L'industrie forestière en phase terminale

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Ce qu'il reste de l'industrie forestière régionale est en phase terminale. Il faudra un remède miracle doublé d'un électrochoc pour éviter qu'elle ne s'éteigne à petit feu dans les prochains mois, alors que des problèmes de taille n'ont toujours pas été réglés par les gouvernements fédéral et provincial.

Le président du local 1495 Unifor de la scierie Mistassini, Daniel Leblond, et son collègue Pascal Cloutier, du Local 85 Unifor, qui regroupe les travailleurs de la papeterie Dolbeau, jugent que des gestes courageux sont maintenant nécessaires de la part des politiciens pour sauver l'industrie régionale du bois et des pâtes et papiers. 

Nombreux problèmes

Au cours d'une entrevue accordée au Quotidien, les deux syndicalistes ont fait le tour des grands problèmes qui se dressent aujourd'hui devant l'industrie qui risque de ne pas avoir la capacité de les surmonter.

« Nous avons rencontré le premier ministre Philippe Couillard il y a une semaine pour lui dresser ce tableau et lui demander des gestes concrets à court terme pour nous aider. Même si nous travaillons dans des usines de Résolu, il faut voir notre intervention comme une démarche qui vise toute l'industrie forestière régionale sans exception. C'est notre structure industrielle qui est menacée, de la récolte forestière à la production de papier en passant par les scieries. La menace est sérieuse et pèse sur tout le monde », précisent les deux leaders syndicaux.

Québec et Ottawa

Les éléments identifiés par les travailleurs, lesquels vont peser lourdement dans l'avenir de l'industrie dans les prochains mois, relèvent des deux paliers de gouvernement: l'imposition d'une surtaxe de 17 % du gouvernement américain sur le papier surcalendré canadien, la négociation de l'accord canado-américain sur le libre-échange, la certification forestière, les ententes avec les nations autochtones (les Cris de Waswanipi) et les menaces à peine voilées de Greenpeace de s'en prendre aux clients de l'industrie forestière québécoise et canadienne.

« Depuis que les Américains ont imposé une surtaxe sur le papier surcalendré provenant du Canada (Dolbeau et Kénogami pour la région), il ne s'est rien passé au niveau gouvernemental pour contester la décision. La surtaxe de 17 % va coûter 30 M$ par année à nos deux usines de la région. C'est vrai que l'on a de bonnes chances de gagner la cause et de démontrer que les usines de papier, contrairement à la Nouvelle-Écosse, ne sont pas subventionnées. Mais est-ce que ces deux usines vont survivre pendant cinq ans avec une telle hypothèque », insiste Pascal Cloutier.

Réaction requise

Les syndicats exigent des gouvernements canadien et québécois une plus vive réaction face à cette décision du Département américain du commerce qui ne tient pas la route, selon leur interprétation de la situation. Daniel Leblond croit que tous les députés de la région, qu'ils siègent à Québec ou Ottawa, doivent créer un front commun pour défendre l'industrie avant qu'il ne soit trop tard.

Les deux leaders syndicaux ont tenté d'obtenir une rencontre avec le député libéral fédéral Denis Lemieux pour les sensibiliser au protectionnisme américain face à l'industrie forestière canadienne. Ils espèrent que leur appel sera entendu et que la délégation fédérale qui participera à la visite du premier ministre Justin Trudeau aux États-Unis pourra jeter les bases d'une discussion sur ce problème qui menace la région plus que jamais.

Surtaxe

La surtaxe sur le papier n'est que l'un des enjeux à mettre sur la table avec les Américains. Les syndicats sont inquiets de la ronde de négociation sur le bois d'oeuvre résineux canadien qui doit mener à une nouvelle entente. Selon Daniel Leblond, l'industrie québécoise ne peut plus se permettre de remettre 1 G$ aux Américains pour avoir le droit d'exporter du bois. Pendant qu'elle verse des surtaxes, reprend Daniel Leblond, l'industrie québécoise du sciage n'a pas cet argent pour renouveler et moderniser ses équipements de production.

« Si on combine le risque de fermetures de machines à papier en raison de la surtaxe et l'imposition d'une autre taxe sur le bois d'oeuvre, on arrive à un gros problème pour les usines de sciage. Nous sommes maintenant obligés d'exporter des copeaux en Turquie. Si les gens ne savent pas ce que ça veut dire, on a un vrai problème et on risque de perdre encore deux ou trois scieries dans la région. »

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Le président du local 1495 Unifor de la scierie Mistassini, Daniel Leblond.

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Québec doit prendre les devants

Le regroupement des deux syndicats Unifor qui représentent les travailleurs des usines de pâtes et papier ainsi que ceux de la forêt exigent de Québec un plan de communication pour appuyer une vaste campagne de valorisation du régime forestier québécois, lequel doit toujours affronter les critiques de l'époque de L'Erreur boréale.

«Le gouvernement du Québec a investi 1 G$ dans Bombardier. Nous sommes favorables à un tel investissement pour sauver des emplois de qualité. On a demandé au premier ministre du Québec de dégager des fonds, et beaucoup d'argent si c'est ce qu'il faut, pour défendre notre régime forestier. Si nous avons le meilleur régime au monde, il ne faut pas se gêner pour le dire haut et fort», insiste Pascal Cloutier.

Encore la semaine dernière, ajoute Daniel Leblond, le Journal de Québec publiait un article sur la «déforestation» au Québec. Pour les travailleurs, le gouvernement doit prendre les devants et expliquer aux citoyens que le discours de Greenpeace n'est qu'un tissu de mensonges qui est loin de la réalité actuelle de l'exploitation forestière.

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Le président du Local 85 Unifor, qui regroupe les travailleurs de la papeterie Dolbeau, Pascal Cloutier.

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Demande démesurée des Cris

Lors de cette rencontre avec le premier ministre, les représentants syndicaux ont fait ressortir la dimension démesurée des terres protégées accordées aux Cris de Waswanipi où il n'y aura jamais d'activité économique ou de récolte.

À partir des chiffres officiels annoncés, les Cris de Waswanipi ont obtenu la protection de 9134 kilomètres carrés, soit cinq kilomètres carrés pour chacune des 1868 personnes habitant dans cette communauté.

Il se trouve, selon les syndicats, que ces demandes des Cris, qui réclament encore 4000 kilomètres carrés additionnels, ont un impact direct sur la possibilité forestière. Il s'agit de la superficie correspondant à une aire protégée réclamée par Greenpeace depuis des années sur ce territoire.

Crise de confiance envers la norme FSC

Les syndicats du secteur forestier affiliés à Unifor au Lac-Saint-Jean jugent que l'organisme de certification Forest Stewardship Council (FSC) n'a plus la confiance des travailleurs et doit tout simplement être abandonné par les entreprises.

Les deux présidents soutiennent que ce manque de confiance découle des événements survenus au cours des derniers mois et qui ont démontré que FSC ne pouvait assurer l'application d'une norme de façon indépendante.

Aujourd'hui, le gouvernement doit, selon les représentants syndicaux, faire savoir à l'organisme de certification qu'il est le seul et unique patron de la forêt québécoise.

Nomination dénoncée

Les syndicats ont dénoncé la nomination de Suzanne Méthot à la tête du COMEX, un organisme consultatif qui doit arbitrer les litiges dans le Nord-du-Québec.

Les syndicats rappellent que Mme Méthot ne possède pas l'impartialité nécessaire pour assumer cette fonction. Ils ont rappelé ses prises de position drastiques pour la protection du caribou forestier, la protection de 50% du territoire du Plan Nord et la création d'une aire protégée de 13 000 kilomètres carrés dans la vallée de la Broadback.

Les syndicats mentionnent un document dans lequel Mme Méthot indiquait qu'en matière de forêts boréales, «il faudra faire un peu de pédagogie avec M. Couillard».

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La députée néodémocrate de Jonquière, Karine Trudel.

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Sensibiliser les Américains

La députée néo-démocrate de Jonquière, Karine Trudel, a profité de la période des questions aux Communes pour inviter le gouvernement libéral à évoquer le dossier du bois d'oeuvre canadien dans la liste des priorités du premier ministre Justin Trudeau dans le cadre de sa visite à Washington.

«On ne rencontre pas le président des États-Unis tous les jours. M. Trudeau a le devoir de mettre de l'avant le dossier de l'accord sur le bois d'oeuvre pendant qu'il est à Washington. C'est une fenêtre d'opportunité à ne pas manquer pour défendre une industrie centrale dans la région.» 

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