Manque de joues!

«Les citoyens de tout le Québec paieront la... (Le Soleil, Erick Labbé)

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«Les citoyens de tout le Québec paieront la moitié de l'amphithéâtre. Le gouvernement n'aurait-il pas dû, en échange de cette largesse, au moins exiger que les entreprises du Québec aient une chance loyale de s'inscrire dans le projet? Pourquoi ne l'a-t-il pas fait?»

Le Soleil, Erick Labbé

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Myriam Ségal
Le Quotidien

Ils ne demandaient pas de privilège, pas de subvention, pas de passe-droit, les Chantiers Chibougamau. Juste une chance de soumissionner sur le toit du nouveau Colisée de Québec.

Encore une fois, on bafoue la région. Juste bonne à fournir son écot pour la plus grande gloire de la Capitale. Offrir une maquette en bois qui a fait les manchettes et permis de nourrir le fantasme du retour des Nordiques, soit. Mais une vraie chance de soumissionner, pas question! On ne bouscule pas la chapelle des ingénieurs et des consortiums, qui renâclent au bois en supposant que ce sera trop cher.

On en aurait eu le coeur net, si seulement la ville de Québec avait lancé deux appels d'offres: un pour le toit, un pour le reste. Mais en en lançant un seul, elle obligeait Chantiers Chibougamau à flagorner des consortiums engoncés dans leurs habitudes avec leurs alliés du béton et de l'acier. Comment s'insérer dans ces copinages établis?

Un exemple

L'entreprise, hautement spécialisée, ne brille pas par son lobby mais par ses poutres de bois lamellés, ignifuges et d'une portance égale au béton et à l'acier. L'industrie forestière dans la région est dans la mouise, prise en otage par le quasi-monopole de Produits forestiers Résolu (PFR) qui vivote dans les activités traditionnelles, étouffe ses concurrents sans développer d'alternative, tout en pressurant ses partenaires. Dans ce contexte, Chantiers Chibougamau est toujours citée en exemple par les politiciens et autres jovialistes de l'industrie du bois.

Au lieu d'attendre la reprise du marché du «2 par 4», elle a mis au point de nouveaux produits. Ils ont été homologués trop tard pour les essayer au pont Carbonneau de Saint-Félicien. Le Colisée de Québec était le prochain gros chantier qui pouvait servir d'exemple et de vitrine technologique.

Les citoyens de tout le Québec paieront la moitié de l'amphithéâtre. Le gouvernement n'aurait-il pas dû, en échange de cette largesse, au moins exiger que les entreprises du Québec aient une chance loyale de s'inscrire dans le projet? Pourquoi ne l'a-t-il pas fait?

La réponse viendra-t-elle de la Commission Charbonneau qui explore le rôle trouble des firmes de génies et de l'industrie de la construction dans les finances des partis politiques? Ce qu'on y entend nous donne droit à la méfiance et à la suspicion. Par hasard, le ministre libéral responsable de la région de Québec fut employé d'une firme de génie.

Le PQ, à qui nous avons donné trois ministres, ne s'en mêlera pas. La région de Québec est trop précieuse politiquement. Il ne risquera pas de mettre un grain de sable dans l'engrenage, et de retarder l'échéancier. Il se ferait lapider dans cette région convoitée et gourmande qui détient la clé d'un gouvernement majoritaire.

Douanes

Autre gifle pour la région: le refus de Denis Lebel d'accorder des douaniers à Bagotville. Son argument révèle une mentalité odieuse. Il n'accepterait que si cela permettait à des étrangers de venir dépenser leur argent ici. Pas question de faciliter le départ de citoyens vers des pays chauds pour un petit répit au coeur du dur hiver.

On les punit par une escale laborieuse et pénible à Québec, où ils récupèrent les bagages, passent aux douanes, remettent leurs bagages, rembarquent... Pourtant, l'État taxe allégrement ces voyages tout inclus achetés à des compagnies canadiennes! Il pompe notre fric, mais nous refuse les services!

Or, il y a des douaniers dans la région: pour les bateaux de croisière, pour le port de Grande-Anse. Il suffit de les former pour qu'ils dédouanent aussi les voyageurs à l'aéroport. Cela permettrait de développer un marché de niche pour les «trips» de luxe en motoneige. Mais Denis Lebel représente le gouvernement dans la région, pas l'inverse!

Additionnez le scandale du mondial de patinage de vitesse dont Saguenay vient d'être flouée par Patinage Canada; à la quantité de gifles qu'on nous balance, nous manquons de joues ces temps-ci!

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