Bois d'oeuvre: l'élection de Trump ne changera rien

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Le gouvernement canadien a déjà accepté, en juin dernier, de convenir d'une entente de nature « protectionniste » avec le voisin américain pour encadrer les exportations de bois d'oeuvre sur le marché des États-Unis. L'élection de Donald Trump à la présidence ne changera pas vraiment la nature de cette brèche dans l'ALÉNA qui vise avant tout à maintenir les prix élevés pour les scieurs américains en période de forte demande de l'industrie de la construction.

Le professeur du département de science politique de l'Université Laval, Carl Grenier, qui est considéré comme un spécialiste du commerce international pour avoir participé activement à des négociations en plus de suivre les litiges sur le bois d'oeuvre depuis 1982, n'est pas renversé par cette élection. Il considère que les impacts ne seront pas aussi catastrophiques que certains ont voulu le laisser croire au cours des dernières semaines.

À la limite, analyse de façon globale l'ex-négociateur québécois, les questions commerciales sont réglées par le Congrès américain et les républicains ont toujours adopté des positions plus « favorables » aux ententes de libre-échange que les congressistes démocrates.

« C'est paradoxal, mais nous avons déjà accepté le principe d'une tente protectionniste lors de la rencontre entre le premier ministre canadien et le président américain Barack Obama. À partir de ce moment, tout ce qu'il reste à faire est de négocier le pourcentage des parts de marché que l'industrie du sciage américaine accepte de laisser aux entreprises canadiennes », explique le professeur.

Les changements à envisager pourraient survenir dans l'appareil du département du commerce alors que le négociateur américain Michael Froman quittera ses fonctions et sera remplacé par un négociateur centré sur les politiques républicaines. La mise en place de cette nouvelle équipe ne surviendra pas avant pratiquement une année. 

Carl Grenier estime que l'on devrait avoir en février ou mars l'imposition de tarifs compensatoires sur le bois canadien avec des plaintes à l'OMC. Le Canada sera alors en mesure de démontrer que son industrie du sciage ne bénéficie pas de subventions illégales en vertu des ententes commerciales.

« Il faudra bonifier le niveau d'accès au marché américain puisque les quotas sont interdits à l'OMC. Le tout devrait se confirmer à partir du moment où la Colombie-Britannique donnera son accord comme elle l'a toujours fait dans le passé. »

Rentrer dans le rang

L'industrie québécoise du sciage qui souhaitait, au même titre que le gouvernement du Québec, obtenir un traitement de faveur des Américains devra rentrer dans le rang, selon le spécialiste, et ce, malgré l'adoption du nouveau régime forestier qui a fait exploser le coût de la fibre.

Le quota va s'imposer pour tout le Canada pour des raisons de gestion de l'entente. 

« On a décidé d'adopter un nouveau régime forestier pour satisfaire aux politiques américaines alors que les politiques américaines changent et qu'on ne peut modifier sans arrêt un régime forestier. On a modifié le régime pour les mauvaises raisons. »

Carl Grenier n'affiche pas une très grande inquiétude pour les autres secteurs industriels de la région qui exportent massivement vers les États-Unis comme l'aluminium ou la fabrication de matériel industriel. 

« Quand on parle de l'ALÉNA, pour les Américains, c'est surtout le Mexique. Nous transformons au maximum 22 % de l'aluminium produit ici. C'est connu depuis longtemps que l'on transforme l'aluminium à proximité des marchés et les transformateurs américains n'ont pas intérêt à ce que l'aluminium canadien soit visé par des barrières tarifaires. »

Peu généreux

Le commerce international a historiquement été construit par les Américains qui n'ont pas l'habitude de faire preuve d'une grande générosité à l'endroit des partenaires commerciaux. Les ententes sont généralement conçues pour répondre à leurs besoins comme celui pour les entreprises américaines d'établir des centres de production au Mexique pour profiter des faibles coûts de main-d'oeuvre. Même chose pour les grands constructeurs d'automobiles américains dont le coût de la main-d'oeuvre dans les usines canadiennes est de 7 à 8 $ l'heure de moins qu'aux États-Unis pour chaque travailleur en raison du système canadien de santé supporté par l'ensemble du pays et non seulement l'entreprise et ses travailleurs.

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