Renégociation de l'ALÉNA: Pierre-Marc Johnson mise sur l'interdépendance économique

Après avoir tracé un bilan de la négociation... (Le Quotidien, Yohann Gasse)

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Après avoir tracé un bilan de la négociation intervenue avec l'Union européenne, Pierre-Marc Johnson a rappelé lors de son allocution que l'ALÉNA avait permis au Canada de multiplier par trois ses exportations vers le marché américain.

Le Quotidien, Yohann Gasse

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Denis Villeneuve
Le Quotidien

En dépit du discours protectionniste du président américain Donald Trump, l'interdépendance et l'intégration des économies du Canada et des États-Unis devraient permettre à l'industrie québécoise de la métallurgie de continuer à tirer son épingle du jeu.

De passage à Saguenay dans le cadre d'une activité organisée par le Comité sectoriel de la main-d'oeuvre du secteur de la métallurgie (CSMO-M) inscrite au Salon de l'aluminium en affaires 2017, l'ex-premier ministre du Québec et conseiller stratégique du gouvernement du Québec en matière d'ententes commerciales internationales, Pierre-Marc Johnson, a entretenu son auditoire provenant de l'ensemble de la province sur les perspectives d'avenir de l'industrie à moins de 90 jours du début de la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) décidée par les États-Unis.

Après avoir tracé un bilan de la négociation intervenue avec l'Union européenne - laquelle aura pour effet d'abolir dès le 1er juillet prochain des tarifs de 3 à 9 % dans le secteur de la métallurgie -, M. Johnson a rappelé que l'ALÉNA a permis au Canada de multiplier par trois ses exportations vers le marché américain. Il prédit que les prochaines négociations avec les États-Unis porteront sur la gestion de l'offre dans le secteur agricole, le bois d'oeuvre, le traité touchant l'industrie automobile, le secteur pharmaceutique, les droits intellectuels ainsi que le système de résolution de conflits. 

« En ce qui a trait à la métallurgie et l'ALÉNA, le Canada est en surplus commercial de 13 milliards $. La Maison-Blanche analyse les dossiers sous l'angle des surplus ou des déficits commerciaux. Actuellement, dans le secteur automobile, on accepte qu'un véhicule puisse circuler sans tarifs entre le Mexique et le Canada si 62,5 % de son contenu est fabriqué en Amérique du Nord. Il faut anticiper que les Américains veulent établir une règle de conception américaine plutôt que nord-américaine », affirme-t-il. Il

M. Johnson note au passage l'analyse portant sur l'entrée de l'aluminium aux États-Unis dans la perspective de la sécurité nationale, une notion qui peut être très large.

Intégration

Le négociateur a rappelé la décision des Syndicats des métallos américains de demander l'imposition d'une surtaxe de 50 % sur la tonne d'aluminium provenant du Canada. Cette décision avait rapidement été abandonnée sous la pression de leurs collègues métallos canadiens parce que le relèvement soudain du prix de la tonne d'aluminium canadien aurait considérablement nui à des milliers d'entreprises et à leurs employés aux États-Unis. Dans les faits, 60 % des importations d'aluminium aux États-Unis proviennent du Canada. Plus de 9,5 millions d'emplois américains répartis entre 35 États dépendent du commerce avec le Canada, a insisté M. Johnson.

M. Johnson prévoit qu'au-delà des discours portant sur la balance commerciale entre les deux pays, le lobbying et la forte intégration des deux économies devraient tempérer les ambitions du président Trump. « Le commerce se bâtit sur des certitudes et la stabilité ainsi que la capacité des entreprises d'anticiper le marché. Vous avez compris qu'avec Trump... », a-t-il mentionné ironiquement. Il a souligné au passage que le discours de Trump consistant à rebâtir l'économie du passé ne fait pas très moderne.

Enjeux

Le représentant du Québec à la table de négociations a déclaré ne pas savoir où s'en va exactement le gouvernement américain en matière de libre-échange, sauf qu'il rappelle que le système de lobbying américain fonctionne. « Je crois que les lobbys seront entendus par les gens qui croient à la croissance économique. Le Canada dispose de certaines cartes. »

Il a cité en exemple le gouvernement de Justin Trudeau qui a commencé à montrer les crocs face aux attaques du constructeur d'avions Boeing à l'endroit de Bombardier. Le gouvernement Trudeau a rappelé qu'il serait prêt à revoir sa stratégie dans le dossier d'acquisitions de chasseurs militaires, une intervention qualifiée de fort habile de la part du Canada d'autant plus que les approvisionnements militaires échappent aux accords de libre-échange.

Répondant à une question du public, M. Johnson prévoit que le niveau de discours de l'administration Trump devrait changer lorsque sera abordée toute la question des enjeux énergétiques, un sujet autre que l'exportation de protéines de lait par une soixantaine de producteurs américains.

L'aluminerie du futur intégrera la numérisation

Le contexte mondial actuel du marché de l'aluminium incite la direction de la recherche de Rio Tinto à travailler intensément sur le développement de nouveaux processus de numérisation de ses alumineries. Le but est d'augmenter le contrôle de la qualité de production à toutes les étapes.

De passage à titre de conférencier au Salon de l'aluminium qui se termine mercredi, Frédéric Laroche, directeur du Centre de recherche et développement Arvida, a expliqué que les moyens classiques d'amélioration de la production dans les usines comme les hausses d'ampérage ont atteint pratiquement leurs limites.  « Le contexte du marché nous oblige à travailler autrement puisque seules les alumineries qui se trouvent dans le premier quartile au chapitre des coûts de production survivront. »

D'ici cinq à dix ans, la numérisation et l'utilisation de « Big Data », c'est-à-dire l'utilisation d'un volume de données énormes colligées avec des capteurs et senseurs à toutes les étapes de production d'aluminium, peu importe qu'il s'agisse de la production des anodes elles-mêmes, de la composition de l'alumine et autres composantes jusqu'au processus d'électrolyse, constituent une voie d'avenir pour optimiser les alumineries. « Big Data permettrait le contrôle de toutes les bases de données sur une base historique pour expliquer certains phénomènes. »

Si on voulait faire une analogie avec le monde culinaire, on pourrait comparer la production de l'aluminium à celle de la production d'un gâteau où la connaissance de la composition des oeufs, du lait, du sucre, etc. est absolument nécessaire afin de prédire le résultat escompté, y compris les défauts qu'aura ce même gâteau.

Même si l'objectif est fixé, l'intégration du processus de numérisation sera difficile et exigera énormément de travail puisque l'utilisation de Big Data demande la mise en commun d'expertises ultraspécialisées comme des experts en carbone, métallurgie, aluminium coulé, etc. dans le développement d'algorithmes.

M. Laroche a mentionné que du travail a été réalisé au chapitre de la production des anodes. Un système de traçabilité a été développé en relation avec la qualité de production des fours à pâte. L'algorithme développé permet de prévenir 85 % des déformations anodiques (champignons) qui se produisent dans les cuves. « Big Data permet de lire ce qui se passe dans le processus de production des anodes. Il est capable de lire le signal de développement d'un champignon à partir des bases de données historiques recueillies. »

Même si énormément de travail de recherche et développement reste à accomplir d'ici cinq à dix ans, la mise au point de modèles de prédiction des problèmes devrait se traduire par des économies considérables pour le producteur d'aluminium.




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