Rio Tinto a 23 mois pour satisfaire aux exigences

Rio Tinto pourrait remettre en question la réalisation... (Archives Le Quotidien, Gimmy Desbiens)

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Rio Tinto pourrait remettre en question la réalisation de la phase 2 de l'Usine Alma. L'entente de continuité signée avec Québec ne prévoit aucune obligation pour l'entreprise au chapitre des projets à prioriser.

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Rio Tinto devra mettre en chantier d'ici 23 mois des projets d'expansion totalisant au moins 340 000 tonnes de capacité de production supplémentaire pour se plier aux exigences de l'Entente de continuité, intervenue en 2012, avec le gouvernement du Québec et Hydro-Québec, laquelle constituait un amendement à un premier programme d'investissement de 2,1 G$ annoncé en 2006.

Depuis l'annonce d'une autre rationalisation de main-d'oeuvre touchant 103 postes à l'aluminerie La Baie, les réactions fusent de toute part pour obliger Québec à évaluer la situation de la division aluminium de Rio Tinto (RT) au Québec par rapport à ses engagements contractuels avec l'État. À la lumière des informations colligées par Le Quotidien, RT respecte intégralement les dispositions du Programme d'investissement Alcan de 2,1 G$ convenu de 2006 et de son amendement renégocié en 2012 dans le cadre d'une autre négociation qui concernait la remise en état de l'aluminerie de Shawinigan.

Toutefois, il est pratiquement assuré, en regard des perspectives négatives du marché de l'aluminium, que RT devra demander à Québec de renégocier le calendrier de réalisation du programme d'investissement en ce qui concerne la construction des nouvelles lignes de cuves (AP-60 Jonquière et Alma Phase 2). Les discussions porteront de plus sur les dates de livraison et d'appel de puissance d'un bloc de 250 mégawatts que doit fournir Hydro-Québec à RT selon les dispositions du tarif L.

Dans l'amendement de 2012-2013, RT s'engageait à entreprendre avant le 31 décembre 2018 la réalisation de la dernière phase de son programme d'investissement, laquelle comprend l'ajout d'une capacité de production de 170 000 à 195 000 tonnes métriques à l'usine pilote AP-60 de Jonquière, ainsi qu'une deuxième ligne de production à l'aluminerie d'Alma, de 170 000 à 195 000 tonnes métriques.

Jusqu'à maintenant, Rio Tinto a réalisé deux engagements de son programme de 2006, soit la construction de la 13e turbine de la centrale Shipshaw et de l'usine pilote AP60 de l'aluminerie Arvida (60 000 tonnes métriques/an). Dans l'entente de 2006, l'usine pilote avait été estimée à 570 M$ alors que la facture finale s'est élevée à 1,2 G$. La 13e turbine devait coûter 130 M$ et a finalement nécessité des investissements de 280 M$. Il manque donc 600 M$ entre l'entente et le résultat à ce jour. Les fonctionnaires estiment cependant que, selon les coûts des projets réalisés, les investissements globaux seront largement supérieurs aux 2,1 G$ prévus à l'entente.

Lors de la renégociation de l'entente, RT a confirmé ne pas être en mesure de créer les 750 emplois directs au Saguenay-Lac-Saint-Jean avec son programme d'investissements. Il n'y a cependant aucune obligation pour RT de créer des emplois dans ses installations. Dans ce cas, on parle surtout d'emplois créés dans le réseau des équipementiers. RT, selon l'amendement, a jusqu'à la fin de 2021 pour concrétiser cet engagement qui est très difficile à évaluer.

Depuis 2013, RT a procédé à une importante restructuration des équipes de gestion et fait disparaître pas moins de 300 postes de cadres au Québec, dont les deux tiers au Saguenay-Lac-Saint-Jean. À ce nombre, il faut ajouter 103 autres postes à La Baie, mais les ententes signées avec le gouvernement ne réfèrent jamais à la situation de l'emploi au sein de l'entreprise.

L'entente de 2006, incluant l'amendement, a été rédigée de la même façon que le bail de la Péribonka intervenu en 1984, qui a jeté les bases du premier programme de modernisation des usines d'électrolyse. L'entreprise prend des engagements en tonnage d'aluminium et en investissements. Ces ententes, qui ont un impact majeur pour la région, ne font jamais référence à des planchers d'emploi dans les usines de l'entreprise.

Xuan Lan vu, porte-parole régionale de Rio Tinto.... (Archives Le Quotidien, Rocket Lavoie) - image 2.0

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Xuan Lan vu, porte-parole régionale de Rio Tinto.

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L'entreprise se fait discrète

La direction de Rio Tinto demeure muette sur ses intentions quant à une éventuelle demande de report de son programme d'investissement.

Selon les dispositions contractuelles conclues avec le gouvernement du Québec en 2006, qui ont fait l'objet d'un amendement en 2013, le non respect des engagements par la multinationale entraînerait des pénalités. L'une de ces pénalités oblige l'entreprise à rembourser, avant l'échéance de 30 ans, un prêt sans intérêt de 400 M $ dont une partie a déjà été utilisée pour l'usine pilote AP60.

Interrogée sur le sujet, la porte-parole régionale Xuan Lan Vu a répondu par courriel : «L'entente est un dossier extrêmement complexe, qui demande d'être traité avec beaucoup d'analyse et de précautions. À titre d'exemple, l'entente prévoyait la fermeture de l'Usine Vaudreuil en 2008, ce qui n'a pas été fait, comme on peut le constater aujourd'hui. »

Les négociations entre Rio Tinto et le gouvernement du Québec sont toujours confidentielles, tout comme la nature des ententes qui en découlent. Ce fut le cas avec le bail de la Péribonka, le programme d'investissement de 2006 et l'amendement à ce programme convenu en 2013.

