De nombreux signaux à décoder

La mine Niobec de Saint-Honoré a profité d'une... (Archives Le Quotidien, Rocket Lavoie)

Agrandir

La mine Niobec de Saint-Honoré a profité d'une fenêtre d'opportunité sans laquelle ce projet n'aurait sans doute pas pu voir le jour. C'est sur ce genre d'opportunité que les promoteurs comptent pour la réalisation de leurs projets.

Archives Le Quotidien, Rocket Lavoie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

La culture «minière» régionale est très jeune et c'est pourquoi il faut apprendre à bien décoder les indices afin de mesurer les chances de réalisation d'un projet dans un contexte économique mondial en ébullition. Cette réalité est encore plus complexe dans des projets comme ceux de la mine de concentré de phosphore d'Arianne Phosphate ou de la fonte de fer et de vanadium piloté par Métaux BlackRock de Chibougamau.

Les professeurs Réal Daigneault et Paul Bédard, du Centre d'études minérales de l'UQAC, ne mettent pas de pourcentages de réussite pour ces projets qui suscitent beaucoup d'espoir au sein de la communauté d'affaires de la région. Ils apportent toutefois des éléments qui permettent de regarder plus froidement ces deux dossiers de développement économique qui tenteront d'obtenir des soutiens financiers importants de l'État (les deux projets ont déjà bénéficié d'aide financière publique).

Dans les deux cas, il s'agit de minerais industriels à gros volume qui sont soumis au bon vouloir des grands clients qui démontreront potentiellement de l'intérêt pour la production. Comme l'explique Réal Daigneault, c'est un peu l'histoire de l'oeuf et de la poule. «Le client n'a pas intérêt à démontrer ses véritables intentions. Qu'est-ce qui est en premier, l'offre ou la demande?», précise Réal Daigneault.

«Dans le domaine industriel, un client organise le fonctionnement de son usine à partir d'une qualité de produit auprès d'un fournisseur à long terme. Il arrive même que dans des secteurs industriels, lorsqu'un produit se fait plus rare, on décide tout simplement de le remplacer par un autre produit», explique Paul Bédard.

Bonne stratégie

Réal Daigneault juge que le projet Métaux BlackRock possède une bonne stratégie en plaçant une autre brique à l'immeuble et en présentant une solution où il y a deux étapes de transformation avant de livrer au client. Cependant, il note que ce projet présente un problème important. L'entreprise n'étant pas soumise aux règles boursières, elle n'a pas non plus l'obligation de faire connaître son projet avec plus de transparence, comme la règle fédérale 43 101 sur la géostatistique minière. La solution des marchés de niche est dans ce cas plus réaliste puisqu'il serait difficile de passer l'étape de la faisabilité avec un projet de mine de fer traditionnel qui devrait compétitionner les champs miniers australiens situés à proximité des marchés.

Dans le cas d'Arianne Phosphate, analyse Réal Daignault, les enjeux diffèrent. Il identifie dans un premier temps le problème de marché. Les clients exigeront des produits différents à partir du même concentré, ce qui risque d'hypothéquer les coûts de production.

«On se retrouve aussi avec un autre problème majeur. Nous avons au Québec deux projets semblables. Les clients peuvent jouer un projet contre l'autre et les investisseurs voient un projet avec le support gouvernemental à Sept-Îles et un autre projet privé au Lac-Saint-Jean.»

Réal Daigneault affirme que le gouvernement du Québec aurait tout intérêt, et ce, rapidement, à intégrer ces deux projets dans un seul de façon à clarifier l'environnement pour d'éventuels investisseurs.

Les deux projets ont d'autre part des problématiques d'acceptation sociale. À Sept-Îles, les citoyens ne veulent pas d'une mine à la porte de la ville alors qu'au Saguenay, des citoyens s'opposent à la construction d'une autre infrastructure portuaire en bordure du fjord avec en trame de fond les bélugas à l'embouchure.

«Aujourd'hui, ce n'est plus un problème de gisement. Le véritable enjeu consiste à faire cheminer un projet jusqu'à la petite fenêtre qui s'ouvre et elle est très mince. En plus, on parle d'une récession possible en Chine», ajoute Paul Bédard.

Le pire, selon les trois spécialistes rencontrés, survient lorsqu'un projet manque cette fenêtre. Dans de cas, il a de fortes chances de ne jamais se réaliser.

«Le plus bel exemple est celui de la mine Niobec. Il a bénéficié de cette fenêtre. Aujourd'hui, le même gisement n'entrerait pas en production puisqu'il y a en ce moment plusieurs projets en attente dans le monde. C'est vraiment une question de fenêtre», a conclu Réal Daigneault.

Précision

La porte-parole de la société Métaux BlackRock, Alexandra Dionne-Charest, a apporté une précision quant au financement du projet. Lors du point de presse, le président Jean Rainville a indiqué qu'une participation financière de 100 à 150 millions $ du gouvernement du Québec donnerait un bon signal aux investisseurs. Selon Mme Dionne-Charest, il ne s'agit pas d'une subvention, mais bien d'un partenariat avec le gouvernement. Métaux BlackRock a déjà bénéficié d'un soutien d'Investissement Québec à la hauteur de 10 M$, toujours selon les chiffres évoqués par son président.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer