Au royaume des aveugles

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Joël Martel
Le Quotidien

(Chicoutimi) Je vous dis ça comme ça, et loin de moi l'idée de vous faire la morale, mais je commencerais à m'inquiéter à votre place. Peut-être pas au point de placarder toutes les fenêtres de votre maison avec du bois, mais ça ne serait peut-être pas une mauvaise chose de vous inquiéter un peu.

Évidemment, vous me direz qu'en matière d'inquiétude, la compétition est plutôt forte actuellement et ça, je vous l'accorde. Après tout, on ignore ce qui nous arrivera avec toutes ces histoires d'ebola, et puis il y a le Canada qui part en guerre et sinon, j'ai entendu dire qu'il y a encore des milliers de gens qui ne sont toujours pas encore arrivés à effacer le nouveau disque de U2 de leur bibliothèque iTunes. Bref, nous sommes en crise perpétuelle.

Vous me direz peut-être aussi qu'à la fin, c'est juste de la télé et de la radio et que c'est bien loin d'être l'apocalypse. Certes, ça aussi je vous l'accorde. Même que chaque fois que j'ai un ami ou une connaissance qui doit déclarer faillite et qui perdra la quasi-totalité de ses biens, je lui dis un truc du genre. Généralement, je lui fais une « bine » sur l'épaule et tout en agrémentant mon propos d'un clin d'oeil bien senti, je lui dis qu'après tout, c'est juste de l'argent.

Alors voilà, tranquillement, mais sûrement, je commence à être habité par ce curieux sentiment que quelqu'un quelque part a décidé qu'il en avait assez de Radio-Canada. Signe des temps, et comme quoi on vit à une drôle d'époque, non seulement ce quelqu'un quelque part n'a rencontré personne sur sa route qui lui a dit que c'était là une idée digne du roi des crétins, mais ce quelqu'un quelque part a littéralement eu le champ libre jusqu'ici. Mais comment expliquer un tel délire?

En ce qui concerne le fait que personne n'ait cru bon de raisonner ce quelqu'un quelque part, je me contenterai de présumer que cet individu n'a tout simplement pas d'amis dignes de ce nom. J'en conviens, c'est là une théorie qui peut sembler enfantine. Or, à bien y penser, si jamais l'idée vous venait de vous crever une oreille et un tympan afin d'épargner quelques dollars et qu'après l'avoir annoncé à tous les vents, pas une seule personne dans votre entourage n'arrivait à vous convaincre que c'est là une des idées les plus imbéciles qui aient pu avoir vu le jour, je vous dirais poliment que vous avez soit des amis cons comme la lune ou sinon, que vous vous trompez sur leur véritable nature et que fort probablement, ces « amis » retirent un plaisir sadique à vous voir vous automutiler pour aucune raison valable.

Car n'ayons pas peur des mots, ce qui arrive depuis plusieurs mois et surtout, ce qui se profile à l'horizon pour Radio-Canada a tout d'une longue et cruelle téléréalité qui mènera ultimement à la disparition du protagoniste principal. Du genre la mort en direct.

Et ici, ce n'est pas seulement à la lente agonie d'une institution à laquelle nous assistons. Ici, c'est aussi une communauté de travailleurs. Ici, ce sont souvent nos oreilles et nos yeux. Ici, ce sont des voix qui partagent ou non notre vision du monde. Ici, c'est une tribune pour des artistes qui, même s'ils ne brillent pas autant que les abonnés aux palmarès, éclairent les jeunes esprits de demain qui nous feront rayonner tout autour du monde. Ici, ce sont des nouvelles qui se prêtent moins bien à des vulgarisations avec des cônes orange et des balles de tennis. Ici, ce sont nos histoires à nous. Ici, c'est notre langue française parfois tout croche et parfois tellement trop soutenue qu'on ne peut qu'en rire.

Or, tout ça, c'est bien beau, mais reste qu'en ce moment, le quelqu'un quelque part tient fermement l'oreiller qu'il a posé sur le visage de Radio-Canada. Faudrait peut-être que la population se réveille enfin et qu'elle lui fasse comprendre qu'elle ne veut pas de ce genre de spectacle là.

Mais bon, peut-être aussi que je m'inquiète pour rien. Car à la fin, au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.

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