé, on est tous un peu une bombe nucléaire.

Alors, dites-moi, je peux compter sur vous pour que nous parvenions tous à nous rendre jusqu'à la fin de L'Auberge du chien noir?

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer