Slap Shot a 40 ans

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Photo de groupe de l'équipe des Chiefs de... (Archives La Presse, Kings Road Entertainment)

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Photo de groupe de l'équipe des Chiefs de Charlestown du film Slap Shot.

Archives La Presse, Kings Road Entertainment

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Le film Slap Shot célèbre ses 40 ans cette année. Cette oeuvre est considérée comme un film culte au Québec, les fans finis en connaissent les répliques et les personnages continuent à vivre dans l'imaginaire québécois.

Même après 40 ans, les frères Hanson participent encore à des activités professionnelles, les chandails des Chiefs se vendent encore et le film fait toujours parler de lui, il a même sa page Facebook en plus d'avoir fait l'objet d'un documentaire l'an dernier.

Pourtant, de ce que je me rappelle de Slap Shot, ce sont des sentiments de gêne et de honte. J'avais hâte de voir Paul Newman que j'avais vu dans Luke la main froide, Butch Cassidy, l'Arnaque, La Tour infernale, c'était le Brad Pitt ou le Tom Cruise de notre époque. Quand j'ai vu ce film, j'étais gêné, je voulais me cacher sous la table, il était traduit en Québécois. C'était la première fois, je crois, qu'un film américain était traduit dans notre langue de tous les jours avec des voix de comédiens québécois, c'était vraiment moche comme film, l'horreur.

Le réalisateur, George Roy Hill (Oscar du meilleur réalisateur pour le film L'Arnaque ''The Sting''), avait peint un tableau caricatural pas très élogieux de notre sport national. C'est vrai que les scènes disgracieuses dans la Ligue nationale de hockey étaient nombreuses dans les années 70 avec les Broad Street Bullies de Philadelphie et les Big Bad Bruins de Boston.

Je me souviens de la fameuse bagarre de Stan Jonathan et Pierre Bouchard en 1978, le jeune bostonais avait fait gicler le sang de la figure du dur à cuire du Canadien. J'avais un chandail avec le nom de Jonathan dans le dos, quand j'allais à l'école, ce combat avait provoqué le départ du défenseur montréalais à la fin de la saison.

Je n'aimais pas le film Slap Shot parce qu'il ridiculisait notre sport national et à 17 ans, on ne possède pas encore toutes les nuances intellectuelles pour comprendre que c'était une caricature ou un pastiche, un mot que je ne devais même pas connaître à l'époque.

Depuis notre tendre enfance, nous étions habitués à des traductions françaises de France au cinéma, et le langage parlé à la télévision était d'un niveau élevé, ça «perlait» pour reprendre une expression du monde artistique. Alors, imaginez l'effet d'entendre du «Québécois» au cinéma dans la bouche de Paul Newman, c'était insupportable. Le Québec commençait à peine à se remettre du scandale des Belles-Soeurs de Michel Tremblay qui avait porté au théâtre le joual et l'accent québécois. Donc, Slap Shot n'a jamais fait partie de mes films cultes. De plus, à la fin des années 1970 le Canadien de Montréal était à la conquête d'une quatrième Coupe Stanley avec le trio Shutt, Lafleur, Lemaire qui dominait les équipes de goons, alors Slap Shot avec les idiots de frères Hanson et le zozo qui se déshabillait en bobette avec son jack-strap sur la glace n'avait rien d'inspirant pour l'adolescent que j'étais. Même l'étoile de Paul Newman avait pâli dans mon estime, je ne comprenais vraiment pas pourquoi il avait accepté un rôle dans cette comédie de mauvais goût. En plus, les acteurs sacraient comme des bûcherons, c'était de très mauvais goûts.

Évidemment, comme pour les oeuvres de Pagnol ou le Rabbi Jacob avec Louis de Funès, ou Elvis Gratton, ou Le patient anglais, ou La cage aux folles, ou J.A. Martin Photographe ou autres du même genre, c'est avec le temps alors que se forge notre culture et que s'ouvre notre esprit, qu'on finit par comprendre et apprécier.

C'est probablement en raison de tout le «buzz» autour de Slap Shot qu'on finit par revisiter le film avec des yeux différents et que là, on se met à rire au lieu de ressentir un malaise. Avec les années, on finit par découvrir que le gardien de but des Chiefs, Denis Lemieux (Yvon Barrette) était un comédien de la Gaspésie et que l'arbitre de la Ligue nationale d'improvisation Yvan Ponton jouait aussi dans ce film, que ce sont des Québécois qui vendent des produits dérivés du film partout dans le monde, une petite touche québécoise bien appréciée.

Slap Shot est devenu un film culte, je comprends aujourd'hui son impact et les fameuses répliques à la Québécoise, mais pour ma part ça va toujours rester un navet.

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