Développer un athlète chez lui

L'entraîneur Jude Dufour partage ses succès d'entraîneur avec... (Photo Le Quotidien, Gimmy Desbiens)

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L'entraîneur Jude Dufour partage ses succès d'entraîneur avec sa famille, qui l'ont toujours appuyé et ont fait partie intégrante du projet. Il est entouré de sa conjointe Nathalie Guérin et leur fille Léa. Absent lors de la photo: leur fils Joé.

Photo Le Quotidien, Gimmy Desbiens

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Alma-Rio sans intermédiaire! C'est ce que l'entraîneur Jude Dufour a réussi avec Léandre Bouchard, champion de vélo de montagne. Il a créé un environnement optimal pour son athlète et a convaincu sa fédération que la région avait le potentiel nécessaire pour développer l'élite. Il a réussi l'exploit avec l'Olympien, mais aussi avec d'autres qui se distinguent à l'échelle canadienne et internationale. Si ce fut inhabituel pour un athlète, l'expérience a aussi été exigeante pour lui. Il faut du temps pour encadrer un athlète de ce calibre. Aujourd'hui, Jude Dufour est la personnalité du mois Le Quotidien/Radio-Canada.

Il y a deux ans à peine, Jude Dufour et son protégé, Léandre Bouchard, ont commencé à croire en une possible participation aux Jeux olympiques de Rio. Deux ans plus tard, non seulement le rêve s'est concrétisé pour le fleuron du vélo de montagne et son entraîneur, mais Léandre a conclu ses premiers Jeux au 27e rang, alors qu'il est à peine âgé de 23 ans.

Au-delà de l'exploit d'avoir développé un Olympien, Jude Dufour est surtout fier d'avoir pu mettre en place une structure qui permet à ses athlètes de continuer à progresser sans avoir à s'exiler à l'extérieur du Saguenay-Lac-Saint-Jean. «À mon avis, c'est historique au niveau régional d'avoir un athlète qui s'est développé à l'intérieur d'un club, dans son propre milieu, et qui a utilisé des services dans ce même milieu. Pour moi, c'est ce dont je suis le plus fier», fait valoir Jude Dufour en entrevue.

De fait, dans plusieurs disciplines comme le patinage de vitesse courte piste ou le judo, les jeunes talents doivent s'expatrier dans les centres nationaux pour poursuivre leur développement. Il y a deux ans, lorsque Léandre et lui ont décidé de faire le pari olympique, l'entraîneur almatois a travaillé à implanter une structure de développement et a démontré que ce projet était réalisable et viable. «C'est trop facile de dire qu'on est né pour un petit pain, qu'on est en région et que c'est normal de laisser partir un athlète quand il devient bon. Je suis fier d'avoir créé une équipe qui a cru à cet objectif, parce que ça n'a pas toujours été facile.»

Heureusement, il a obtenu un bon appui de Cyclisme Canada. «Au fil des années, les dirigeants ont toujours senti qu'il y avait une progression chez les athlètes masculins et féminins de notre club. Je n'ai jamais senti de pression disant que Léandre n'était pas entre bonnes mains, que je n'avais pas les compétences ou que nous n'avions pas ce qu'il fallait en région. Je me suis toujours senti revalorisé par ma fédération nationale pour faire mon travail, mais ce n'est pas toujours ainsi que ça se passe dans le monde du sport.»

L'appui de toute une équipe

Jude Dufour a fait valoir les atouts d'un développement en région comme l'accessibilité, un plus grand sentiment d'appartenance et une plus grande facilité à trouver des partenaires. Il lui a aussi fallu convaincre le milieu. «C'est nous qui devons commencer par y croire et au club Cyclone, on a des administrateurs qui y ont cru. C'est dans cette optique que j'ai mis en place ce modèle, en me disant que nous serions capables de viser l'excellence», souligne celui qui n'entend pas s'arrêter en si bon chemin.

«Mon objectif d'entraîneur professionnel est d'amener un homme et une femme aux Jeux de Tokyo en 2020. J'ai atteint 50% de mon objectif. Oui je suis fier d'avoir monté un athlète, mais surtout d'avoir monté une équipe. Aujourd'hui, on sait que c'est faisable pour la suite des choses.»

