Pas de chômage pour les syndics

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En cas d'insolvabilité, une personne a deux choix: déclarer faillite ou proposer un engagement à ses créanciers.

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Avec une hausse notable des dossiers d'insolvabilité dans la région en raison de dettes devenues trop lourdes à gérer, les syndics de faillite ne manquent pas de travail et guident de plus en plus d'infortunés vers la proposition de consommateur.

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Le syndic de faillite Éric Morin, de la firme Raymond Chabot, règle des dossiers partout dans la région.

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« Le taux d'insolvabilité des consommateurs a augmenté de 9 % en 2015 au Saguenay-Lac-Saint-Jean, alors qu'au Québec la hausse est d'environ 5 % », décrit le syndic Éric Morin, qui opère partout dans la région pour la firme Raymond-Chabot, en se basant sur les statistiques du Bureau du surintendant des faillites du Canada.

Lorsqu'une personne n'arrive plus à rembourser ses dettes et devient insolvable, deux choix s'offrent à elle : déclarer faillite ou proposer un redressement à ses créanciers. Si le taux pour la première solution a diminué, le second a cru de 37 %, poursuit M. Morin, peut-être parce que cette option est moins tabou et que les gens réalisent se trouver dans « l'engrenage » de l'endettement plus rapidement.

Dans une proposition de consommateur, le débiteur peut consolider ses dettes non garanties, ce qui exclut notamment la résidence familiale ou la voiture louée, et débourser selon ses capacités un seul montant mensuel, durant l'entente d'un maximum de cinq ans, pour tous les créanciers. Ceux-ci peuvent ainsi récupérer plus d'argent à long terme que si le consommateur avait fait faillite, et ce dernier peut conserver ses actifs.

« Pour que l'offre aux créanciers soit acceptée, il faut que la personne ait un certain revenu et soit capable de dégager une somme chaque mois, sinon il ne sera pas possible de négocier un arrangement », nuance le professionnel de l'insolvabilité. Pour trouver la meilleure solution, un portrait des revenus, des dépenses, des actifs et des passifs est dressé.

Chez Roy, Métivier, Roberge, dont le bureau est situé à Jonquière, le niveau d'endettement élevé se fait aussi sentir. « Le nombre de dossiers que nous traitons a augmenté de 10 % facilement », confie le conseiller en redressement financier François Cauchon.

« Souvent, les gens consomment correctement, mais un évènement provoque une diminution des revenus ou une augmentation des dépenses. Une séparation, une perte d'emploi, un décès, une naissance ou une peine d'emprisonnement peuvent tout faire basculer », explique le syndic.

Éric Morin pointe en plus la société de consommation. « Les habitudes par rapport aux dépenses amènent les gens à être insolvables. Oui, une perte d'emploi va inciter la personne à consulter, mais ce n'est pas parce qu'elle n'a plus de travail qu'elle a accumulé des milliers de dollars de dettes tout d'un coup. Elle aurait fini par faire faillite ou devoir prendre un arrangement avec ses créanciers quelque temps plus tard. »

Selon les deux professionnels, ce n'est pas le lendemain d'une fermeture d'entreprise, même si elles ont été nombreuses dans la région dans les dernières années, que l'endettement va se faire sentir. C'est plutôt la faute du ralentissement économique. Les secteurs du commerce au détail et de la restauration sont affaiblis, et avec la conclusion des grands chantiers de construction, il n'y a plus d'important projet rassembleur, par exemple le Plan Nord. « C'est plus tard, soit maintenant, qu'on le sent », souligne M. Morin. « On est pas mal dans un pic », confirme M. Cauchon.

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Le cercle vicieux de l'endettement

Signe que l'endettement augmente au sein de la population régionale, les interventions liées à cette problématique sont en hausse graduelle chaque année au Service budgétaire Lac-Saint-Jean-Est.

«En 2015, 41% des cas concernaient des difficultés financières avec les créanciers, alors que c'était 35% l'année précédente», note l'intervenante Marie-France Gagnon, qui travaille pour l'organisme basé à Alma. Le service est gratuit et confidentiel.

