Le Plan Nord privilégié au détriment des usines existantes

Caribou forestier... (123rf)

Agrandir

Caribou forestier

123rf

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

En acceptant le principe de réduire les volumes de bois dans les usines qui s'approvisionnent dans la forêt boréale afin de respecter les exigences du gouvernement canadien en matière de protection du caribou forestier, Québec aurait fait le choix de bonifier le Plan Nord en matière environnementale au détriment des usines de bois d'oeuvre situées dans le sud.

Par ailleurs, Québec ne peut pas préciser les mesures d'atténuation destinées aux entreprises qui devront en même temps composer avec une nouvelle crise sur le bois d'oeuvre.

Le Quotidien a obtenu d'une source bien informée un document officiel que le gouvernement du Québec a transmis au ministère fédéral de l'Environnement et qui confirme que Québec n'entend pas défendre devant le gouvernement canadien les particularités de la forêt québécoise. Québec n'a visiblement pas l'intention d'utiliser les derniers inventaires confirmant que les hardes de caribous sont en augmentation depuis 2012 dans la forêt boréale sous aménagement ainsi que celle de la zone frontalière de la limite nordique.

Marche à suivre

Dans le document Plan d'action pour l'aménagement de l'habitat du caribou forestier, Québec informe le gouvernement canadien de la marche qu'il entend suivre pour se plier aux exigences de la Loi fédérale sur les espèces en péril (vulnérable au Québec pour le caribou).

Dans le bref passage traitant des «Conditions de succès», les auteurs confirment les appréhensions des élus des communautés forestières du Québec et des syndicats.

«Il faudra admettre qu'à terme, le maintien du caribou forestier implique nécessairement de réduire la récolte dans son habitat. Cela entraînera des effets négatifs sur l'approvisionnement des usines situées dans les régions touchées. Des mesures seront prises pour atténuer ces effets, mais elles nécessiteront la mobilisation de tous les acteurs. Par ailleurs, ces efforts consentis pour le caribou contribueront du même coup à réponde à des engagements gouvernementaux relatifs aux aires protégées, notamment à l'égard du Plan Nord», stipule le texte. Le gouvernement du Québec ferait donc le choix de bonifier le Plan Nord en matière environnementale au détriment des usines de bois d'oeuvre existantes.

Québec entend présenter un plan en deux volets, dont le premier consiste à poser des gestes immédiats de façon à atténuer la controverse. La seconde phase comprend une évaluation détaillée des conséquences des mesures envisagées avec des consultations auprès des acteurs concernés. Québec juge nécessaire, toujours dans cette seconde phase, de déterminer d'autres sources d'approvisionnement en bois et d'élaborer une stratégie à long terme pour l'aménagement du caribou.

Les gestes concrets qu'entend poser le gouvernement ont déjà été évoqués. Il s'agit de la réserve administrative des montagnes Blanches, d'une aire protégée convenue avec les Cris dans la région de la Broadback et d'une vaste zone de protection au nord du réservoir Manicouagan où il y a une importante harde de caribous.

Stratégies

Pour l'approvisionnement des usines, le gouvernement évaluera des solutions avec une stratégie de production de bois, d'achat dans les forêts privées (problèmes de coûts pour les usines), du mouvement des bois et de l'utilisation des volumes non récoltés entre 2008 et 2013. Québec envisage de créer de nouvelles limites pour les unités d'aménagement afin d'augmenter la possibilité forestière. La faisabilité de ces options n'est toutefois pas démontrée.

Un plan de rétablissement inutile, selon les syndicats

Les membres des syndicats Unifor de la scierie Mistassini et de l'usine de papier de Dolbeau jugent que le gouvernement du Québec n'a aucune raison de déposer au gouvernement canadien un plan de rétablissement du caribou forestier. Selon eux, la population dépasse largement les objectifs identifiés par l'Équipe de rétablissement du caribou pour les deux aires de répartition où il y a de l'exploitation forestière.

Le message a été livré la semaine dernière alors que les représentants des travailleurs et des maires du Lac-Saint-Jean ont rencontré des représentants du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Les syndiqués et les maires ont alors appris que Québec faisait fi des chiffres révélés par les inventaires qui confirment une augmentation des populations de caribous pour mettre en place des mesures qui vont avoir un impact sur l'approvisionnement des usines.

«Nous avons déposé au gouvernement un document qui fait état de quatre demandes officielles. Pour nous, il est devenu inutile de mettre en place un plan de rétablissement puisque les chiffres confirment qu'il y a plus de caribous que ce que les spécialistes voulaient avoir dans les zones où il y a de l'exploitation forestière. On demande donc au gouvernement du Québec de travailler pour démontrer au gouvernement fédéral que le caribou forestier n'est pas menacé pour le moment», a déclaré au Quotidien le président du Local 85 affilié à Unifor (usine de papier), Pascal Cloutier.

Espèce vulnérable

Le leader syndical a rappelé qu'en 1985, Québec a reconnu le caribou forestier comme espèce vulnérable. Il a immédiatement intégré dans la préparation des plans de coupe, dans le cadre des dispositions traitant de la protection de l'habitat du caribou forestier, des massifs de protection et de remplacement. «Comme on le voit sur les cartes des inventaires, les mesures mises en place en 1985 donnent des résultats. On constate une augmentation des populations dans ces endroits», ajoute Pascal Cloutier.

Les syndicats exigent que le gouvernement décrète un moratoire sur toute décision en lien avec la mise en place d'un plan de rétablissement de l'habitat du caribou forestier ou toute autre mesure qui aura un impact à la baisse sur l'approvisionnement des usines québécoises. La seconde mesure vise la réalisation, à très court terme, d'inventaires aériens des populations de caribous forestiers, et ce, pour tout le territoire sous aménagement forestier incluant les zones frontalières avec la limite nordique. Ces inventaires, selon les explications de Pascal Cloutier, coûteraient plus ou moins 2 M$ et devraient être réalisés tous les deux ans.

Les syndicats exigent aussi du gouvernement du Québec plus de transparence de façon à faire connaître à tout le monde l'état de situation. Les syndicats constatent un certain flou dans la façon dont les documents sont gérés par le gouvernement alors qu'ils n'ont pas accès à l'information pourtant nécessaire pour l'avenir des emplois dans l'industrie.

En conclusion, Pascal Cloutier réitère que 75% de l'habitat du caribou forestier se trouve au nord de la limite des forêts attribuables. Les syndiqués comprennent difficilement comment Québec peut imposer des contraintes à l'exploitation forestière dans des forêts où il y a un surplus de caribous alors que les déficits en population d'ongulés sont situés dans les zones où il n'y a jamais eu d'exploitation forestière.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer