Le Québec présente des performances désastreuses

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Jonathan Deslauriers est l'un des trois auteurs du rapport Productivité et prospérité au Québec-BILAN 2016, produit par le Centre sur la productivité et la prospérité de l'école des Hautes études commerciales de Montréal.

Archives La Presse, MARCO CAMPANOZZI

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Ceux et celles qui prétendent que l'économie du Québec se porte bien font preuve de « jovialisme ». Les chiffres émanant des données de l'Organisation de coopération et développement économiques (OCDE) confirment que la province accuse un « retard manifeste » pour ce qui est du niveau de vie en raison d'une faiblesse de la productivité au cours des 34 dernières années.

Le rapport Productivité et prospérité au Québec-BILAN 2016, produit par le Centre sur la productivité et la prospérité de l'école des Hautes études commerciales de Montréal, publié mercredi, a l'effet d'une douche froide, au lendemain d'un budget provincial où le gouvernement parlait de conditions gagnantes pour la prospérité. Le Québec arrive au troisième avant-dernier rang sur les 20 premiers pays de l'OCDE et pourrait se faire dépasser au cours de la prochaine année par la Corée du Sud, dont l'économie est en nette progression.

Selon Jonathan Deslauriers, l'un des trois auteurs de cette publication, il n'y a pas d'explication simple à cette situation qui perdure d'année en année et qui tire le Québec vers le bas du classement alors que d'autres juridictions sont parvenues à afficher des performances intéressantes. C'est ainsi qu'en 2015, en divisant le produit intérieur brut par le nombre de citoyens, le Québec arrive à un revenu de l'ordre de 46 126 $ alors qu'il est de 55 400 $ pour le Canada, au 12e rang, et de 78 335 $ pour la Suisse, qui occupe la première position.

Septième au Canada

La comparaison à l'intérieur du Canada est aussi difficile pour le Québec. Il arrive au 7e rang alors que l'Alberta domine avec un niveau de vie de 78 100 $ qui profite d'une économie avantagée par l'industrie pétrolière. À ce chapitre, Terre-Neuve et Labrador, qui a connu une stimulation économique par l'industrie pétrolière, a atteint le 3e rang devant l'Ontario et la Colombie-Britannique. Il faut noter que le Québec devance l'Île-du-Prince-Édouard par seulement 3969 $.

Jonathan Deslauriers attire l'attention sur un autre constat qui illustre bien que l'économie québécoise est confrontée à un problème de productivité qui l'empêche de croître de la même façon que les économies de plusieurs autres pays de l'OCDE. Il est possible de bien évaluer cette réalité en observant le positionnement et ceux des autres pays entre aujourd'hui et il y a 30 ans.

Le cas de la Finlande

Le cas le plus intéressant concerne la Finlande. Ce petit pays scandinave affiche aujourd'hui un niveau de vie de 15 % supérieur à celui du Québec alors que la prise de mesure en 1981 démontrait que la Finlande arrivait derrière le Québec au classement. Les États-Unis affichaient un niveau de vie de 53 % plus élevé que celui du Québec alors que dans les années 1980, la performance américaine était deux fois moins importante.

Dans les facteurs qui permettent d'expliquer cette situation, l'un des auteurs évoque la fiscalité des entreprises. Il identifie une mesure qui serait facile à corriger rapidement et qui agirait comme levier sur l'économie. Il s'agit de la taxe de 4 % que les entreprises ont généralement l'habitude de ponctionner sur la masse salariale. Il s'agit aussi, selon Jonathan Deslauriers, d'une barrière à l'investissement qui va faire qu'une entreprise a de fortes chances de préférer l'Ontario au Québec pour réaliser un projet.

Sorties de récession

Les sorties de récession sont un autre élément de mesure intéressant pour évaluer la performance économique du Québec.

La province a enregistré des performances inférieures à l'OCDE pendant les deux récessions des années 1980 et 1990. Le Québec a enregistré une croissance plus lente que l'OCDE au début des années 1980, de telle sorte que malgré une bonne performance à la récession de 2008, l'écart ne s'est pas éliminé. Comme les pays de l'OCDE ont en moyenne connu une meilleure croissance depuis 2008, un nouvel écart s'est creusé.

Pour l'économiste, il est difficile de définir le fameux modèle québécois qui est comparé régulièrement au modèle scandinave qui performe beaucoup mieux selon le bilan présenté hier.

« Ce que l'on peut dire, c'est que les pays scandinaves n'ont pas peur de mettre un terme à un programme qui ne fonctionne pas alors qu'ici, on a tendance à maintenir des programmes, même quand ils ne sont pas performants. Depuis 30 ans, les gouvernements des pays scandinaves ont pris des décisions courageuses », a conclu l'économiste.

La hausse du dollar et la chute des pâtes et papiers ont nui à la région

La structure de l'économie régionale a pu générer un recul encore plus important au chapitre du niveau de vie et de la prospérité, au cours des dernières années, alors que deux données majeures ont plombé les entreprises concentrées dans le domaine de la transformation des ressources.

Selon l'économiste des HEC, Jonathan Deslauriers, le choc de la hausse du dollar canadien, au début des années 2000, a été très difficile à absorber par le secteur manufacturier québécois. Du jour au lendemain, les entreprises ont vu leur marge de manoeuvre de 30 % provenant du taux de change avec le dollar américain disparaître.

Les entreprises ont donc été dans l'obligation de composer avec cette nouvelle réalité pour pouvoir faire face à la concurrence mondiale et surtout américaine. La robotisation dans le secteur manufacturier a ainsi fait disparaître des emplois très bien rémunérés qui n'ont toujours pas été remplacés.

L'économiste évoque en plus la chute dramatique de tout le secteur des pâtes et papiers provoquée par le développement de la numérisation des contenus. Une région comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean a vu disparaître depuis le début des années 1990 des centaines d'emplois, en raison de la fermeture progressive de machines à papier, sans compter la disparition d'usines comme la cartonnerie Cascades de Jonquière ou la papeterie de la Stone Consolidated à La Baie.

Les pays scandinaves, comme les chiffres le confirment, ont réussi à composer avec ces changements importants dans leur base économique alors que le Québec tarde à le faire, selon les indicateurs utilisés pour le bilan présenté mercredi. Il est cependant difficile en raison des données moins nombreuses de tracer des portraits précis de chacune des régions du Québec.

Malgré cette avalanche de statistiques pour le moins désastreuses, le Québec n'est pas sans outil pour redresser la situation. L'économiste souligne qu'il existe un solide réseau collégial et universitaire en mesure de fournir un capital humain bien formé en plus de ressources naturelles abondantes.

Il n'y a pas de formule magique pour redresser la situation, selon Jonathan Deslauriers, et il suffit de décisions politiques judicieuses comme l'ont fait les pays scandinaves pour s'attaquer aux problèmes.

Il faut préciser que ce classement ne peut pas être utilisé pour en arriver à des conclusions sur la qualité de vie. Il n'est également pas possible d'établir si la richesse est bien répartie dans les différents pays. Il est toutefois possible de développer des économies fortes tout en assurant un bon partage de la richesse.




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