De fait, Jude Dufour a su trouver des appuis essentiels dans son entourage. «Ce dont je suis le plus fier, c'est d'avoir fait preuve de leadership pour avoir mis sur pied une équipe qui croit à la haute performance et à l'excellence à l'intérieur du club Cyclone. On a vraiment mis en place les éléments pour parvenir à une sélection olympique, mais il reste encore des choses à faire», souligne l'entraîneur.

La participation de Léandre Bouchard aux Jeux de Rio résulte d'une belle concertation du milieu. Jude Dufour tient d'ailleurs à partager le succès obtenu avec les partenaires suivants: le président du club Cyclone, Jean-Sébastien Harvey, qui l'a appuyé dans ces démarches; son assistant Alexandre Gagné-Villeneuve, sur qui il peut se fier lorsqu'il accompagne ses athlètes à l'international; Roger Filion, l'agent de Léandre qui a fait une différence pour le volet financier et qui est de bon conseil pour Léandre; et son employeur, le Collège d'Alma, qui l'a libéré pour les compétitions internationales. Il souligne aussi l'apport d'une équipe multidisciplinaire pour soutenir les athlètes, soit son collègue du Collège d'Alma, Gilles Nedelec, qui a monté un laboratoire en physiologie de l'exercice, le Dr Charles Fournier (médecine sportive), et le physiothérapeute Stéphane Brassard. En vélo de montagne, outre le soutien des entraîneurs Serge Desrosiers (équipe du Québec) et Dan Proulx (équipe nationale), Jude Dufour tient à remercier les membres du club Cyclone qui ont agi comme partenaires d'entraînement.

Legs sportif

Jude Dufour et son protégé aimeraient que les succès obtenus et à venir se traduisent par un legs concret. «Tôt ou tard, les performances vont s'oublier. Le plus beau legs qu'on pourrait laisser, ce serait des installations à la hauteur de ce qu'on a pu faire pour le développement des individus à travers le sport», argue Jude Dufour. Il aimerait qu'une institution d'envergure comme l'UQAC devienne un pole régional dans l'offre de services médico-sportifs. De même, il souhaiterait que des infrastructures dignes de la haute performance soient développées au club Dorval, site d'entraînement du club Cyclone.

L'importance du soutien familial

Les membres de la famille de Jude Dufour sont partie prenante de ses succès pour développer des athlètes de haut niveau. «À la base, j'avais un environnement hyper favorable», estime celui dont la conjointe Nathalie Guérin et leurs enfants Joé et Léa ne se sont jamais plaints qu'il consacrait trop de temps à ses athlètes. «Ils ont fait partie du projet et ils se sont développés eux aussi là-dedans, souligne-t-il. C'est un autre aspect dont je suis fier: celui d'avoir trouvé un certain équilibre sur le plan familial. On estime que 70% des entraîneurs de haut niveau vivent une rupture de couple. C'est très difficile de conjuguer les deux et je me trouve chanceux.»

Jude Dufour considère sa conjointe comme son bras droit. «C'est une bonne athlète et elle me donne toujours l'heure juste. Elle est de très bon conseil.»

***

Depuis bientôt 30 ans, Jude Dufour compose quotidiennement avec un diabète de type 1, un défi de taille quand il accompagne ses athlètes à l'étranger. À quatre injections d'insuline par jour, disons que le décalage horaire bouscule un peu la routine. «Mais ça ne m'a jamais empêché de vivre une vie normale», assure l'Almatois, fidèle à la promesse qu'il s'était faite quand il a été diagnostiqué.

Jude Dufour savoure pleinement cette première expérience olympique. «J'ai l'impression d'être encore dans les airs et je n'ai pas le goût d'atterrir tout de suite. J'ai le goût d'en profiter à plein. [...] J'ai eu la chance d'avoir (Léandre) à 12 ans et de le faire progresser à travers tous les stades de développement pour arriver à ce niveau», rappelle-t-il avec fierté.

Une phrase qui inspire Jude Dufour: «Les batailles de la vie ne sont pas gagnées par les plus forts ni les plus rapides, mais par ceux qui n'abandonnent jamais.» Johanne Saint-Pierre

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