L'industrie du bois d'oeuvre américaine à l'attaque

La coalition américaine du bois d'oeuvre a déposé une plainte officielle contre... (Archives La Presse)

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La coalition américaine du bois d'oeuvre a déposé une plainte officielle contre l'industrie canadienne au Département américain du commerce et à la Commission du commerce international afin de restaurer des conditions équitables dans le commerce du bois entre les deux pays. Elle a ainsi donné le coup d'envoi officiel à une nouvelle guerre commerciale qui coûtera des milliers d'emplois aux économies canadienne et québécoise.

Selon le contenu de la plainte, l'industrie américaine avance que les provinces canadiennes offrent aux entreprises de bois d'oeuvre des arbres debout pour des frais administratifs inférieurs au prix du marché. En plus du prix du bois, l'industrie américaine allègue que l'industrie canadienne profite d'avantages additionnels qui ont un impact sur ses coûts de production.

La députée néodémocrate de Jonquière, Karine Trudel, affirme que le dépôt de cette plainte va obliger la ministre fédérale du Commerce international Chrystia Freeland qui encore vendredi tentait de repousser les questions sur ce sujet. Selon la députée, il est maintenant clair que le gouvernement fédéral «a échappé le dossier de la négociation du bois d'oeuvre.»

Suivant ses propos, le gouvernement libéral a accepté de se soumettre aux Américains lors de la rencontre du premier ministre Justin Trudeau et du président américain en juin. À ce moment, le premier ministre canadien avait confirmé qu'il était dans l'ordre des choses de négocier, confirmant ainsi qu'Ottawa rejetait l'idée de défendre l'industrie canadienne devant les tribunaux du commerce international.

«Nous allons probablement avoir une taxe spéciale au mois d'avril. Cette taxe va créer des pertes d'emplois dans la région et je rencontre des travailleurs qui craignent les conséquences de cette situation ainsi que des entrepreneurs», insiste la députée de Jonquière.

«Maintenant que la plainte des Américains est déposée, nous sommes face à une dure réalité et j'espère que le gouvernement va cesser de nous répéter sa rhétorique creuse. Depuis juin, on sent que le dossier leur glisse des doigts et nous sommes intervenus à des dizaines de reprises pour que le Canada prépare un plan B adéquat», précise le communiqué émis par le bureau de la députée Trudel.

Les spécialistes ont déjà commencé à mesurer les conséquences de ce conflit sur l'industrie québécoise. L'analyste Ross Taylor de la revue Wood Market affirme que le premier milliard de PMP (pieds mesure de planche) qui va disparaître des exportations canadiennes vers les États-Unis va provenir de l'est du Canada, donc principalement du Québec en raison de la structure des coûts de l'industrie. Cette réalité est en partie causée par le nouveau régime forestier québécois qui fait du Québec la juridiction en Amérique où le coût de la fibre est le plus élevé. Le bois du Québec est plus petit et doit être transporté sur de plus longues distances.

Pour bien comprendre l'ampleur de cette saignée dans les exportations québécoises, il suffit de mentionner que la disparition d'un milliard de PMP des exportations correspond à la production de quatre scieries comme l'ascension, ou un approvisionnement de 4 millions de mètres cubes de bois alors que la possibilité forestière régionale est de 5,6 millions de mètres cubes de bois.

En plus de la surtaxe, les Américains vont tenter d'obtenir par la négociation une limitation des exportations en imposant des quotas sur les volumes de bois en provenance du Canada. Le tout ayant pour objectif de maintenir des prix élevés sur le marché interne aux États-Unis par un contrôle de l'offre. Le Canada occupe en ce moment un peu plus de 30% des parts de marché du bois d'oeuvre.

Le gouvernement du Québec croyait être en mesure de faire reconnaître son régime forestier. Le spécialiste Carl Grenier, professeur à l'Université Laval, considère que cette option ne tiendra jamais la route puisque les Américains n'accepteront pas deux systèmes de contrôle des importations de bois d'oeuvre en provenance du Canada.

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