De doux souvenir à symbole de la mort

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Danielle Maltais, professeure à l'Université du Québec à... (Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Danielle Maltais, professeure à l'Université du Québec à Chicoutimi

Le Quotidien, Jeannot Lévesque

Roger Blackburn
Le Quotidien


CHRONIQUE / Les recherches indiquent qu'il faut beaucoup de temps aux victimes pour guérir des impacts d'une catastrophe et que les blessures sont nombreuses. Danielle Maltais, professeure à l'UQAC, a présenté le 22 février à l'université la troisième enquête sur les impacts de la tragédie de Lac-Mégantic trois ans après les événements, avec la collaboration avec la Dre Mélissa Généreux, directrice de santé publique de l'Estrie.

Un pourcentage important de personnes, surtout parmi celles qui ont été fortement exposées à la tragédie, montrent des symptômes anxieux et dépressifs plus élevés, comme ce fut le cas lors des inondations de juillet 1996 ou lors de la tempête de verglas de janvier 1998.

«Les niveaux de stress post-traumatique sont très importants chez les gens qui ont été touchés de près. Avant la tragédie de Lac-Mégantic, le train faisait partie des beaux souvenirs de jeunesse quand il passait dans la ville, alors qu'aujourd'hui, le bruit du train représente une source d'angoisse et de stress. C'est le symbole de la mort. Même chez les enfants de six ans que nous avons rencontrés dans les écoles primaires, le train représente le danger et la peur, ce qui vient probablement du discours des parents», explique la chercheuse à l'issue de ses enquêtes téléphoniques et de son travail sur le terrain avec les différents intervenants.

Déluge de 1996

Les gens du Saguenay qui ont été touchés de près par le Déluge de 1996 vivent le même genre de stress et d'inquiétude quand la pluie se fait incessante pendant plusieurs heures et que le niveau des rivières se met à monter. «Les personnes fortement exposées à la catastrophe sont plus nombreuses à constater une augmentation de leurs problèmes de sommeil, une détérioration de leur humeur et une conception plus négative face à la vie», fait part la chercheuse au sujet de la population de Lac-Mégantic.

«Les gens qui ont vécu un deuil compliqué ont un état de santé moins bon que celui des personnes ne vivant pas de deuil compliqué. Ils vivent des troubles de stress post-traumatique, connaissent une baisse de motivation au travail et sont aux prises avec des difficultés de sommeil», explique Danielle Maltais.

La chercheuse a constaté dans son étude sur le Déluge de 1996 que la perte d'une maison, d'une vie de quartier ou de lieu de rencontre se vivait comme une forme de deuil pour certaines personnes. «Les gens de Lac-Mégantic sont aussi très affectés par la destruction de leur centre-ville qui était leur milieu de vie», fait valoir celle qui a également étudié les impacts de la crise du verglas de 1998.

Parmi les impacts négatifs les plus étonnants à Lac-Mégantic, il faut noter une augmentation de la consommation de drogue et d'alcool. «Les intervenants sociaux sur le terrain nous ont rapporté que les revendeurs de drogue avaient flairé la bonne affaire et se montrent très actifs dans le milieu. Plusieurs personnes ont reçu des sommes d'argent importantes en guise de dédommagement et toutes n'ont pas la même aptitude à gérer cette entrée d'argent. Certains ont augmenté leur consommation de drogue», a relaté la chercheuse en fin de conférence.

«Avec le passage du temps, certains symptômes diminuent alors que d'autres s'accentuent. On sent aussi un essoufflement de la part des intervenants. Lors de la tragédie, on avait dit aux intervenants sociaux de ne pas s'impliquer directement auprès des sinistrés et de continuer leur travail seulement auprès de leur clientèle régulière. Ils se sont sentis tassés, évacués du processus d'aide et ça leur a fait mal. Les gens sont beaucoup plus fragiles aux différents facteurs de stress, ils donnent l'impression qu'ils ne sont plus capables d'en prendre, que la cour est pleine», met en lumière la chercheuse.

Le déménagement du CIUSSS vers Sherbrooke, le recours collectif, la lente reconstruction du centre-ville, la disparition de lieux de rencontre, le bruit de la gare ferroviaire et le retour du train contribuent à augmenter le niveau d'anxiété des personnes fortement exposées à la tragédie.

Lac-Mégantic en chiffres

• 72 wagons de train

• 100 000 litres de pétrole brut

• 47 décès

• 2 suicides directement liés aux événements

• 27 jeunes ont perdu un ou deux de leurs parents

• 2000 personnes évacuées

• 169 personnes n'ont pu réintégrer leur domicile

• 35 commerces détruits

• 44 bâtiments qui abritaient 5 résidences et 60 appartements détruits

• 430 millions $ en fonds d'indemnisation

Le Déluge du Saguenay en chiffres

• 262 mm de pluie en 50 heures sur la Réserve faunique des Laurentides et la région du Saguenay

• 6 rivières se déversant dans le Saguenay sont sorties de leur lit

• 10 décès associés aux inondations

• 500 résidences détruites

• 2000 résidences endommagées

• 7000 familles ont vu leur quartier ou leur maison subir d'importants dommages.

• 16 000 personnes ont été évacuées

• Un milliard de dollars en pertes matérielles

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