Lauréat du mois d'août Le Quotidien/Radio-Canada

Michel Dufour: celui qui surmonte les vagues

Le courtier en assurances de personnes et en... (Photo Le Quotidien, Gimmy Desbiens)

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Le courtier en assurances de personnes et en placements Michel Dufour a traversé le lac Saint-Jean à la nage cinq fois en solo malgré sa poliomyélite.

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Petit, Michel Dufour ne pouvait faire d'éducation physique, ses enseignants lui demandant de s'asseoir sur le banc et de regarder les autres. Devenu grand, plus personne n'oserait dire à ce nageur hors pair de rester sur le quai.

Michel Dufour a réussi, samedi dernier, sa cinquième traversée du lac Saint-Jean. Il a nagé 32 kilomètres en 13h20. Contrairement aux autres nageurs qui ont pris part à l'épreuve, Michel Dufour ne peut utiliser ses jambes.

Le Chicoutimien de 61 ans a passé les deux premières années de sa vie à l'hôpital, atteint de la poliomyélite. Des moments qui ont forgé son caractère. «J'ai eu des opérations aux jambes à huit ans, 16 ans et 33 ans, a-t-il expliqué en entrevue hier soir. Chaque fois, j'ai été sur la table entre six et huit heures. Peut-être que c'est ça qui m'a permis d'avoir une telle tête de cochon dans l'eau! Quand je dis que je pars de Péribonka et que je vais à Roberval, c'est que c'est ça que je vais faire.»

Pierre Lavoie parle de Michel Dufour comme d'une inspiration. Il n'est pas le seul. Le parcours de M. Dufour est impressionnant.

«J'ai obligé les gens à m'intégrer. Je n'ai pas trouvé ça difficile parce que j'avais la force de caractère en moi. Quand ai-je développé cette force? Possiblement à l'hôpital, durant les deux premières années de ma vie. Cet épisode fait partie de moi.

«Au cégep, contrairement au primaire et au secondaire, les enseignants m'ont dit: ''tu vas choisir un sport. La natation ou les poids et haltères...'' J'ai choisi la natation et c'est là que j'ai découvert ma passion. On acceptait ma différence. Avant, je ne pouvais que regarder les autres faire du sport. Par chance que j'ai quatre frères et autant de soeurs!»

Encore aujourd'hui, lorsqu'il s'approche de l'eau, Michel Dufour n'a certes pas la même démarche que les autres nageurs qui l'accompagnent. Il a appris à vivre avec ce fait. Mieux, il est celui qui donne les conseils, en piscine.

«J'aurais pu ne pas travailler et écouter la télévision, mais je ne me voyais pas faire ça. C'est une question d'attitude. Je ne regarde pas ce que les autres pensent. Dans un bain public, je suis là un peu croche, je m'avance, les autres me regardent, mais moi je fais ce que je veux et je démontre du leadership. (...) Ce n'était pas la société qui allait déterminer ce que j'allais faire. C'est moi, puis la société l'a accepté.»

Michel Dufour n'a jamais pensé à arrêter la natation, même lorsqu'il a subi une opération pour rallonger d'un pouce et demi sa jambe droite, à l'âge de 33 ans. «C'était une opération longue et délicate. C'était pour corriger des maux de dos. Je n'allais toutefois pas arrêter la natation. C'est ma passion. J'ai arrêté dix-huit mois, puis j'ai recommencé.»

Blessé à l'épaule

Michel Dufour, qui oeuvre comme courtier en assurances de personnes et en placements, a bien failli ne pas participer à la traversée avec Pierre Lavoie, la semaine dernière.

«Mon épaule gauche était amochée. J'ai eu une tendinite, et j'ai arrêté pendant un mois. Je n'ai recommencé que deux semaines avant la traversée. Les tendinites, c'est une maladie de nageurs. J'ai trop forcé, et mon corps m'a dit: '' Arrête! ''»

Il estime qu'une traversée du lac Saint-Jean représente entre 40 000 et 50 000 coups de bras. L'épaule est donc sollicitée en tout temps.

«Le matin même, j'avais des raideurs qui ont semé un doute dans ma tête. Par contre, une fois embarqué dans le lac, tu ne regardes plus derrière.»

L'athlète nage avec une bouée aux jambes. «Ça surélève mon bassin et me permet de profiter au maximum de mon sport. Je ne fais aucun mouvement de jambe. Je n'ai donc pas une glisse naturelle. Je m'arrange avec ce que j'ai et ça va bien.»

Michel Dufour a pu bénéficier des conseils du grand Robert Cossette. «Il m'a dit: ''Tu as du millage dans le corps, je ne suis pas inquiet pour toi! '' Moi, je l'étais. À trois semaines de la traversée, j'avais de la misère à faire un kilomètre. Il n'y a pas beaucoup de monde qui aurait gagé sur moi. Les encouragements de ma conjointe et de mes enfants ont fait une grosse différence. Sans eux, je n'aurais jamais fait ce que j'ai fait.» Sans lui, plusieurs nageurs n'auraient jamais, eux non plus, osé s'attaquer au lac Saint-Jean, au fil des dernières années.

Six nageurs en solo et une douzaine d'autres se sont relayés en équipe pour la traversée du lac Saint-Jean samedi dernier. Parmi eux, Pierre Lavoie, certes, mais aussi Michel Dufour. M. Dufour en était à sa cinquième traversée en solo. Il a été frappé par la polyomyélite à six mois, ce qui ne l'a surtout pas empêché de réaliser de grandes choses. Pierre Lavoie parle de Michel Dufour comme d'un homme «inspirant». Il ne se trompe pas, Michel Dufour a été choisi Lauréat du mois Le Quotidien/Radio-Canada.

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