Au royaume de l'Austérité

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Joël Martel
Le Quotidien

On ne se fera pas de cachettes, il existe peu de choses en ce bas monde qui sont aussi déprimantes que de devoir lire sur l'économie.

Parce qu'en gros, il existe deux catégories de textes à propos de l'économie. Il y a ceux qui vous concernent, soit les articles qui parlent de coupes, de précarité et d'insécurité. Et puis de l'autre côté, il y a les textes qui ne vous concernent pas. Ça, ce sont les nouvelles où on vous parle de profits records, d'actions en bourse à la hausse, bref tout ce qui va bien. Remarquez que des fois, ça va un peu moins bien aussi, mais au final, ça ne va jamais si mal que ça en regard des nouvelles qui vous concernent.

Alors voilà, dans toute ma bonté, j'ai décidé de vous faire un conte facile et agréable à lire à propos de l'austérité. Et question de rendre le tout encore plus attrayant, je l'ai intitulé «Le fabuleux et merveilleux royaume fantastique et magique de l'Austérité".

Il était donc une fois - pour ceux et celles qui auraient préféré que ça soit plusieurs fois, j'ai le regret de vous annoncer qu'on devra se limiter à une seule fois, étant donné les moyens dont nous disposons actuellement - dans un fabuleux et merveilleux royaume fantastique et magique nommé l'Austérité, trois sympathiques gaillards nommés André, Bertrand et Christian. Ici, notez bien qu'avec ces trois noms, on a pu économiser deux salaires d'enseignants, car mine de rien, on vient de vous donner un moyen mnémotechnique afin de retenir les trois premières lettres de l'alphabet. Et disons-le, au royaume de l'Austérité, on aime bien ça épargner sur l'éducation.

La vie étant ce qu'elle est, André, Bertrand et Christian devaient composer avec certaines réalités qui les distinguaient de leurs semblables. Par exemple, André avait toujours accusé un certain retard quant à son développement cognitif. Bref, disons que ça lui prenait un peu plus de temps que les autres afin d'arriver à comprendre certains trucs. Évidemment, ça aurait fait une bonne histoire qu'André ait eu un tas d'amis qui l'auraient aidé à surmonter les défis se posant sur sa route, mais comme l'histoire se déroule à l'Austérité, on a dû se contenter de le placer devant un téléviseur tout en s'assurant qu'il ait le strict minimum.

Quant à Bertrand, celui-ci avait été victime d'un mauvais sort qui faisait en sorte qu'il entendait parfois des voix. Heureusement, grâce à un élixir que des druides lui préparaient, Bertrand arrivait à calmer ces voix. Or, l'Austérité étant ce qu'elle est, il n'y avait aucun magicien pour s'assurer que Bertrand se portait bien, alors après un certain temps, les voix sont réapparues et elles lui ont dit de ne plus prendre son élixir. Donc désolé pour ceux et celles qui auraient aimé lire une histoire où Bertrand aurait fini par se marier et par avoir de nombreux enfants. On a donc dû se contenter de lui donner le rôle du sympathique fou du village.

Et pour ce qui est de Christian, on aurait aimé vous dire qu'après avoir mené une longue vie active, celui-ci allait vivre dignement ses derniers jours. Mais comme à l'Austérité la sagesse ne paie pas des factures, on a décidé d'en donner le moins possible à Christian et à ses proches, et ce, même s'il avait de plus en plus de difficulté à se déplacer et à pourvoir à ses besoins les plus essentiels. Et, en attendant que la Grande Faucheuse l'amène avec elle, eh ben on l'a installé lui aussi devant une télé, toujours devant le même canal.

Maintenant, on a beau retourner ça dans tous les sens, mais avec tout ça, on n'a finalement pas d'histoires dans ce conte. Sauf peut-être celle du Roi de l'Austérité qui, du haut de son château, mange des gros steaks avec les seigneurs.

Sinon, lorsque la population a envie de manger elle aussi des gros steaks, le Roi descend dans la ville et il mange quelques hot-dogs avec les citoyens. Et pour les mois qui suivront, il pourra leur répéter qu'il comprend très bien leurs préoccupations.

Il fait bon vivre au royaume de l'Austérité. Pour autant que vous soyez celui qui tient les ciseaux afin de couper les ficelles.

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