Les Anjeannois ont dû patienter 14 ans

Sans communications, coupé en deux, L'Anse-Saint-Jean a été... (Archives Le Quotidien)

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Sans communications, coupé en deux, L'Anse-Saint-Jean a été isolé dans tous les sens du mot lors du Déluge.

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Pour la petite municipalité de L'Anse-Saint-Jean, les ravages des pluies diluviennes étaient déjà visibles dès le vendredi, mais en raison des difficultés à communiquer à l'intérieur et à l'extérieur du village, le maire de l'époque, Laurent Yves Simard, et les employés municipaux ont dû compter sur leur débrouillardise et leurs connaissances pour pallier les situations les plus urgentes en attendant les renforts.

De ce sombre week-end, l'ancien maire Simard retient surtout l'absence de moyens de communication adéquats. «Ça ne fait pas longtemps que c'est réglé, souligne M. Simard en référant à la tour cellulaire aménagée en décembre 2010. «Le samedi après-midi, j'ai appris que deux personnes qui avaient des liens avec les gens d'ici arrivaient du nord et qu'ils avaient une radio satellite. Ils ont installé leur antenne près du cimetière et ç'a été le premier lien de communication avec l'extérieur», se souvient celui qui vient d'être décoré de la médaille de l'Assemblée nationale.

«Dans le ''debriefing'', on avait mentionné (les problèmes de communications). Au début, on pouvait communiquer par téléphone, mais au cours de la nuit, c'était devenu impossible. On a été capable à l'occasion d'entrer en communication avec la Sécurité publique et la Protection civile. C'est au cours de cette nuit qu'ils ont décidé de nous envoyer quelqu'un, mais cette personne n'est arrivé que le dimanche, par hélicoptère», se souvient le leader aujourd'hui âgé de 72 ans.

Revendications

Entre-temps, le maire et son équipe ont patrouillé le territoire et ils se sont rendu compte que deux secteurs étaient très fragiles. Déjà, le village était coupé en deux à la hauteur de la rue du Coin où sept maisons ont été emportées.

«Avec la permission des propriétaires, il a fallu construire des routes de contournement qui passaient derrière les résidences pour que la circulation puisse se faire entre les deux secteurs.» La situation s'est passablement aggravée durant la nuit de vendredi à samedi, lorsque le pont aujourd'hui remplacé par le pont de Florac, a été emporté.

«J'avais suivi des formations en mesure d'urgence et ç'a servi. Pour nous, les problèmes risquaient de se produire au printemps, au moment de la débâcle, mais on n'aurait jamais pensé qu'un déluge pourrait arriver en plein été!», raconte l'ancien maire qui a perdu une dizaine de livres durant les événements. Pendant cinq jours, les membres du conseil et les employés municipaux ont été sur le pied d'alerte. Ils se réunissaient pour faire le point et se répartir les tâches, appuyés par une cinquantaine de bénévoles. «Ç'a pris un bon 15 jours pour reprendre le contrôle», se souvient le maire, qui, en plus de la population locale, devait composer avec quelque 400 à 500 touristes qui séjournaient dans le bucolique village.

Le maire se souvient aussi des représentations qu'il a dû faire pour obtenir un dédommagement adéquat pour les sinistrés (au total, 17 maisons ont été emportées). «Dans un milieu comme le nôtre, il n'y a pas de marché et l'évaluation est très basse. On a fait des pressions et on a eu raison. Les ministères impliqués ont majoré l'aide financière de façon importante», souligne-t-il avec satisfaction.

Enfin, comme bien des gens qui ont vécu un grand stress durant cette période, Laurent Yves Simard est partagé entre le désir de tirer un trait sur ces mauvais souvenirs et le devoir de mémoire. «C'est important de se rappeler parce que dans des situations comme ça, on a des leçons à tirer et il est important que les plus jeunes en prennent conscience», a-t-il conclu.

Le Déluge, en anecdotes

Durant le Déluge, un reporter à la radio avait annoncé que deux villages du Saguenay avaient disparus de la carte, soit L'Anse-Saint-Jean et Ferland-et-Boilleau, au grand dam des deux maires de ces municipalités...

S'il n'en avait tenu qu'aux fonctionnaires délégués à Ferland-et-Boilleau, le Déluge de 1996 aurait mis fin à l'existence de la petite municipalité de quelque 700 habitants! Lors de l'entrevue réalisée en 2006, l'ancien maire de l'époque, Léon Simard, ne décolérait pas au sujet des représentants de l'État qui avaient osé penser à fermer sa municipalité, à la rayer de la carte. «Une gang de fonctionnaires est arrivée le mercredi suivant (le Déluge) en me suggérant de fermer Ferland-et-Boilleau. Oh! que le monsieur s'est fâché! ''Pourquoi ne pas fermer le village tout de suite? C'est tout détruit'', disaient-ils. Mais le village n'était pas détruit : il y avait une maison (inondée) à Ferland et une dizaine à Boilleau. Ce n'était pas la fin du monde», s'indignait-il en ressassant les événements. Heureusement, le sous-ministre régional de l'époque, Pierre Gauthier, partageait son point de vue et l'avait appuyé. Si l'ancien maire admet que sa municipalité fut la plus touchée en terme de ratio maisons/habitants, il affirme que c'est celle qui a coûté le moins cher pour la reconstruction...

Les radioamateurs de la région ont été un rouage important pour assurer les communications durant le déluge. À l'époque, ils avaient pris le relais du réseau de communication endommagé. Grâce à leur équipement, ils ont permis à des secteurs isolés d'entrer en communications avec la Sécurité civile et les services d'urgence. Encore aujourd'hui, si le réseau cellulaire tombait en panne, les radioamateurs seraient à nouveau appelés en renfort et capables de monter un poste rapidement...

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