Résidus de bauxite: RTA espère l'apport du public

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En juin prochain, l'étude d'impact du projet réalisée par la firme WSP sera déposée et comprendra des volets portant sur les impacts sociaux, environnementaux et sur la santé publique.

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Denis Villeneuve
Le Quotidien

Lundi soir prochain, à l'hôtel de ville de Saguenay, les citoyens seront invités à se prononcer sur le projet de modification au règlement du plan d'urbanisme visant à permettre l'expansion du site de résidus miniers de Rio Tinto Aluminium sur une partie du Boisé panoramique. Ce projet en deux phases vise à assurer la poursuite des activités de l'Usine Vaudreuil jusqu'en 2047. La consultation a été le prétexte pour rencontrer Jean-François Nadeau, directeur de l'Usine Vaudreuil, afin de faire le point dans ce dossier.

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Le directeur de l'Usine Vaudreuil, Jean-François Nadeau

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Un peu moins d'un an après avoir annoncé le lancement des études visant à optimiser son site actuel de résidus, s'étalant sur 200 hectares, avec un nouveau procédé d'assèchement des boues, la direction de l'Usine Vaudreuil lance un appel à la population de Saguenay. Elle l'invite à participer à la bonification de son projet dans une perspective d'acceptabilité sociale même s'il ne sera pas soumis au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

D'entrée de jeu, M. Nadeau reconnaît que 80 ans après sa construction, l'Usine Vaudreuil est une anomalie dans le contexte industriel des années 2000. Selon lui, il serait impensable, aujourd'hui, d'ériger une telle installation aussi éloignée des sites d'extraction de la bauxite qui se trouvent au Brésil et en Guinée. «L'usine a souvent été soumise dans le passé à des projets de fermeture, mais Vaudreuil demeure très compétitive. Nous sommes dans le deuxième quartile de rentabilité en raison des coûts de production très bas que nous rencontrons. Le projet que nous pilotons actuellement n'a rien à avoir avec l'économie. Nous faisons face à un goulot d'étranglement au plan physique puisqu'en 2022, le site d'entreposage des résidus sera rempli à pleine capacité.»

Il déclare que ce n'est pas de gaieté de coeur que Rio Tinto Aluminium (RTA) a désigné un nouvel emplacement pour entreposer ses boues parmi une trentaine analysés. Ce sont des critères liés à l'environnement, à l'acceptabilité sociale ainsi qu'à un projet techniquement réalisable et viable économiquement qui ont prévalu.

Comme solution, RTA souhaite introduire dans son procédé une nouvelle technologie d'assèchement des boues par pressage mécanique. Il s'agit d'un processus qui permettra d'entreposer plusieurs millions de tonnes de résidus supplémentaires sur le site actuel en augmentant le niveau d'entreposage d'une hauteur de 30 mètres en son centre. Pour bien comprendre, M. Nadeau explique que les résidus arrivent sur le site en étant composés à 50% de liquide et à 50% de matière. Le problème est que la consistance des résidus ne permet pas d'aménager le site à plus d'un pour cent de pente. «Le procédé de séchage actuel nécessite entre trois et quatre ans pour obtenir entre 70 et 72% de solide. Avec le nouveau procédé de séchage par filtration et pressage, on obtient le même résultat en 15 minutes. Nous allons gérer des résidus solides, ce qui nous permettra de les disposer avec six ou sept pour cent de pente et d'allonger de huit ans la vie utile du site.»

En ce qui a trait à la seconde phase du projet d'entreposage des boues aménagé à même le Boisé panoramique sur 100 à 120 hectares, à compter de 2026, M. Nadeau croit que la gestion des résidus asséchés à raison d'une cellule individuelle à la fois constituera un avantage indéniable. «Je comprends que les gens aient des craintes qu'il y ait des envolées de poussières, mais c'est l'inverse qui se produira. La gestion des poussières est actuellement difficile sur un site ouvert de 200 hectares. On utilise des abat-poussières et des copeaux de bois. Lorsque nous allons fonctionner en cellules, le contrôle des poussières s'effectuera avec un film d'eau et un abat-poussière sur une bien plus petite surface.»

Outre les craintes liées au soulèvement de poussière, M. Nadeau souligne que l'aménagement d'un nouveau lac de boue en plein milieu urbain dans un secteur actuellement boisé ne constituera pas un obstacle insurmontable puisqu'une zone tampon de 500 mètres séparera le parc de résidus des plus proches résidences. Pour ce qui est des pistes cyclables, environ 30% du réseau actuel sera affecté.

À cette étape-ci, il ne prétend pas que tous les détails sont finalisés, mais il ajoute qu'il reste encore beaucoup de temps pour améliorer le projet dans son ensemble et c'est ce que RTA entend faire.

La direction ne s'attend pas à 100% d'appuis

La direction de l'Usine Vaudreuil souhaite que son projet d'expansion fasse l'objet d'un consensus social le plus large possible, mais elle considère qu'il est illusoire de penser que 100 % des citoyens adhéreront à cette expansion.

Le directeur de l'usine, Jean-François Nadeau, souligne que depuis le début, quatre rencontres ont été tenues avec le comité Citoyens pour un Vaudreuil durable. Ce groupe a été formé afin de non seulement recevoir les inquiétudes et préoccupations, mais aussi pour bonifier le projet. «Nous sommes présentement dans une phase de bonification. Notre objectif est de rendre le projet socialement acceptable, ce qui ne veut pas dire faire l'unanimité. Il ne faut pas oublier que Vaudreuil, c'est 135 millions $ de retombées économiques et 1000 emplois, dont 650 directement à Vaudreuil. Roberval-Saguenay livre 70 % de son volume dédié à Vaudreuil», précise-t-il.

Interrogé sur l'empressement avec lequel le conseil de Saguenay a décidé de modifier son plan d'urbanisme, M. Nadeau ne croit pas qu'il faut y voir une stratégie pour bousculer les citoyens. «Oui, nous sommes pressés de réaliser le projet, mais il est impossible de penser qu'on peut aller de l'avant sans obtenir le dézonage préalable.» La direction de Vaudreuil doit solliciter la haute direction de Rio Tinto Aluminium afin d'obtenir le financement nécessaire. Il est évident que des signaux doivent être envoyés pour avancer.

Pas de BAPE

Soulignons qu'en vertu du règlement sur l'évaluation et l'examen des impacts sur l'environnement, le projet n'est pas assujetti à la procédure d'évaluation environnementale du BAPE, une procédure indépendante soumise à l'oeil de commissaires experts. Rappelons qu'une demande a été logée auprès du ministre de l'Environnement, David Heurtel, de la part du comité Citoyens pour un Vaudreuil durable. «De notre propre chef, nous avons mis en place un processus qui permettra de consulter les citoyens et de mener un exercice similaire. Nous voyez-vous arriver, en 2026, avec des bulldozers en milieu urbain sans que la population n'ait été consultée? Il faut quand même obtenir les certificats d'autorisation environnementale», affirme le directeur d'usine.

En juin prochain, l'étude d'impact du projet réalisée par la firme WSP sera déposée et comprendra des volets portant sur les impacts sociaux, environnementaux et sur la santé publique. Le dévoilement de l'étude sera l'occasion d'enclencher une seconde phase de consultation publique.

Même si «Vaudreuil au-delà de 2022» vise la prolongation de activités de l'usine de production d'alumine, RTA n'est pas en mesure de garantir le nombre d'emplois actuels. «Nous sommes à la croisée des chemins. Il est impossible pour moi ou n'importe quel gestionnaire de promettre un nombre d'emplois jusqu'à la fin de l'usine. Les technologies peuvent évoluer. Peut-être qu'un jour, les technologies évolueront pour qu'on puisse produire de l'aluminium avec d'autres procédés.»

Interrogé sur les défis reliés à ce projet, M. Nadeau affirme que la réceptivité de la population est présente. «Je n'ai pas ressenti que la population est contre le projet. Je n'ai pas lu nulle part que dans la région une entreprise allait créer 1000 emplois. Je comprends les préoccupations des gens qui veulent ralentir le projet. »

L'autre défi auquel il est confronté sera de vendre la solution retenue au siège social de Rio Tinto qui a devant elle des dizaines de projets dans le monde et qui doit déterminer lequel offre le plus de valeur.

Le comité de citoyens consulte des experts

Le comité Citoyens pour un Vaudreuil durable (CVD) souhaite que Saguenay mette un terme à ses démarches de modification de son plan d'urbanisme en attendant le dépôt de l'étude de projet que déposera en juin Rio Tinto Aluminium. Le comité entreprendra des mesures juridiques pour atteindre cet objectif et c'est pourquoi il consulte des experts en droit de l'environnement.

Selon Lana Pedneault, présidente du CVD, il est difficile de comprendre l'empressement de la Ville à entreprendre des démarches permettant la création d'un nouveau site de résidus de bauxite près d'agglomérations résidentielles, et ce, sans aucune étude d'impacts sur l'environnement et la santé publique .

Selon elle, il serait plus judicieux que la Ville demande une étude du BAPE auprès du ministre David Heurtel comme l'a déjà fait le CVD. «Il est vrai que le projet n'est pas assujetti au processus de consultations du BAPE parce que les résidus miniers ne sont pas considérés comme étant des matières dangereuses. Dans ce cas-ci, il ne s'agit pas de résidus miniers, mais plutôt de résidus industriels considérés comme étant corrosifs et dommageables pour la santé.»

Le CVD a adhéré au Centre québécois du droit de l'environnement (CQDE) qui offre un service d'accompagnement juridique aux citoyens et aux groupes qui s'activent pour protéger leur environnement. Le CQDE a mandaté l'avocat Michel Bélanger pour représenter le CVD dans ses démarches.

Ce mandat vise à transmettre au plus tard lundi une lettre à Saguenay demandant un sursis dans ses démarches visant à permettre à RTA d'entreprendre un projet d'agrandissement d'un site d'entreposage de résidus de bauxite de l'Usine Vaudreuil.

L'autre partie du mandat vise à obtenir le déplacement de l'entreposage à un lieu moins nuisible pour les citoyens ou d'obtenir des garanties quant aux nuisances possibles .

Un sous-comité travaille présentement à la rédaction d'un mémoire que nous comptons présenter lors de l'Assemblée publique de consultation qui aura lieu lundi soir. «Nous invitons nos membres et tous les citoyens concernés à être présents afin de s'informer de ce projet important et controversé», a déclaré Madame Pedneault.

Une pétition sera mise en ligne au cours des prochains jours afin de permettre à tous les citoyens concernés de se faire entendre puisque l'Assemblée publique de consultation n'est pas référendaire selon la Ville.

Le CVD lancera une campagne de financement auprès de ses membres et du grand public dans les prochains jours afin de le soutenir dans ses démarches juridiques.

En entrevue, Mme Pedneault soutient que Saguenay a le devoir de protéger ses citoyens dans ce dossier d'autant plus que RTA, dans le cadre de son propre processus de consultation, est juge et partie en plus de payer pour l'étude de projet qu'il prévoit déposer en juin. «Depuis 1936, RTA a entreposé 40 millions de tonnes de résidus. On prévoit en ajouter 30 millions de tonnes supplémentaires pour un total de 70 millions sur des terrains avec lesquels on ne pourra plus rien faire après la fermeture.»

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