Bois d'oeuvre : quels impacts pour la région ?

L'échec des négociations pour une nouvelle entente sur le bois d'oeuvre entre... (Archives La Presse, Patrick Sanfaçon)

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Louis Potvin
Le Quotidien

L'échec des négociations pour une nouvelle entente sur le bois d'oeuvre entre le Canada et les États-Unis aura certainement des répercussions pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Même s'il est encore trop tôt pour en déterminer l'ampleur, certains observateurs sonnent l'alarme.

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Luc Bouthillier estime la «5e guerre du bois d'oeuvre» va faire très mal dans la région.

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«Ça va faire très mal»

«L'imposition de droits compensateurs pour le bois d'oeuvre va faire très mal à votre région. Plusieurs scieries ne seront plus rentables.»

Le professeur de foresterie de l'Université Laval, Luc Bouthillier, croit que le vent de protectionnisme qui souffle aux États-Unis fera que la «cinquième guerre du bois d'oeuvre» durera longtemps et causera des répercussions importantes sur l'industrie du bois d'oeuvre au Saguenay-Lac-Saint-Jean. «Aussitôt que la plainte qui sera déposée d'ici quelques semaines sera jugée recevable, ce qui se fera vraisemblablement au début de 2017, des tarifs compensateurs et peut-être même des quotas seront déterminés unilatéralement le temps que les fonctionnaires de l'Administration du commerce international analyse la plainte, ce qui pourrait prendre de six mois à deux ans. Vous voyez donc que ça va prendre du temps», affirme-t-il.

Selon lui, le tarif pourrait atteindre 25%, ce qui viendrait annuler les avantages que représente la faiblesse du dollar canadien. «À cette hauteur, et ça sera peut-être plus élevé que 25%, il y aura beaucoup d'usines qui produiront à perte. Il y aura de la rationalisation et certaines devront peut-être fermer. L'hiver sera très long», laisse-t-il tomber peu optimiste.

Bien que le Québec pense avoir une chance d'être exempté avec son régime forestier qui fait place à du bois vendu aux enchères, cette distinction ne sera pas considérée au début. «Le Québec ne sera pas distinct des autres provinces le temps que l'analyse de la plainte soit faite. Il y aura donc une période où l'imposition de la barrière tarifaire fera très mal à tout le monde», explique-t-il.

Luc Bouthillier pense que l'idée d'accorder des garanties de prêt ou de payer les frais juridiques liés au litige sont de bonnes idées. Il demeure que le gouvernement américain peut les considérer comme de l'aide financière. «Ils sont très frileux et les compagnies forestières américaines font des pressions dès que le bois canadien accapare plus de 30% du marché. C'est entre autres ça qui a rendu les discussions peu fructueuses. Bien que les relations avec le président Obama soient bonnes, le contexte de l'élection présidentielle de 2016 vient tout bousculer et désavantage grandement le Canada. D'autant plus qu'il y a eu beaucoup de pertes d'emplois aux États-Unis. Ça n'augure rien de bien, tout ça», analyse le professeur.

Ce protectionnisme semble tellement fort qu'un contingentement des ventes pourrait être décrété. «Du jamais vu depuis la 1re guerre du bois d'oeuvre en 1981. Ça viendrait ajouter à l'ampleur de la crise que nous allons subir», conclut-il.

«Un saut dans le vide»

La députée néo-démocrate, Karine Trudel, presse le gouvernement libéral à mettre en oeuvre son «plan B» pour soutenir les entreprises forestières et les travailleurs.

«Il faut rassurer rapidement les travailleurs et l'industrie et annoncer des mesures pour atténuer les impacts, qui seront très importants pour notre région. Depuis septembre, nous mettons de la pression, mais rien n'a été annoncé», déplore la députée de Jonquière.

Elle rappelle que lors de sa visite en mars à Ottawa, le président Obama avait affirmé qu'il travaillerait avec le premier ministre Trudeau pour trouver une solution en 100 jours. «Évidemment, ça n'a pas fonctionné. Et aujourd'hui, on se retrouve devant un échec qui est encore plus lamentable. On saute de l'avion dans le vide sans parachute», a-t-elle illustré.

