Elle conduit encore à 90 ans

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Jeanet Tremblé, une résidente de la Villa Saguenay,... (Photo Le Progrès, Rocket Lavoie)

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Jeanet Tremblé, une résidente de la Villa Saguenay, est toujours au volant de sa voiture malgré ses 90 ans. Pas de lunette, pas de tremblement, s'il y a une souris sur la chaussée, elle est capable de la voir, jure-t-elle. Une femme qui n'a pas d'âge.

Photo Le Progrès, Rocket Lavoie

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / La madame arrive au journal, elle a 90 ans et réside à la Villa Saguenay. « J'aimerais ça vous rencontrer, monsieur le journaliste. J'ai peint des tableaux et je les vends 20 $ au profit de la Maison Notre-Dame. Je voudrais qu'on en parle dans le journal. Je suis venu pour prendre rendez-vous, je ne pensais pas vous voir aujourd'hui », me dit-elle dans le hall d'entrée du journal avec sa fière allure, le dos bien droit et l'oeil espiègle, une belle qualité encore à cet âge.

Elle revient la semaine suivante, bien arrangée comme elle dit, le photographe est là pour une séance de photos. Il pleuvait, je lui demande qui l'a conduite à notre rendez-vous? Si vous aviez vu ses yeux et le petit mouvement de recul de ses épaules. « Comment ça, qui m'a conduit ? J'ai ma voiture vous savez », me lance Jeanet Tremblé, comme si c'était normal.

« Je vois encore très bien, s'il y a une souris sur la rue, je la vois mon cher monsieur. Sa voix s'adoucit et elle continue : je n'ai pas besoin de lunette, je ne tremble même pas, je n'ai jamais eu d'accident. Je l'avais remisé pour l'hiver et je me demandais si je serais encore capable ce printemps. Ç'a été merveilleux, comme si j'avais conduit la veille. Je fais attention aux stops, aux coins des rues, les policiers sont souvent là. Je m'occupe de mes affaires, les immatriculations, le permis de conduire, les assurances, j'ai tout ça dans un dossier dans mon classeur », me raconte la dame qui conduit une Ford Focus 2006. Elle renouvelle son permis aux deux ans sans problème. « Vous savez, il y a deux personnes en nous au volant ; une qui surveille et une qui conduit. Je prends ma place et, s'il faut que je prenne mon trou dans le trafic je le fais et je laisse aussi passer les autres. »

« Elle est blanche, c'est une belle voiture, quand il y a une grafigne je l'arrange avec de la peinture, elle est comme neuve. J'adore faire ça, je suis travaillante, vous savez, je suis dynamique et sûr de moi. Des fois, on dirait que je n'ai pas d'âge, la mort je lui dis merde », lance la dame avec un signe de renvoi avec sa main.

Jeanet Tremblé fait de la peinture pour occuper... (Photo Le Progrès, Rocket Lavoie) - image 2.0

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Jeanet Tremblé fait de la peinture pour occuper son temps. Ces toiles ont été vendues au profit de la Maison Notre-Dame.

Photo Le Progrès, Rocket Lavoie

Occuper son temps

Madame Jeanet fait de la peinture pour occuper son temps. « L'an passé, j'ai écrit un livre de pensées et de poèmes, je joue de la musique à bouche et du piano. Des fois, j'aurais besoin d'une autre Jeanet pour tout faire ce que j'ai à faire. Je fais aussi de la couture, j'en ai fait toute ma vie, pour les autres, des bas de pantalons et des vêtements pour mes enfants. J'ai été ménagère toute ma vie, j'ai huit enfants, je vous l'ai dit ? Six garçons et deux filles. Je n'ai pas peur de ça des garçons, je les ai élevés comme mes filles et tous partageaient les tâches ménagères », dit-elle en précisant qu'il ne faut pas avoir peur de prendre sa place dans la vie.

Jeannet est bien fière de ses enfants. « Ils ont tous un bon travail, la plus vieille a 67 ans et j'ai même une fille qui fait de la politique », dit-elle, sourire en coin, laissant planer le silence. Qui fait de la politique ? que je lui demande alors qu'elle venait de piquer ma curiosité. « Mireille », confie-t-elle avec un brin de fierté accroché au coin de l'oeil en référence à la députée de Chicoutimi à l'Assemblée nationale.

Elle a donc sept peintures de vendues sur une douzaine. « Je ne copie pas, je n'ai pas besoin de photo, j'ai tout ça dans ma tête, sauf pour les oiseaux, là j'ai besoin d'une image », précise la dame qui fait honneur à sa chevelure blanche.

Jeanet a vécu sa vie loin de la religion, ce qui est tout de même assez rare pour une nonagénaire québécoise qui a traversé la grande noirceur. « Je sais déjà quelle robe je vais porter à ma mort. Je ne vais pas à la messe, je ne mets pas les pieds dans une chapelle. Les gens autour de moi sont scandalisés quand je leur dis que Dieu, c'est juste de la vapeur. Avant que le Christ arrive sur terre, il se passait des choses ici-bas. Moi, ce qui m'inspire, c'est nous et le gros bon sens », lance Jeanet qui s'était mise belle pour le photographe. Il lui reste encore quelques peintures à vendre. Si vous la rencontrez, faites-lui plaisir, achetez-lui-en une, elle sera contente et ça sera pour la Maison Notre-Dame.

Et la Smelting

Quelques-uns d'entre vous ont réagi au texte sur la Cartonnerie de Jonquière publié mercredi. Le côté historien du député Sylvain Gaudreault n'est jamais loin et il m'a donné l'explication de l'origine du nom Smelting. Merci aussi à Joseph Boily et Eugène Tremblay pour l'information.

« Le nom "Smelting" découle du nom de la compagnie qui a acheté le site de la Pulperie dans les années 1950 pour construire une usine de raffinement de métaux qui n'a jamais vu le jour. C'est la Smelting qui a construit la centrale électrique et la cheminée d'équilibre derrière. Ce sont les seuls équipements construits par la Smelting qui ont été utilisés et qui fonctionnent encore de nos jours. 

C'est aussi la Smelting qui a construit le grand mur de soutènement qui longeait le bâtiment 1921 et qui a été détruit dans les années 80 pour aménager le site touristique. L'artiste Richard Langevin a conservé une partie de ce mur pour faire sa sculpture hommage aux travailleurs, devant l'édifice 1921. 

Enfin, c'est aussi la Smelting qui a construit le "tracel" à l'entrée du site. Cette structure n'a jamais servi, contrairement à ce que disent bien des gens qui jurent avoir vu passer des trains là-dessus. C'est absolument impossible... Le projet de la Smelting a été abandonné à la fin des années 50. Voilà la précision de notre passionné d'histoire et député de Jonquière, Sylvain Gaudreault.

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