Née dans les bleuets

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France Pettersen et François Gobeil ont complété leur... (Le Progrès, Roger Blackburn)

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France Pettersen et François Gobeil ont complété leur récolte en trois heures.

Le Progrès, Roger Blackburn

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas accroupi dans une « talle » de bleuets. J'en ai cueilli trois livres en une heure et je n'ai pas marché trois pas. C'est l'avantage des bleuetières, on peut faire notre ramasse dans un coin de dix pieds carrés. Ça se ramasse par grappe de cinq à dix bleuets de la poignée, pas de blanc, pas de feuille, juste des pépites d'or bleu, du bonheur sur pieds.

J'avais oublié comment c'est « zen » de cueillir des bleuets, on se concentre sur les petits fruits, ça libère l'esprit, ça sent bon. Le bruit qu'ils font quand ils tombent au fond du panier vide en commençant, le soin qu'on prend pour ne pas trop les « poignasser » et le pied léger qu'on dépose en cherchant une place sur le terrain pour ne rien écraser, des petits détails qui font du bien et qui nous replongent dans notre enfance.

En arrivant à la bleuetière de la Ferme forestière Paul Grenon de Falardeau (pas très loin du zoo), c'est Gisèle Grenon qui nous accueille avec ses cinq enfants qui tournent autour dans les champs. Deux tables à pique-nique et un petit parasol bleu et blanc lui servent de bureau pour peser les bleuets des cueilleurs dont certains ont passé plus de trois ou quatre heures pour faire leur « ramasse ».

« Je suis née dans les bleuets. J'avais neuf ans et je me rappelle que je venais aider mon grand-père à cueillir. Ça fait 28 ans que je suis dans la bleuetière chaque été pour l'autocueillette et la vente de bleuets », raconte celle qui porte un bleuet en pierre autour de son cou.

« Les gens viennent de plus en plus en famille. Il y a des bleuetières qui n'acceptent pas les enfants, c'est sûr que ça pilasse un peu plus, mais je préfère leur apprendre à marcher sur le bout des pieds en regardant où poser les pieds que leur interdire le site », dit-elle. C'est vraiment très agréable de ramasser des bleuets en entendant les cris de joie des enfants qui s'enfilent dans les sifflements du vent, ça rend les bleuets de bonne humeur on dirait.

Pour payer ses études

J'ai rencontré un homme et sa fille qui étaient accroupis depuis quelques heures dans le carreau délimité par des rubans attribué par la bleuetière. « Je ramasse pour le plaisir aujourd'hui, mais il fut un temps où je ramassais pour payer une partie de mes études », me raconte Lucien Privé, médecin à la retraite de Chicoutimi qui aura 90 ans dans un mois.

« Nous sommes des ramasseux, on aime ça et en plus on est minutieux, on cueille tout ce qu'il y a, on ne ramasse pas que les gros », raconte sa fille Fabienne, accroupie à travers les bleuets aux côtés de son père. « Des fois on se rencontre par hasard en train de cueillir dans la bleuetière sans s'être parlé auparavant », confie la dame tout en remplissant son panier.

Lucien Privé se rappelle que dans ses jeunes années, il a déjà cueilli 60 livres de bleuets en une journée. Comme bien des gens de sa génération, la cueillette de petits fruits faisait partie des activités familiales en saison estivale. « À l'époque, nous ramassions des bleuets sauvages en pleine forêt. Mon père faisait du repérage dans des brûlés et amenait toute la famille dans les endroits qu'il avait dénichés. Maintenant que je suis à la retraite, je fréquente les bleuetières, c'est plus facile et ça me permet d'en manger tous les matins dans mes céréales et en plus c'est bon pour la santé », de dire l'ancien médecin.

De l'or bleu

La bleuetière de la ferme forestière Grenon est située au pied des monts Valin et offre un magnifique décor. « Cette année c'est une saison ordinaire comparativement à l'an passé. Il a plu beaucoup pendant la fleuraison et les abeilles étaient moins actives, mais il y en a quand même suffisamment pour le plaisir des cueilleurs », indique Gisèle Grenon, qui va reconduire les cueilleurs dans un secteur déterminé. « On détermine un secteur en fonction de la densité et on demande aux cueilleurs de respecter les limites. C'est une méthode que mon grand-père avait élaborée à l'époque où il n'y avait pas d'engin mécanique pour la cueillette », explique la dame aux bleuets.

Je vais continuer à acheter des bleuets dans les kiosques sur le bord de la route, mais je me fais la promesse de retourner au champ au moins une fois ou deux par année, ça fait du bien à l'âme de cueillir nous même.

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