De l'ouvrage pour les vieux travailleurs

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De gauche à droite, Julie Dufresne, de la... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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De gauche à droite, Julie Dufresne, de la plateforme emploiretraite.ca, Hugo Gilbert, d'Intercar, Marie-Josée Morency, présidente de la Chambre de commerce et d'industrie Saguenay-Le Fjord, et Hélène Deschênes, de Nordia, lors du lancement régional du site emploiretraite.ca.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

Roger Blackburn
Le Quotidien

Il y a 10 ans, quand un travailleur de 55 ans perdait son emploi, on se disait qu'il n'avait pratiquement plus de chance de s'en trouver un autre à part de travailler les fins de semaine dans une quincaillerie ou de reconduire les clients du département de service d'un concessionnaire automobile.

L'entrepreneure Julie Dufresne de Chicoutimi vient de lancer une plateforme de recrutement, le site Internet emploiretraite.ca, qui met en lien des employeurs qui cherchent de la main-d'oeuvre pour des besoins temporaires et des travailleurs de 55 ans et plus cherchant un emploi ou des contrats de travail.

« En moins de deux mois, plus de 150 entreprises ont enregistré des demandes et plus de 3000 travailleurs ont rempli un C.V. et offrent leurs services. Il y avait des besoins et des demandes et les gens ne se retrouvaient pas sur les différents sites d'offres et de demandes d'emploi. En ciblant une clientèle de 50 ans et plus, nous offrons aux employeurs des travailleurs expérimentés, disponibles, mobiles qui peuvent accepter du travail temporaire », explique celle qui a créé ce site d'embauche.

Embauche perpétuelle

« Chez Nordia, nous avons 450 employés et 14 % d'entre eux sont âgés de plus de 50 ans ; et je vais faire des efforts pour augmenter ce pourcentage. Ce sont des travailleurs avec une expérience de vie qui ne s'absentent pas sans nous appeler », exprime Hélène Deschênes, directrice générale du centre d'appels téléphoniques Nordia.

« Nous sommes ouverts sept jours sur sept jusqu'à 21 h et l'entreprise est en croissance. Nous sommes en embauche perpétuelle et, chaque mois, nous embauchons de nouveaux employés. Il faut combler des postes pour ceux qui quittent, ceux en congé de maladie, les vacances et les absences occasionnelles. Les travailleurs de 50 ans et plus montrent beaucoup de flexibilité d'horaire », fait valoir Hélène Deschesnes.

« De plus, au niveau de la formation, les travailleurs d'expérience connaissent la courtoisie, le savoir-être et la politesse dans les relations avec la clientèle. Ils n'ont pas de difficulté avec les horaires de travail ; il faut juste parfois un peu de mise à niveau avec les nouvelles technologies », indique la dirigeante du centre d'appels. En faisant affaire avec emploiretraite.ca, les employeurs sauvent aussi beaucoup de temps qu'ils consacraient au recrutement tout en éliminant beaucoup de paperasse.

Deuxième carrière

De nombreux employeurs ont des besoins pour combler des absences temporaires comme des congés de maternité, des congés de maladie ou pour des contrats pour des projets de quatre à cinq mois. « Chez Intercar, 40 % de nos employés sont des travailleurs temporaires qui sont souvent dans une deuxième carrière. Les transports par autobus se font très souvent les fins des semaine et les jeunes travailleurs avec des enfants ne veulent pas travailler à ce moment-là. Ce sont donc nos employés de 50 ans et plus qui se rendent disponibles pour ce genre d'horaire », fait valoir Hugo Gilbert, un des partenaires du nouveau site internet.

Contraste avec les Z

Il y a quelques semaines, j'assistais à une conférence sur la génération Z pour qui les loisirs et le plaisir passent avant le travail. Comme ils ne veulent pas travailler les soirs et les fins de semaine, ce sont les jeunes retraités qui viendront combler les besoins des employeurs.

Il y a 15 ans, quand l'usine de Port-Alfred a fermé ses portes, il n'y avait pas beaucoup d'espoir pour les travailleurs de 55 ans et plus de l'usine de pâte à papier pour se trouver un emploi. Les « vieux » ne sont pas bien vus sur le marché du travail, surtout quand tu as passé ta vie dans une usine. Pourtant, un nombre important de ces travailleurs avaient des compétences personnelles qu'ils n'ont jamais pu développer, ayant opté pour la sécurité d'emploi. Si le site emploiretraite.ca avait existé à cette époque, les travailleurs auraient pu utiliser leurs qualités personnelles, leur sens de l'initiative, leur leadership et leur implication sociale pour se faire valoir sur le marché du travail et ainsi dénicher un emploi pour les 10 ou 20 ans de disponibilité qu'ils avaient devant eux.

Mutation économique

Nous sommes en pleine mutation économique, les conditions de travail vont changer, des dizaines de milliers de baby-boomers vont partir à la retraite, ce qui risque de changer l'employabilité. « Certains employeurs préfèrent présentement embaucher deux travailleurs âgés en leur offrant chacun 20 heures de travail au lieu d'employer un jeune pour 40 heures. Ça leur donne plus de flexibilité. Parfois, une entreprise décroche un contrat pour une durée de cinq mois et ne peut pas garantir de travail à temps plein. Les employeurs préfèrent se tourner vers une main-d'oeuvre expérimentée, vers des travailleurs qui n'ont pas d'attente dans la durabilité de l'emploi », fait valoir Julie Dufresne, qui a documenté le sujet pendant des mois à l'aide de sondages et de groupes de discussions.

Sur le site de recrutement, les employés peuvent compléter un CV et les employeurs peuvent les consulter gratuitement. « Au premier coup d'oeil sur un CV, on ne sait pas de qui il s'agit, mais on connaît ses compétences. Si l'employeur veut en savoir plus, il doit alors verser 75 $ pour voir le CV au complet ou s'abonner pour 199 $ et avoir accès à tous les CV à travers le Québec », explique Julie Dufresne.

Ce nouveau constat sur le marché du travail est une bonne nouvelle pour toute une génération de travailleurs qui se montrent inquiets face à leurs revenus alors qu'ils seront à la retraite pendant plus de 25 ans. 

« Un cuisinier me racontait qu'il était habitué de travailler 12 heures par jour depuis de nombreuses années. Il ne voudrait pas revenir sur le marché du travail à ce rythme, mais il pourrait facilement accepter des remplacements de dépannage chez des restaurateurs. Ce genre d'individu ne se voit pas à la retraite à ne rien faire », soutient Julie Dufresne.

Une capsule publicitaire montre un retraité heureux de jardiner à sa première année de retraite qui commence à trouver le temps long après trois ans d'inactivité. Le travail pour les 55 et plus existe et ça risque d'être de plus en plus populaire.

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