Karine Trudel ne comprend pas que le gouvernement libéral hésite à annoncer que des garanties de prêt pourraient être offertes aux entreprises pour contrebalancer les pertes encourues en surtaxe. Karine Trudel juge que les propositions que son parti a faites à la ministre du Commerce international, Crystia Freeland, ne pourront pas être contestées par les Américains. «Ç'a déjà été fait par le passé et nous avons toujours gagné au Tribunal de l'Organisation du commerce. Chaque fois que le Canada a contesté les arguments amenés par les États-Unis, nous avons gagné. Il faut que le gouvernement prenne les choses en main et ne laisse pas tomber cette industrie si importante pour notre région, le Québec et le Canada», ajoute-t-elle.

La députée espère maintenant que la «petite ouverture» faite par la ministre Freedland en Chambre la semaine dernière donnera des fruits. «J'ai posé trois fois la même question et finalement la ministre a répondu que toutes les options étaient envisagées», a-t-elle relaté.

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Gérard Poulin n'est pas en mesure de mesurer pour l'instant les répercussions qu'aura, pour la région, l'échec des négociations pour une nouvelle entente sur le bois d'oeuvre avec les États-Unis.

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Encore plusieurs hypothèses

Il est difficile pour l'instant d'évaluer les répercussions qu'aura, pour la région, l'échec des négociations pour une nouvelle entente sur le bois d'oeuvre avec les États-Unis.

C'est l'opinion émise par le consultant forestier Gérard Poulin. «C'est embêtant de se prononcer. Il y a trop d'hypothèses actuellement. Il y a trop d'inconnu. On ne sait pas ce que le gouvernement va imposer. Est-ce que la surtaxe sera de 25%? Ou moins? Est-ce que des quotas d'exportation seront imposés? Est-ce que le montant de la taxe sera gelé dans un fonds en fidéicommis? Est-ce que les gouvernements provincial et canadien vont soutenir l'industrie? Est-ce que le Québec aura un traitement différent à cause de son régime forestier?», soulève comme questions le spécialiste qui réfléchit sur l'industrie forestière régionale depuis plusieurs années.

Gérard Poulin ne veut donc pas s'aventurer à lancer des chiffres sur les répercussions économiques que ça pourrait avoir sur les différentes scieries de la région. «Est-ce que le bois va continuer à se vendre pareil? Est-ce que la région est avantagée? Certains parlent que sur le 33% des volumes de bois qui sont exportés aux États-Unis, ce pourcentage pourrait diminuer à 25% voire 22%. C'est énorme, mais c'est de la spéculation. Il est trop tôt pour tenter d'évaluer les effets que ça pourrait avoir dans la région», mentionne-t-il prudent.

Par contre, si l'argent de la taxe est placé dans un fonds, comme ç'a été le cas dans le passé, il ne sera pas disponible pour que les compagnies fassent des investissements dans leurs installations. «Ça, c'est une mauvaise nouvelle, car nos installations au Québec et dans la région auraient besoin d'investissement pour se moderniser et être plus productive», souligne-t-il.

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«C'est très inquiétant»

Denis Lebel déplore que depuis son élection, le gouvernement libéral n'ait pas réussi à négocier un accord sur le bois d'oeuvre.

«À un moment donné, il faut arrêter de faire des promesses et il faut livrer! J'ai dû poser quinze questions en Chambre et on a tenté de me rassurer que le dossier allait se régler. Et bien on approche de la date et on n'a toujours pas livré. C'est très décevant», constate le député de lac Saint-Jean.

Denis Lebel craint les soubresauts de cet échec d'un accord. «C'est très inquiétant! C'est certain que ça va avoir des répercussions sur notre économie et sur les emplois. Je ne sais pas quelle sera l'ampleur, mais ça m'inquiète énormément», a-t-il ajouté.

Denis Lebel trouve que la stratégie de proposer des garanties de prêt exposées par les néo-démocrates est malhabile. «On donne au grand jour la stratégie que le gouvernement pourrait avoir. Le gouvernement américain va le savoir et va peut-être considérer ça comme de l'aide pour l'industrie», a-t-il critiqué.

Il a rappelé que son gouvernement avait réglé le litige en signant un Accord sur le bois d'oeuvre après de longues discussions. «Les droits compensateurs à l'époque étaient de 37%. On avait réussi à retrouver cinq milliards sur les six milliards qui avaient été gelés tout au long du conflit. Les conservateurs avaient réglé le dossier. Et je suis persuadé que si nous étions encore au pouvoir, le dossier serait réglé aujourd'hui, car monsieur Harper était très respecté du gouvernement américain.»

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