Des liens tissés serrés

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L'opération de secours, étalée sur dix jours, a permis d'effectuer plus de 40 évacuations sanitaires, d'évacuer 2030 citoyens, de nourrir et de loger plus de 3000 personnes et d'acheminer, par pont aérien, plus de 34 000 livres d'approvisionnements à des collectivités isolées.

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Les pluies diluviennes de juillet 1996 auront pavé la voie à un resserrement des liens entre les communautés civiles et la Base militaire de Bagotville. Pour plusieurs sinistrés, les militaires de la base de Bagotville sont rapidement passés du statut de «bons voisins» à celui d'anges gardiens.

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Après les évacuations d'urgence, il y a eu les opérations de ravitaillement en vivres et en médicaments.

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Le savoir-faire des militaires et les ressources dont ils disposaient ont permis une intervention rapide pour secourir et rassurer les sinistrés. «J'avais fait beaucoup d'efforts pour qu'il y ait ce genre de rapprochements entre les communautés, mais le Déluge a fait que les gens nous ont vus comme leurs voisins, leurs amis, des gens qui étaient prêts à les aider», convient le colonel Richard Bastien, qui était en poste à ce moment-là.

Le changement de commandement était en cours à la Base de Bagotville et le colonel devait lui-même quitter trois semaines plus tard pour relever un nouveau défi à Ottawa. Sans qu'il s'y attende, cela a pris une tout autre tournure pour lui et ses troupes pour qui le week-end avait aussi commencé sur une note tragique: le père des deux jeunes morts sous une coulée de boue était un militaire.

L'ancien major-général retient notamment la capacité des militaires à s'adapter à des situations difficiles. «C'était dans la période de déménagement et il manquait beaucoup de personnel. Par exemple, à l'escadron 439 (recherches et sauvetage), il n'y avait que deux pilotes disponibles. Les anciens étaient partis et les nouveaux n'étaient pas arrivés. Mon chef des opérations venait de changer, tout comme le commandant du 433. C'était une période de transition qui fait que certains connaissent les principes militaires, mais pas les plans spécifiques qu'on utilise habituellement. D'ailleurs, on a été obligés d'improviser un peu sur une structure qui nous permettait de fonctionner 24 heures sur 24 pour répondre au déluge», rappelle le militaire à la retraite en entrevue téléphonique.

L'ancien colonel raconte avec humour qu'à l'époque, il s'occupait du colonel honoraire venu assister au changement de garde. Il devait le ramener à Québec par hélicoptère, mais les plans ont rapidement changé lorsqu'il a été informé de la situation. «Mon adjoint m'a dit que les hélicoptères étaient occupés à aider du monde à sortir de situations difficiles. J'ai demandé un ''briefing'' et c'est là qu'on s'est aperçu que ce n'était pas un petit problème. J'ai malheureusement abandonné mon colonel honoraire en le confiant à mon chauffeur qui l'a conduit à Québec.»

Ce dossier réglé, il s'est rendu au centre des opérations d'où il ne ressortira que 20 heures plus tard! «Après 18 heures, on avait mis en place un système pour être en mesure de rouler 24 heures par jour. On commençait à ouvrir des centres d'hébergement et à faire des démarches pour de l'eau potable. Au bout de six heures, on avait déjà une certaine routine mise en place», souligne fièrement M. Bastien.

Le dévouement de ses troupes est une autre source de fierté. «Mon voisin, qui était l'ancien chef des opérations, aurait normalement dû quitter, mais je lui ai demandé d'attendre parce que j'avais vraiment besoin de lui. Il a partagé le travail avec le nouveau chef des opérations durant les périodes où on dirigeait toutes les activités. Nous avions entre 18 et 20hélicoptères qui roulaient, deux Hercules, etc. On a dû improviser un peu et s'arranger dans les circonstances.»

