L'économie régionale, comme en 1930

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Les grands paramètres de l'économie régionale sont exactement les mêmes que ceux qui existaient au lendemain de la Grande Dépression de 1930 alors que les industries du bois et du papier s'effondraient pendant que le secteur de l'aluminium tournait au ralenti avec, en prime, des investissements publics anémiques.

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Marc-Urbain Proulx, professeur d'économie à l'Université du Québec à Chicoutimi

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Ce constat particulièrement sombre est celui du professeur d'économie Marc-Urbain Proulx, de l'Université du Québec à Chicoutimi. Il ne s'étonne donc pas des révélations d'entrepreneurs colligées par Le Quotidien sur la faiblesse des perspectives d'investissements publics et privés qui permettraient de secouer la torpeur actuelle.

«C'est bien documenté sur le plan historique. Au lendemain de la dépression, les gouvernements n'investissaient pas dans les infrastructures et toute l'industrie du bois était hypothéquée par la crise. L'aluminium avait vu ses premières alumineries, mais il a fallu l'effort de guerre de 1942 pour la reprise des investissements. Il s'agit du même phénomène que nous connaissons aujourd'hui», plaide l'économiste.

La région a poursuivi sur sa lancée avec le développement de l'industrie manufacturière pendant les Trente Glorieuses après la Guerre et jusqu'à la fin des années 1970. «Nous avons connu une autre période économique difficile au début des années 1980. On se souviendra que pendant cette période, les investissements publics ont permis de compenser le ralentissement et les grands joueurs de l'économie régionale procédaient à des investissements comme à l'aluminerie de La Baie», rappelle le professeur.

Aujourd'hui, reprend Marc-Urbain Proulx, l'investissement public est en décroissance alors que la grande entreprise procède principalement à de la rationalisation sans espoir de voir grimper les effectifs des usines qui, au contraire, ne font que décroître avec la modernisation.

«On ne peut pas fermer la porte à nos deux grands secteurs, mais ce ne seront plus les piliers de notre économie. Quant à la transformation de l'aluminium, on en a assez parlé. Si l'état n'est pas capable de contraindre les producteurs à transformer ici comme ce fut le cas au début du siècle avec la loi fédérale sur l'obligation de produire du papier, qu'on passe à autre chose. Avec la fermeture de Novalis, la transformation régionale d'aluminium a reculé. C'est simple.»

Une analyse pointue des performances économiques des régions du Québec démontre, selon Marc-Urbain Proulx, que l'économie régionale a «décroché» de la tendance générale québécoise en 2008. Depuis, notre économie tourne beaucoup moins vite que celle des autres régions du Québec.

Plusieurs voient dans la relance de l'industrie minière une planche de salut. Marc-Urbain Proulx dégonfle la baloune en quelques secondes. Il rappelle qu'au plus fort du dernier «petit boom minier» du Québec, qui n'a duré que quelques années, ce secteur n'avait contribué que pour 1,7% de la création d'emploi. «Réjean Girard le dit bien dans Le Quotidien, il n'y a pas beaucoup de projets. Il sera difficile de relancer les projets avec l'état actuel de l'économie chinoise et ce n'est pas demain que ça va changer. On a accusé le gouvernement de Mme [Pauline] Marois de faire peur aux entreprises minières, la situation est encore pire qu'il y a deux ans.»

À ce paysage assez sombre, Marc-Urbian Proulx ajoute la centralisation des services publics qui se traduit par l'effritement des emplois de qualité (75 postes de cadres dans le réseau de la santé, 170 employés de bureau chez Hydro-Québec et une centaine de fonctionnaires dans les ministères), qui amplifie l'effet de crise.

«Quand vous additionnez tous ces éléments, vous vous retrouvez avec moins d'argent dans le système et un jour ou l'autre, ce sont les autres secteurs qui écopent comme c'est le cas avec le commerce au détail en ce moment», explique le professeur.

Vers une «classe ouvrière intermédiaire»

Marc-Urbain Proulx est conscient que sa vision d'avenir risque de lui attirer des foudres, mais il croit que la région est aujourd'hui confrontée à l'obligation de s'ouvrir à une économie qui va créer une «classe ouvrière intermédiaire» avec des conditions de travail inférieures à celles qui ont prévalu dans l'industrie manufacturière.

La région ne pourra plus repousser l'échéance, selon le professeur. L'économie régionale devra passer par une phase de transition qui conservera ses deux pôles industriels en déclin et une nouvelle économie semblable à celle qui a permis à toute la grande couronne de Montréal de se développer au cours des dernières années.

«Dans la région, on oublie souvent CGI. Ce sont des centaines d'emplois que nous avons récupérés qui proviennent en partie, et c'est vrai, de la grande entreprise, et qui permettent aux gens d'avoir des salaires de 20$ de l'heure. C'est ce que nous devons considérer à l'avenir», insiste l'économiste.

La région ne sera pas la première à vivre une telle mutation dans le monde. L'Europe a connu son lot de mutations et les plus importantes remontent à la fermeture des mines de charbon en France. Ces fermetures ont mené à des transformations radicales des économies avec la disparition de milliers d'emplois dans ce secteur spécifique.

«Ces transformations nécessitent habituellement deux générations. C'est le temps qu'il faut pour parvenir à faire un changement aussi important. D'autres régions devront aussi le faire, principalement celles qui ont vécu de l'aluminium et de la forêt.»

Pour y parvenir, enchaîne le professeur, les leaders régionaux devront se mettre sérieusement à la recherche d'alternatives pour générer une nouvelle activité économique. Il croit que ce mouvement doit s'orchestrer avec la participation de tous les acteurs de la société et non être uniquement l'affaire des fonctionnaires du gouvernement.

La région, en plus de relever le défi de la mutation économique, doit gérer une diminution importante de sa population. Les problèmes économiques risquent d'accentuer cette réalité de telle sorte que les projections des démographes qui faisaient état d'une baisse de 10 à 12% de la population régionale en 2025 ont de fortes chances de se concrétiser.

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