Serres Toundra: les employés tenus à l'écart de leur convention

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Les Serres Toundra

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Jean-Pierre Morin, le président local de la Fédération des syndicats indépendants du Canada (FSIC), confirme avoir signé un contrat de travail de sept ans avec les Serres Toundra de Saint-Félicien sans en avoir parlé à 92 des 100 employés de l'usine.

Le Syndicat Unifor au Saguenay-Lac-Saint-Jean tente de démontrer que l'employeur a contrevenu à l'article 12 du Code du travail du Québec. Il est dit qu'aucun employeur, ni aucune personne agissant pour un employeur ou une association d'employeurs, ne cherchera d'aucune manière à dominer, entraver ou financer la formation ou les activités d'une association de salariés, ni à y participer.

La juge Myriam Bédard, du Tribunal du travail, a entendu les parties pour une première journée au Palais de justice de Chicoutimi. Les avocats des Serres Toundra, d'Unifor et de la FSIC avaient aussi prévu discuter des congédiements d'employés (article 15) et des accréditations syndicales (article 25). Ces éléments ont été reportés au 16 mars.

D'entrée de jeu, Me Renaud Plante, du syndicat d'Unifor (qui veut syndiquer les employés de la production), a interrogé Jean-Pierre Morin sur les façons de faire du syndicat à l'intérieur de l'usine.

Questionné sur la nécessité de signer un contrat de travail de presque huit ans en juin 2016 pour cinq employés et avant même le début de la production de concombres, M. Morin a convenu qu'il n'y avait aucune urgence.

« Notre premier contrat de travail a été négocié entre le 23 mars et le 9 juin 2016. Le 9 juin, nous avions une entente de principe que nous avons soumis aux membres (cinq travailleurs, dont ses deux frères). Elle a été acceptée et nous l'avons signée », a indiqué M. Morin.

Celui-ci a dû réviser sa position ensuite, car la convention collective n'a finalement été signée que le 14 octobre.

« En ce qui a trait à la deuxième convention collective, elle a été signée le 15 décembre (une journée avant le dépôt de l'accréditation d'Unifor). Seulement huit employés savaient que nous avions une entente de sept ans (jusqu'au 31 décembre 2023). Les 92 autres ne l'ont pas su », a avoué M. Morin.

Il a aussi confirmé qu'il était la seule personne autorisée à discuter avec l'employeur, car les syndiqués doivent cumuler 2000 heures de travail (une année complète) pour terminer leur probation et être admis à l'exécutif syndical.

Le président local du FSIC a convenu qu'il ne voyait rien d'anormal à ce que l'ancienneté ne soit pas considérée pour les mises à pied.

Jean-Pierre Morin, le président local du FSIC.... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque) - image 2.0

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Jean-Pierre Morin, le président local du FSIC.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

Le syndicat est « celui du patron »

« Le nom de votre syndicat n'est pas le bon. Il devrait s'appeler le Syndicat d'Éric Dubé [le président des Serres Toundra], car ce sont ses amis qui sont à la tête du syndicat. »

Gilles Harvey, un ex-employé, n'a pas été tendre à l'endroit des représentants du FSIC.

« Le soir de l'assemblée générale du 5 janvier 2017, j'ai parlé fort, car on ne m'avait jamais payé mes bonus, que j'avais pourtant gagnés. Je l'ai dit que les gens qui étaient autour de la table étaient tous des amis d'Éric Dubé. Je ne peux pas dire que je suis content de la situation », a repris M. Harvey.

« À ma deuxième journée, M. Dubé a pourtant dit devant tout le monde que je gagnais 22 $ de l'heure, parce que je faisais un bon travail. J'étais bien content. Sauf que je n'ai jamais gagné ce montant. J'étais plutôt à 12 $ de l'heure. »

L'homme se souvient aussi que le patron a interrompu la production le 6 décembre pour dire aux travailleurs qu'une réunion syndicale avait lieu en soirée.

« Je n'ai jamais vu ça un employeur arrêter la collecte des concombres pour aviser les gens d'aller à une réunion syndicale », a mentionné M. Harvey.

Lorsqu'il a assisté à l'assemblée syndicale de janvier, il voulait des réponses qu'il n'a jamais eues. C'est là qu'il a appris qu'un contrat de travail avait été signé avec l'employeur. Il l'a su en quittant la réunion. C'est là qu'on lui a remis la convention collective de sept années, sans que 92 des 100 travailleurs de l'usine ne soient au courant.

« Le projet de culture de concombres est une bonne idée. Ça peut marcher. Le problème, c'est que personne n'est respecté. Une jeune était contente d'avoir accumulé 500 $ de bonus dans sa semaine. Un montant qu'elle n'a jamais reçu », ajoute l'ex-travailleur.

Face à cette situation, M. Harvey a parlé à ses collègues de la réunion d'Unifor. Deux jours après, il était suspendu et ensuite congédié pour avoir volé du temps. « C'est faux. Je n'ai jamais rien volé. Le 2 janvier, je ne suis pas entré, mais quelqu'un a écrit que j'avais travaillé sur ma feuille de temps. »

Linda Turgeon a subi un sort similaire après avoir parlé d'une rencontre syndicale avec Unifor avec des collègues, sans savoir que l'un d'eux était du FSIC.

« Le 14 novembre 2016, j'ai été nommée chef d'équipe. Le 16 novembre, j'ai parlé de la réunion d'Unifor. Le lendemain, on m'a enlevé mon titre de chef. En après-midi, après une discussion animée, on m'a suggéré d'aller à la maison pour laisser retomber la poussière. Et le vendredi 18 novembre, j'étais congédiée sans motif précis », a raconté Mme Turgeon.




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