Le président du Syndicat national des employés de... (Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque) - image 3.0

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Le président du Syndicat national des employés de l'Aluminium d'Arvida, Alain Gagnon, est revenu à la charge auprès du premier ministre du Québec Philippe Couillard afin qu'il mette de la pression sur Rio Tinto.

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Alain Gagnon tend la main aux travailleurs de Grande-Baie

Le président du Syndicat national des employés de l'Aluminium d'Arvida (SNEAA-Unifor), Alain Gagnon, tend la main aux ouvriers de l'usine Grande-Baie qui ont été informés la semaine dernière qu'ils devront sabrer dans leurs conditions de travail en plus d'absorber la disparition d'emplois pour satisfaire les besoins de Rio Tinto (RT).

« Le téléphone ne dérougit pas. On leur donne de l'information. Nous avons une usine semblable à Laterrière. On peut donc leur expliquer ce qui se passe », affirme le leader syndical qui a pratiquement réussi à convaincre ces travailleurs d'intégrer les rangs syndicaux il y a quelques années.

« On avait fait un bon bout de chemin, mais l'entreprise leur a offert 2 $ de l'heure et ils ont choisi autre chose. Ce n'est pas grave. Nous sommes toujours prêts à aider les travailleurs », ajoute Alain Gagnon.

Le président du SNEAA est demeuré toute la semaine à l'écart des critiques à l'endroit de RT. Une fois qu'on a tout dit ça, qu'est-ce que nous faisons », questionne le syndicaliste qui avait identifié en début d'année dans les pages du Quotidien ses priorités d'action.

Le président du SNEAA est revenu à la charge auprès du premier ministre du Québec Philippe Couillard afin qu'il mette de la pression sur l'entreprise. Le syndicat souhaitait un signal clair relativement au début de construction de la phase 2 à l'aluminerie Arvida. Alain Gagnon voit arriver à grands pas la fin des permis d'environnement des cuves précuites en 2020 et n'a surtout aucune garantie de l'entreprise que la plus vieille technologie en exploitation en Amérique du Nord survivra jusqu'à cette échéance.

« Le prix du métal à 1800 $ est bon pour nos cuves précuites, mais le prix n'est pas tout. Ça fait longtemps que je parle de la problématique des Russes et des Chinois qui sont capables de construire une aluminerie en un temps record. On a aussi un nouveau joueur avec le Vietnam qui possède des gisements de bauxite. »

Alain Gagnon ne veut pas faire peur aux gens de la région, mais rappelle que la division Pacifique de RT a fermé au début du mois de janvier une aluminerie en Nouvelle-Zélande de 600 000 tonnes métriques qui avait été mise en exploitation en 2009. Les producteurs chinois ont été en mesure de s'approprier du marché de cette usine.

Alma ou AP60: pas d'obligation pour l'entreprise

La société Rio Tinto (RT) n'a aucune obligation de procéder à la construction de la phase 2 de l'aluminerie Alma et pourrait remplacer cet engagement par la réalisation de la phase 3 du complexe AP60 à l'aluminerie Arvida.

C'est ce qui se dégage des informations recueillies par Le Quotidien auprès de différentes sources, lesquelles apportent un éclairage nouveau à toute la dynamique des obligations de l'entreprise découlant des engagements pris en 2006 et renouvelés en 2012.

La façon dont l'entente est rédigée donne toute la marge manoeuvre à l'entreprise pour choisir entre la construction des 360 000 tonnes sur un seul site avec la même technologie ou la réalisation de la phase 2 AP60 et la construction d'une nouvelle ligne de cuves de génération AP30 (aujourd'hui AP4X), à l'aluminerie Alma.

Selon une personne bien au fait des projets d'aluminerie, plus le temps avance, moins Alma a des chances d'obtenir ce projet.

La technologie AP30 a pratiquement 25 ans (Alouette au début des années 1990). En 2020, elle atteindra la moitié de la durée de vie des technologies d'électrolyse. RT pourrait bien choisir de remplir ses engagements envers le gouvernement du Québec avec la technologie la plus récente pour des raisons de productivité et de gains de consommation énergétique en optant pour la phase 3 de l'aluminerie Arvida au lieu de la phase 2 de l'aluminerie Alma.

En plus de cette information - qui risque de faire sursauter les élus de la MRC Lac-Saint-Jean -, le contenu de l'amendement de l'entente de 2006 nous apprend que la décision de Québec de donner son accord à la demande de l'entreprise comporte des inconvénients.

Selon les fonctionnaires, le report du programme d'investissement a des impacts économiques sur l'industrie de la construction, les entreprises sous-traitantes et sur les employés de l'usine Alma syndiqués aux Métallos, un syndicat différent de celui d'Arvida.

Hydro-Québec doit aussi vivre avec les conséquences négatives de ce report. La société d'État va enregistrer des pertes de revenus avec en prime une détérioration de sa situation sur le plan de l'équilibre entre l'offre et la demande.

Toujours dans les inconvénients, le fait de reporter les engagements d'Alcan ne permet pas de remettre en question la possibilité pour RTA de vendre ses surplus annuels à Hydro-Québec comme ce fut le cas en 2016 ni d'empêcher la multinationale d'invoquer un lock-out comme motif de force majeure pour vendre de l'électricité à la société d'État, comme ce fut le cas pendant celui d'Alma.

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