Aluminium: Alain Gagnon propose à Québec de s'inspirer de la CSeries

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Alain Gagnon, président du Syndicat des employés de l'Aluminium d'Arvida, invite Québec à examiner la possibilité d'investir dans les phases II et III du complexe AP-60 de Jonquière.

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Le président du Syndicat national des employés de l'aluminium d'Arvida (SNEAA-Unifor), Alain Gagnon, propose à Québec de copier le modèle négocié avec Bombardier pour les avions CSeries dans le dossier des phases II et III du complexe AP-60 de Jonquière. Ceci permettrait, selon le syndicaliste, à la province de se positionner solidement dans l'industrie de l'aluminium alors que d'autres grands joueurs sont en train de lui «couper l'herbe sous les pieds.»

Au risque de se faire critiquer pour son approche «trop économique», le leader syndical juge que le chef des opérations de Rio Tinto pour l'industrie de l'aluminium, Étienne Jacques, ne joue pas la comédie quand il dresse un portrait très difficile de la situation mondiale de l'industrie de l'aluminium. Cette situation fragilise les cuves précuites d'Arvida et il est impératif pour la région que les deux dernières phases de la technologie AP60 soient mises en branle rapidement.

«Je ne demande pas au gouvernement de donner l'électricité. Je demande à Québec de trouver une façon de devenir un partenaire du complexe AP-60 en utilisant les surplus hydroélectriques. Il y a moyen de trouver une formule qui permettrait un partenariat avec Québec pour rattacher des emplois ici. Le gouvernement souhaite augmenter la transformation et même une fonderie, il a l'opportunité de mettre le pied à terre dans l'industrie avec le projet régional qui aura des retombées partout au Québec», explique le leader syndical.

En plus de garantir des emplois de qualité pour la région, la prise de position du gouvernement dans le projet AP60 donnerait une assurance en cas de vente de la division aluminium de Rio Tinto. Alain Gagnon n'a pas de boule de cristal dans les mains, mais reste prudent face à une éventuelle transaction.

«Avec des coûts de production inférieurs à 1500$ la tonne, la mariée est de plus en plus intéressante. Avec une participation gouvernementale, on éviterait de se retrouver dans la situation de 2007, lors de la vente à Rio Tinto sans que personne ne puisse dire un mot. Quand on regarde Alouette, où le gouvernement a 11%, ça lui donne un droit de véto et c'est important», poursuit Alain Gagnon.

Une analyse rapide du marché traditionnel des alumineries du Québec, qui est concentré aux États-Unis, explique en partie les propos d'Étienne Jacques. Alain Gagnon estime que ce sont des éléments que l'on doit considérer quand on veut faire une analyse sérieuse de la situation et comprendre les changements fondamentaux de l'industrie.

«Les Américains jouent la comédie quand ils déplorent l'importation de métal chinois sur la côte Est, où il y a eu des fermetures. Alcoa n'hésite pas à importer des produits semi-finis en aluminium de la Chine, lesquels échappent à la taxe d'exportation chinoise de 8%, et celle d'importation d'aluminium de première coulée des États-Unis de 17% pour les faire fondre à nouveau puisqu'ils ont conservé des centres de coulée. Après, ils nous font la leçon avec notre bois d'oeuvre. C'est ce nouveau paysage qui rend l'industrie aussi fragile», reprend le président du SNEAA.

Dans un tel contexte, une technologie comme celle des cuves précuites de Jonquière est grandement exposée puisqu'elle est beaucoup moins productive que les cuves de génération plus récente (AP15-AP30). D'autant plus, ajoute M. Gagnon, que la «super cuve» chinoise de 600 000 ampères se compare avantageusement à la technologie AP60.

«Je le répète, depuis 7 ans, on en arrache. On a passé beaucoup de choses sous le radar et, malgré les problèmes, on a réussi à obtenir pour 150 M$ d'investissements. Chaque petit projet compte.»

En plus de la technologie, la concentration récente de la production d'aluminium dans la région du Golfe persique a bien failli avoir des conséquences drastiques pour le complexe Jonquière. Les pays arabes ont cessé l'exportation de la coke pour la transformer en énergie afin d'alimenter les génératrices qui servent à la production d'aluminium, et ce, en plus d'en utiliser une bonne partie pour la fabrication des produits de carbone obligatoires dans l'électrolyse. Selon Alain Gagnon, Rio Tinto est dans l'obligation d'importer du coke de moins bonne qualité contenant du souffre. Ce petit changement de fournisseur s'est traduit par une facture de 20 M$ pour le complexe Jonquière, car il a fallu améliorer les épurateurs.

«Les gens ne sont pas conscients de ces changements, mais ils ont des impacts importants. Chaque fois, nous devons trouver les solutions pour les contourner.»

Péril chinois

L'expression «péril chinois» a été utilisée à toutes les sauces et elle risque de l'être pour l'industrie de l'aluminium avec l'explosion de la capacité d'électrolyse qui va injecter dans le marché mondial des millions de tonnes métriques en un temps record.

Le plus grand producteur privé d'aluminium au monde est depuis quelques mois chinois. Il s'agit d'une grande fortune chinoise. Au cours des 18 derniers mois, cette entreprise a mis sous tension avec d'autres producteurs chinois trois usines totalisant 1,5 million de tonnes métriques de capacité.

Cette nouvelle production dépasse à elle seule de 400 000 tonnes métriques la capacité de Rio Tinto sur le territoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Le hic, dans cette course à la croissance de la production, selon Alain Gagnon, est la capacité de ces pays à construire des usines. «Au Québec, il faut 36 mois pour construire une usine et la mettre en production. En Chine, ils lancent le projet et 12 mois plus tard l'usine entre en production.»

La même entreprise a procédé à l'annonce de la construction d'une usine d'alumine d'une capacité de production de 2 millions de tonnes métriques, ce qui se traduira par l'ajout d'un million de tonnes métriques sur le marché à très court terme. En ce moment, cette entreprise dépasse les trois millions de tonnes métriques de production sur une base annuelle en utilisant principalement du charbon comme source d'énergie.

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