L'eau et l'inquiétude montent

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
À Saint-Gédéon les citoyens s'entraident alors que la... (Photo Le Progrès, Roger Blackburn)

Agrandir

À Saint-Gédéon les citoyens s'entraident alors que la municipalité livre des sacs de sables aux résidants.

Photo Le Progrès, Roger Blackburn

Roger Blackburn
Le Quotidien

Le pire avec le lac Saint-Jean, c'est que les riverains en ont encore pour une dizaine de jours à tenir le coup avec toute cette eau qui se fait brasser par les vents.

Dimanche, le réservoir devrait atteindre 18 pieds et rester à cette hauteur pendant cinq à six jours. Il faudra encore une dizaine de jours pour redescendre sous la barre des 17,5 pieds. Le lac que vous voyez présentement va être comme ça pendant quelques jours. Les vents d'est, de l'ouest, du nord et du sud ont le temps de souffler de tous bords tous côtés, je pense que ça va brasser.

Ça fait deux jours que c'est le festival des sacs de sable sur les rives du lac Saint-Jean. À Saint-Gédéon, la municipalité livre les sacs sur les terrains des riverains. À Chambord, les propriétaires doivent allez les chercher au garage municipal et ils sont limités à 30 sacs par résidence. Jeudi, la municipalité avait limité la quantité à dix sacs.

« Qu'est-ce que tu veux que je fasse avec dix sacs ? C'est à peine suffisant pour boucher une fenêtre. Saint-Gédéon livre le sable sur les terrains et ici il faut aller les chercher au bout du monde. Il me semble que ça aurait été plus facile si Chambord avait livré des palettes de sacs dans les chemins de chalets. Les gens auraient pris ce dont ils ont besoin », critique Claude Sirois, qui habite sur la pointe de Chambord.

Pour Serge Simard, un voisin du même secteur, c'est d'au moins 150 sacs de sable dont il aurait eu besoin pour protéger sa résidence. Sa maison fait face au nord et Environnement Canada annonçait des vents de 40 km/h. « Je sais qu'on va avoir de l'eau, mais j'essaie de protéger le terrain de l'effet des vagues. Ça va nous rentrer dedans en pleine face. Je me suis fait des sacs de sable, mais je suis seul. J'ai de l'aide de mon voisin, mais il n'y a pas d'armée pour nous aider », m'a-t-il dit jeudi matin, un peu désemparé.

Je suis retourné le voir vendredi matin. La centaine de sacs de sable qu'il avait placés n'ont pas tenu le coup. Le lac est passé par-dessus l'empierrement et les sacs de sable et ce n'est pas fini, ça commence. Il espère juste que sa maison reste au sec.

Il faut se le dire, présentement, le lac menace et brasse les berges. Selon les dernières évaluations, le niveau devrait monter à 18 pieds dimanche. À cette hauteur, ça va mouiller des terrains et endommager des plages, mais avec de grands vents, ça va tout arracher.

Sur les routes autour du lac, on voit des camionnettes et des remorques derrière les véhicules remplis de sacs. Ça se promène dans les chemins de chalet et les gens se mobilisent pour se protéger. Le lac est présentement comme une baignoire pleine à rebord. On sait qu'elle va déborder si on plonge notre bras pour enlever le bouchon.

Les gens s'y préparent depuis une semaine. Tous espèrent qu'ils n'ont pas mis des sacs pour rien, mais savent que notre mer intérieure est capable de se fâcher quand le vent s'en mêle. C'est comme un monstre qui dort. Il en a donné un aperçu dans la nuit de jeudi à vendredi, plusieurs résidants ont entendu le vacarme du ressac des vagues avec des billes de bois qui cognent contre la berge.

Serge Lavoie a bâti sa résidence principale dans la baie du repos, sur le Chemin de la pointe. Une des menaces, pour lui, ce sont les débris qui flottent en surface. « J'ai tiré un arbre de plus de 50 pieds sur la plage. Quand des billots flottent, ils peuvent endommager les quais et les supports à bateau », explique celui qui veille au grain aux abords de son terrain.

Les gens attendent et protègent leur résidence du mieux qu'ils peuvent, mais peu de gens savent à quoi s'attendre. Peu de propriétaires ont déjà vu le lac à 18 pieds. Le lac cause des dommages l'automne, à 16,5 pieds, alors on n'ose imaginer ce qui pourrait se passer à cette hauteur.

« Je n'ai jamais vu ça en 40 ans », me raconte un résidant de Chambord qui connaît bien le lac. La dizaine de résidants à qui j'ai parlé n'ont jamais vu le lac aussi haut, c'est le sujet de conversation.

Nous avons un petit chalet d'été sur le bord du lac à Chambord. Comme mes voisins, je suis allé chercher mes 30 sacs de sable. J'ai fait trois voyages en les plaçant dans le coffre de ma voiture avec les amortisseurs écrasés. J'ai placé les sacs en haut de la descente pour les bateaux, mais honnêtement, je me demande ce que vont pouvoir faire ces petits sacs de sable pour empêcher le lac de déborder, surtout si le vent se met de la partie.

Une visite vendredi matin m'a permis de constater que tout notre terrain est inondé. On craint le vent d'Est qui pourrait faire beaucoup de dommage. Enfin, tant que ce sont les terrains et les berges, c'est peu de problèmes comparativement aux gens de Gatineau et Montréal qui ont vu leur maison noyée.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer