Firmes d'ingénierie: des pertes d'emplois appréhendées

Éloïse Harvey... (Archives Le Quotidien)

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Éloïse Harvey

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Laura Lévesque
Le Quotidien

La décision de Rio Tinto (RT) de passer désormais par Adecco plutôt que par les principales firmes d'ingénierie de la région pour la location de ressources humaines a eu l'effet d'une bombe dans le milieu des affaires. La multinationale, qui venait tout juste de signer des ententes avec les cinq plus importantes firmes de la région, veut maintenant transiger qu'avec ce fournisseur d'employés temporaires, un géant à l'échelle mondiale. Une décision qui pourrait occasionner une vague de perte d'emplois.

En effet, cette décision touche une centaine d'ingénieurs répartis dans cinq firmes de la région. Ces ententes avec RT représentent de 15% à 30% du chiffre d'affaires dans chacun de ces bureaux régionaux. La survie de ces bureaux en dépendrait, selon plusieurs intervenants interrogés. «Dans une situation économique déjà difficile, ça met en péril les bureaux régionaux. D'autant plus qu'on venait de négocier nos taux à la baisse et là on baisse notre volume. On ne peut pas faire les deux. Pour nos entreprises, ça devient non viable», précise Éloïse Harvey, vice-présidente du Groupe Ceger, actionnaire de la firme Cegertec WorleyParsons.

Si la nouvelle a été critiquée par plusieurs, c'est la façon dont RT en a fait l'annonce qui a suscité le plus de mécontentements. Mercredi, la multinationale a confirmé l'information aux employés des différentes firmes sans aviser d'abord les dirigeants de ces firmes.

«L'attitude de Rio Tinto, qui a rencontré les ingénieurs visés, sur les lieux de travail, sans nous aviser, nous les dirigeants des firmes, c'est cavalier et relativement indigne. On ne comprend pas cette approche», critique Mme Harvey.

«C'est une attitude sauvage qui n'a rien à voir avec les pratiques de 2016», ajoute un autre représentant d'une firme, qui préfère conserver son anonymat pour ne pas nuire à son entreprise.

Joint hier, le président de la Chambre de commerce du Saguenay, François Gagné, a admis sa surprise face à cette décision de la multinationale. Il a d'ailleurs contacté RT pour les inviter à s'asseoir avec les firmes.

«On a de la difficulté à comprendre ce geste. Le processus a clairement manqué de transparence. Et les risques de perdre des emplois sont présents s'ils veulent maintenant louer des ingénieurs avec Adecco plutôt que dans les firmes d'ici. Mais je me suis informé, et cette décision ne toucherait pas les autres contrats entre RT et les firmes. Des contrats majeurs de plusieurs dizaines de millions$ par année», rassure le président de la Chambre de commerce du Saguenay.

Si les ingénieurs veulent continuer à travailler pour RT, tout porte à croire qu'ils devront quitter leur firme pour faire affaire avec Adecco. Les bureaux régionaux, sans ces contrats de Rio Tinto, seront dans l'obligation de se départir de professionnels. «De toute façon, on n'aura plus de travail à leur donner. On a voulu avoir de bons emplois dans la région, avec des conditions et des avantages sociaux. Mais là, on va tomber avec de la location pure et simple», grogne un dirigeant d'une des firmes touchées.

L'entreprise Service de Personnel Saguenay, qui gravite déjà dans le milieu de l'ingénierie, n'a pas été invitée à soumissionner sur le contrat décroché par Adecco. Son propriétaire, Carl Patry, n'a pas caché sa déception.

«On travaille déjà avec Rio Tinto. Je l'admets, on aurait aimé être invité à soumissionner. Mais ils avaient probablement leurs raisons. On aurait pourtant été en mesure d'offrir des coûts raisonnables et le contrat serait demeuré dans la région. Les retombées seraient demeurées ici.»

Xuân-Lan Vu rassure

Xuân-Lan Vu a tenu à préciser que le service d'ingénierie de la multinationale restait en place. Le recours à la firme Adecco touche uniquement les ressources externes en location comme des surveillants de chantier ou des chargés de projet. «Pour les mandats d'ingénierie, on continue de faire affaire avec les firmes d'ici», assure-t-elle en mentionnant que c'est le cas, entre autres, pour la réfection du four d'anodes à l'usine Grande-Baie. (Avec Johanne Saint-Pierre)

L'intervention de Philippe Couillard réclamée

(Johanne Saint-Pierre) - Dans le dossier de location de ressources humaines en ingénierie, ce qui a un impact pour les firmes d'ingénierie de la région, Alexandre Cloutier croit que cette décision de Rio Tinto nécessite l'intervention du premier ministre.

«Quand (le ministre) Raymond Bachand a signé l'entente, il disait qu'il avait négocié des garanties pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean pour que les emplois soient maintenus. Finalement, on s'aperçoit que c'est effritement par dessus effritement de la qualité des emplois. C'est grave. On a développé des expertises et un lien de confiance avec nos firmes d'ingénierie qui leur ont permis, à plusieurs égards, de se développer, et pour certaines entreprises, de devenir des multinationales. Je pense ici à des entreprises, comme STAS, qui ont eu des contrats importants et qui sont maintenant des exemples sur la scène internationale. C'est extrêmement préoccupant», déplore-t-il.

«Encore une fois, on se retrouve avec un scénario où RT, sous le prétexte de vouloir sauver des coûts, va en réalité avoir un impact sur le nombre d'emplois dans la région et sur la collaboration de l'entreprise avec le milieu. RT se tourne vers une multinationale au lieu de faire affaire avec nos entreprises régionales avec qui elle a développé une expertise, un lien de confiance et des prêts de personnel.»

À ses yeux, la multinationale a étiré l'élastique à son maximum. «C'est clair que le premier ministre Philippe Couillard doit intervenir et nous dire si oui ou non l'entente de continuité veut dire quelque chose. Ainsi, la prochaine fois, on va savoir à quoi s'en tenir parce que la multinationale a beau jeu et peut faire la pluie et le beau temps au Saguenay-Lac-Saint-Jean», a-t-il conclu.

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