Quand tout le monde s'y met

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La maman de Léonie, Karen Desbiens, Léonie Larocque... (Photo Le Progrès, Michel Tremblay)

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La maman de Léonie, Karen Desbiens, Léonie Larocque et Sabrina Gilbert, technicienne en éducation spécialisée de l'École secondaire des Grandes-Marées de La Baie.

Photo Le Progrès, Michel Tremblay

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Léonie a 14 ans et elle vient de terminer son secondaire II avec succès à l'école polyvalente de La Baie. Elle veut devenir architecte. Pour la première fois de sa vie, elle a vécu une belle année scolaire, alors que son parcours de vie a été semé d'embûches. Pour vous donner une idée, elle a été expulsée de la garderie dès son jeune âge parce que, comme aurait dit ma vieille mère, elle n'était pas de service.

« Léonie a commencé à marcher et ç'a été compliqué », explique sa mère, Karen Desbiens, en partageant un sourire complice avec sa fille et la technicienne en éducation spécialisée, Sabrina Gilbert, dans un petit local de l'École secondaire des Grandes-Marées, où je les ai rencontrées mercredi.

Léonie souffre d'un trouble d'attention avec hyperactivité (TDAH) et de trouble obsessionnel. « En première année du primaire, il y avait un jeune garçon qui faisait des crises régulièrement et qui se faisait expulser de la classe. Ma fille, qui ne voulait pas être en classe, avait trouvé le truc de se faire expulser en faisant elle aussi des crises », raconte sa mère qui a été monoparentale durant une période et en couple avec un conjoint de fait plus tard dans sa vie.

Diagnostic de TDAH

Le comportement difficile de Léonie l'a menée au CLSC pour recevoir un diagnostic de TDAH. 

« Les médicaments ont aidé, mais elle avait encore un comportement perturbateur. La petite avait des comportements violents. Elle est retournée vivre chez son père qui n'a pas voulu qu'elle retourne vivre chez moi jusqu'à ce qu'il se sépare de sa conjointe », une période très difficile, convient sa mère.

« Laisse maman, je vais raconter ma 6e année, c'est la pire », s'impose la jeune Léonie, qui sourit facilement. « Je n'aimais pas beaucoup mon prof, elle me collait trop. J'ai fait une crise de trop et j'ai claqué la porte un peu trop fort. Elle n'a pas voulu me reprendre dans sa classe et je me suis retrouvée à l'école Médéric-Gravel. Là non plus, ça n'a pas marché », raconte Léonie qui accepte de parler de ce passé avec recul en toute franchise. 

« Un moment donné, j'ai explosé. Tout ce que je gardais en dedans de moi depuis des années est sorti comme un volcan qui explose et j'ai dû rencontrer un pédopsychiatre. À un autre moment, j'ai pété une crise à la maison et ma mère a appelé l'ambulance et j'ai passé trois jours en pédopsychiatrie à l'hôpital. C'est drôle, mais là je me sentais bien, ça me faisait du bien », raconte Léonie avec son petit air moqueur.

« Je me suis ensuite retrouvée à SOS jeunesse pendant trois mois, mais je n'aimais pas ça. Encore une fois, j'ai poussé le bouchon plus loin pour me faire expulser de l'école. Je n'aimais pas le genre de filles qui étaient là ; elles se maquillaient et bitchaient sans cesse. Je me suis ensuite retrouvée au Centre jeunesse de Roberval, où ils m'ont envoyé pour me sortir de mon milieu », explique la jeune fille.

« Là aussi je trouvais ça plate. J'ai tenté de pousser le bouchon encore plus loin pour qu'on s'occupe de moi, mais cette fois ça n'a pas marché, ils m'ont enfermé en isolement. Là, j'ai compris que si je voulais sortir d'ici, je devais changer mon comportement. Quand je pétais ma coche, ils me disaient : "Si tu continues à être comme ça, on va devoir te garder encore trois mois". Je me suis rendu compte que je ne pouvais pas aller plus loin et que ce n'était pas avec des crises que j'allais m'en sortir », raconte celle qui semble maintenant en paix avec la vie.

Dehors de l'école

« Je dois vous dire que quand Léonie faisait des crises c'était hot, ça ne finissait plus », assure sa mère qui a soutenu sa fille durant toutes ces années. Pendant une période de convalescence de sa mère pour un pneumothorax, Léonie a été placée dans une maison d'accueil. « Madame Lyne était très gentille », se rappelle la jeune fille qui a découvert un milieu de vie plus encadré et plus strict, ce qui lui a fait apprécier la vie avec sa mère.

« Quand je suis arrivée en secondaire I, en général, je capotais. Il y avait trop de monde ; ça parlait beaucoup, je faisais seulement niaiser avec des copains. Ils m'ont mis dehors de l'école », se rappelle Léonie.