Le réaménagement budgétaire est prôné et fonctionne pour la majorité des situations. «On regarde quelles sont les dettes à payer, qu'est-ce qui est possible de faire avec les revenus et quels sont les besoins de base. Certains ne sont pas capables de les combler, leur remboursement mensuel à réaliser dépasse jusqu'à 40% de leurs revenus. Quand ils ne sont plus capables de fonctionner dans la vie quotidienne, on les oriente vers un syndic de faillite.»

Les membres de cette profession tiennent aussi un rôle d'éducation et de conscientisation auprès de leurs clients. «On le répète, le budget c'est la base, soutient Éric Morin de la firme Raymond Chabot. On a montré dans un sondage l'an dernier que trois personnes sur quatre tenaient un budget, mais que seulement une personne sur quatre parmi ces dernières le suivait... Sans ça, on ne peut pas évaluer notre capacité à rembourser, et le déficit est pire chaque mois.»

«On essaie de leur redonner la notion de ce qui est essentiel lors d'un achat. Plusieurs utilisent énormément leur carte de crédit et ne sont pas conscients qu'ils vont payer le bien au final une fois et demie, voir deux fois son prix initial. Pour respecter l'arrangement avec les créanciers, ça prend un budget», explique François Cauchon, chez Roy, Métivier, Roberge.

Il faut s'asseoir et réfléchir avant un achat important, résume Mme Gagnon. Si les personnes qui venaient consulter l'organisme auparavant étaient souvent sans revenu, prestataires de l'aide sociale ou en difficulté financière durant un retour aux études par exemple, maintenant, la moitié sont des travailleurs.

«Il y a autant des jeunes que des quadragénaires ou des personnes âgées. J'ai rencontré un homme récemment, qui n'aurait jamais pensé faire faillite à 70 ans, mais il s'est retrouvé dans le cercle vicieux de l'endettement», confie celle qui préfèrerait se concentrer sur «des mesures préventives plutôt que curatives».

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Le taux d'endettement des Québécois a atteint 146 % en 2014.

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En région, l'emploi est une variable clé

Même si le niveau d'endettement des ménages québécois a atteint un sommet, il demeure raisonnable, selon l'économiste principale chez Desjardins, Hélène Bégin, qui admet toutefois qu'une région peut être plus vulnérable lorsqu'elle est touchée par des pertes d'emplois comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean.

« Les régions éloignées sont favorisées par le prix des maisons qui est plus bas qu'ailleurs. Les dettes hypothécaires sont donc plus faibles. L'emploi reste une variable clé. Lorsque l'industrie est moins présente, ça entraîne des difficultés plus fortes. En 2015, la durée moyenne de chômage est passée à près de six mois au Québec. Quand on a des paiements à faire chaque mois, c'est long », explique-t-elle.

Dans la province, le taux d'endettement a atteint 146 % en 2014, selon les calculs des Études économiques de Desjardins. Il reste inférieur à celui du Canada, qui dépasse 160 %. Ce ratio des emprunts par rapport aux revenus n'est cependant pas représentatif, puisque les dettes hypothécaires gonflées s'échelonnent sur plusieurs années et que les taux d'intérêt sont faibles. Étant donné la complexité des données, il est impossible d'obtenir des chiffres particulièrement pour la région.

« Le risque à moyen terme, c'est que les taux d'intérêt augmentent, ce qui va probablement arriver en 2017, poursuit Mme Bégin. Comme le taux d'épargne est aussi très faible au Québec, le coussin financier n'est pas suffisant aussitôt qu'un pépin se présente. »

L'économiste rappelle que seulement 5 % de la population est très endettée et qu'environ 30 % des gens n'ont plus de dettes, principalement des personnes aînées qui ont terminé leur remboursement. En calculant le ratio dettes/actifs, on peut voir que 85 % des Québécois se trouvent dans la zone de sécurité financière.

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