La poursuite de Résolu ne règlera pas les problèmes à long terme

Professeur de foresterie à l'Université Laval, Luc Bouthillier... (Archives Le Quotidien)

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Professeur de foresterie à l'Université Laval, Luc Bouthillier rappelle qu'il existe une différence fondamentale entre ce que les gens des régions forestières attendent de leur forêt et la perception des gens des grandes concentrations urbaines.

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Professeur de foresterie à l'Université Laval, Luc Bouthillier considère qu'il n'est peut-être plus opportun de s'accrocher au molet des clients des industriels de la forêt comme le font les activistes. Il ne croit pas plus qu'une poursuite comme celle intentée par Résolu apportera une solution à long terme à ce que la population recherche en matière de foresterie pour le Québec.

En entrevue au Quotidien, mercredi, Luc Bouthillier a été prudent quant aux retombées d'une telle poursuite. Il rappelle qu'il existe une différence fondamentale entre ce que les gens des régions forestières attendent de leur forêt et la perception des gens des grandes concentrations urbaines.

«Les gens du Saguenay-Lac-Saint-Jean s'attendent à tirer des avantages économiques de l'exploitation de leur forêt. Beaucoup de ces personnes travaillent en forêt et font bien les choses. Pour ceux des grandes villes, il est peut-être plus important d'avoir une forêt intacte», explique le professeur, qui comprend aussi que Résolu ait intenté sa poursuite en Géorgie contre Greenpeace, puisque la papetière y a des clients importants.

«Une entreprise comme Kimberly-Clark n'a rien à faire de la façon dont nous exploitons nos forêts. Elle ne veut simplement pas avoir de problème d'approvisionnement en papier», explique le professeur qui ne croit pas que cette société ait vérifié sérieusement les pratiques forestières québécoises avant de décréter qu'elle ne voulait plus de fibre de la forêt boréale.

«Quand on regarde la performance de Résolu par rapport au régime forestier québécois, l'entreprise est un excellent citoyen corporatif qui respecte - et même plus - la règlementation. Mais quand le ministre Laurent Lessard va rencontrer les clients des industries sur la scène internationale pour défendre notre régime forestier, il est vu comme juge et partie», reprend le professeur.

Le Québec doit maintenir ses exportations pour que l'industrie puisse supporter les 60 000 emplois qu'elle compte en ce moment. Comme le litige entre Résolu et Greenpeace ne se réglera pas demain matin, Luc Bouthillier croit qu'il faut trouver des solutions satisfaisantes tant pour les populations des régions forestières que pour celles des grandes villes. Il estime que la certification constituait un excellent forum pour atteindre cet objectif, tout en constatant que ce forum a aujourd'hui été détourné de sa véritable mission - qui est la foresterie durable - pour servir d'autres intérêts comme les revendications aborigènes.

Pour l'universitaire, il doit être possible au Québec de faire des liens avec des groupes environnementaux crédibles de façon à concilier les intérêts de tout le monde. «Nous devons obligatoirement nous sortir de cette dynamique des bons et des méchants qui ne mène nulle part et qui va faire que des gens vont encore en souffrir.»

Luc Bouthillier rappelle que le Québec est quand même parvenu à se doter d'une politique d'aires protégées convenable à partir de pratiquement rien, et ce, tout en maintenant des opérations forestières. Il croit que Québec devrait concentrer ses efforts à trouver des solutions qui existent en foresterie, notamment pour compenser les baisses de possibilité par une exploitation plus intensive dans certaines zones.

D'autant plus que d'autres éléments risquent de mettre de l'huile sur le feu, par exemple la motion 65 présentée par les écologistes au dernier congrès du Forest Stewardship Council (FSC), sur laquelle Greenpeace risque de mettre beaucoup de pression. Il s'agit de la motion sur les paysages forestiers intacts. Le professeur rappelle qu'une règlementation similaire, imposée dans les forêts de l'Ouest américain, a provoqué une baisse de la possibilité forestière de 80%.

Une poursuite historique

Le président de FSC Canada (Forest Stexardship Council), François Dufresne, n'a pas voulu commenter sur le fond la poursuite intentée par son membre de la chambre économique, Résolu, contre son membre de la chambre environnementale, Greenpeace. FSC n'intervient pas dans les litiges entre ses membres.

«Le principe de FSC est de constituer un forum pour permettre aux groupes de différents intérêts de s'entendre. Ça réussit dans 95% des cas. Cette fois, il faut convenir que c'est la situation inverse qui se produit», a expliqué l'ingénieur forestier.

C'est aussi le retour à la case départ. Les parties de bras de fer entre l'industrie et les groupes environnementaux avaient connu une accalmie avec l'entente boréale canadienne. Cette entente n'a pas fait long feu et, aujourd'hui, les deux grands joueurs de l'industrie et du mouvement écologiste s'affrontent devant les tribunaux américains. François Demers admet que cette poursuite va colorer tout le secteur de la foresterie québécoise et canadienne.

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