« On ne savait plus où l'envoyer. Elle a fait aussi un détour par la Maison de l'espoir (organisme communautaire qui vise la transition et la réinsertion familiale et/ou sociale d'adolescents en difficulté), nous étions à bout de ressource », confesse Karen Desbiens, qui a toujours entouré sa fille d'amour malgré les difficultés.

« Nous avons établi un plan de match à son retour de la Maison de l'espoir et on a pris la décision de l'intégrer dans un groupe à effectifs réduits à la polyvalente des Grandes-Marées », précise sa mère. Il s'agit d'une classe de seulement 20 élèves avec un prof spécialisé en adaptation scolaire.

«Je t'aime beaucoup, madame Sab»

Arrivée aux Grandes-Marées, Léonie tente de répéter le même stratagème.

« Je voulais continuer à niaiser avec les autres élèves quand je suis arrivée dans la classe d'adaptation scolaire, mais personne ne voulait niaiser avec moi. Ils étaient un peu plus vieux que moi et ils étaient intéressés à ce qui se passait en classe. J'ai dû changer mes habitudes et je pense que je commençais à maturer aussi », ose-t-elle insinuer.

« Dans les groupes à effectifs réduits, les professeurs spécialisés adaptent leur enseignement aux élèves et multiplient les interventions individuelles », précise Sabrina Gilbert, technicienne en éducation spécialisée qui a fait la connaissance de Léonie en début d'année.

« Quand j'ai vu qu'elle voulait niaiser je me suis dit : "C'est un jeu qui se joue à deux". Je l'ai prise sous mon aile et je l'ai suivie tous les jours. J'ai appris à la connaître et je pouvais prévoir d'avance quand elle était sur le point d'exploser », raconte Sabrina Gilbert, qui parle de Léonie comme de sa victoire personnelle au plan professionnel.

« Je t'aime beaucoup, madame Sab », lui dit Léonie à ce moment de l'entrevue, alors qu'un silence s'installe et que les yeux de tout le monde s'humectent.

« Avec plus de capuche » 

« Je pouvais compter sur ma prof madame Audrey ; je l'aime tellement, une femme pleine d'humanité. Il y avait madame Sab qui me rencontrait le plus souvent possible pour m'encourager, il y avait aussi madame Nadia, la psychologue du CLSC qui m'a beaucoup aidée », fait valoir la jeune fille prête à s'épanouir.

« À la fin de mes rencontres avec madame Nadia, elle me dit : "Je me rappelle de toi au début, tu es arrivée ici dans le coin du bureau avec ta capuche sur la tête et tes manches longues par-dessus tes mains. Là, aujourd'hui, je te vois devant moi avec plus de capuche et tes manches relevées, je suis si contente" », raconte Léonie avec un peu de fierté et beaucoup d'amour.

« Je me suis sentie aimée ici. Je savais que même si je pétais ma coche, ces gens-là n'allaient pas me mettre à la porte de l'école et qu'ils allaient continuer de m'aimer, qu'ils allaient me ramasser après. Sachant ça, je n'avais pas envie de "botcher" mes devoirs. Je veux devenir architecte et je vais travailler pour y arriver », affirme celle que le milieu scolaire de l'école les Grandes-Marées a réussi à faire émerger.

La jeune fille vient de terminer son secondaire II avec de bonnes notes et de bons amis. « C'est sûr que les médicaments m'aident beaucoup, sinon je serais toujours collée au plafond, mais je sais maintenant que quand les gens apprennent à me connaître ils m'aiment beaucoup. Si on ne prend pas la peine de me connaître, c'est sûr qu'on va me trouver bizarre », dit-elle.

Après toutes ces embûches qui ont marqué sa vie, Léonie assure qu'elle ne changerait pas de parcours si elle pouvait recommencer sa vie. « Je suis contente d'avoir eu cette vie-là, il fallait que je passe par là pour être ce que je suis maintenant », dit-elle sans hésitation en répondant à la question du chroniqueur.

« Je souhaite aux jeunes qui vivent des difficultés d'avoir une madame Sab, une madame Audrey, une madame Nadia et une maman comme la mienne pour les aider », dit-elle avec émotion. Pour ce qui est du secondaire III général qui s'en vient à l'automne, Léoonie croit qu'elle va s'adapter. « J'aime ça être dans ma bulle, mais il faut que je suive le cours. Je me dis que si j'ai réussi à passer à travers tout ce qui m'est arrivé, je devrais passer à travers le sec III », conclut la jeune fille qui a bien voulu témoigner de son expérience pour donner un peu d'espoir à ceux qui souffrent de troubles divers.

C'est Fred Pellerin qui dit que ça prend un village pour élever un enfant, il en va de même dans le milieu scolaire. Il faut que tout le monde s'y mette pour aider les bourgeons tardifs à fleurir.

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