«Ce qui m'épatait, c'est qu'on voyait des choses qui sortaient de l'ordinaire et malgré les pressions sur eux et leur famille, les gens voulaient rester pour aider la communauté.»

«C'était une fierté pour nous de sentir qu'on pouvait être utiles à nos amis et voisins.»

Rassurant

À l'époque, les téléphones cellulaires n'étaient pas monnaie courante et les réseaux sociaux n'existaient pas. En plus de fournir l'hébergement aux quelque 3000 sinistrés et d'assurer le ravitaillement des communautés isolées, la base avait mis en place un centre d'information qui permettait aux gens de rassurer leurs proches. «Nous avions mis en place un centre pour que les gens puissent se rapporter et qu'on puisse retrouver qui était avec qui. On avait aussi déployé des gens avec des téléphones satellites et en dedans de 5-6 heures, on avait permis aux gens d'informer leurs proches.

En bref

•En décembre 1996, le lieutenant-général David Kinsman, sous-ministre adjoint au personnel de la Défense nationale, a remis au colonel Benoit Marcotte, successeur du colonel Richard Bastien, une mention élogieuse pour la contribution de la 3e Escadre / BFC Bagotville lors des événements entourant le déluge de juillet 1996. C'était la première fois qu'une mention élogieuse était remise à une escadre complète.

• Le major-général Richard Bastien n'est pas en reste. Retraité des Forces armées canadiennes depuis 2004, il a reçu, en octobre 1997, la Médaille du service méritoire (division militaire) pour services exceptionnels rendus au Canada.

• Lors des pluies diluviennes de juillet 1996, le colonel a dirigé «une opération de secours complexe et difficile visant à sauver des vies et il a ensuite mis en état d'alerte avancée le reste des ressources de la 3e Escadre de la BFC Bagotville et leur a confié la tâche de veiller à ce que des milliers de citoyens sans abri soient soignés et nourris. L'opération de secours étalée sur dix jours a permis d'effectuer plus de 40 évacuations sanitaires, d'évacuer 2030 citoyens, de nourrir et de loger plus de 3000 personnes et d'acheminer, par pont aérien, plus de 34 000 livres d'approvisionnements à des collectivités isolées. L'immense succès de l'opération Saguenay est attribuable en grande partie à l'initiative, au leadership, au dévouement et à l'altruisme exceptionnels dont a fait preuve le colonel Bastien. Ces qualités remarquables lui font honneur ainsi qu'à l'ensemble des Forces canadiennes», peut-on lire dans le descriptif de l'honneur décerné par le Gouverneur général.

Une aide précieuse

Durant le Déluge de juillet 1996, la 3e Escadre/BFC Bagotville a contribué grandement à faciliter la vie des sinistrés, plus particulièrement pour la période du 20 juillet et le 12 août. Voici les données consignées par la Base de Bagotville quant à l'aide apportée:

Opérations aériennes (Sauvetages urgents, évacuation de la population, réapprovisionnement des populations isolées et sauvetage des animaux domestiques)

• La BFC Bagotville a dû faire appel à des collègues provenant d'autres bases/escadres (Escadrons 413, 424 430 et 438) pour les soutenir. Ensemble, ils ont cumulé 617 heures de vol.

Contribution des membres de l'escadron 439 de Bagotville:

Les pilotes ont effectué 53 missions d'évacuation par l'entremise de trois hélicoptères pour un total de 132 heures de vol.

Hébergement sur la base :

• Environ 3000 personnes accueillies

• Environ 800 personnes hébergées directement sur la base (école Alouette, centre récréatif, gymnase, à l'aréna et dans des tentes;

• 39 278 repas servis, soit environ 1039 repas/jour

• Prêt de lits, de matelas, de serviettes et de tables

• Mise à la disposition des gens hébergés des télévisions, ouverture de la piscine, de laveuses et sécheuses et organisation de rencontre de mise à jour quotidienne au théâtre de l'escadre;

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