Le bon prof

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Jacques Vaillancourt, enseignant d'histoire à la retraite, fait... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Jacques Vaillancourt, enseignant d'histoire à la retraite, fait partie de la race des professeurs qui ont marqué des milliers d'adolescents au cours de leur carrière.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Le prof qui nous fait aimer l'école, celui dont on avait hâte d'assister au cours, celui qui rit avec nous, pas de nous, celui qui est allumé, le curieux, le passionné qui sait communiquer, le prof branché sur l'actualité, sur nos réalités, qui sait comment nous dire quoi au bon moment. Vous avez sûrement un nom en tête ; vous l'avez croisé pendant vos études. Les plus chanceux en ont croisé plusieurs, au primaire, au secondaire, au cégep, à l'université.

En cette Semaine des enseignantes et des enseignants, qui se déroule jusqu'au 11 février, j'ai fait un petit sondage maison pour savoir qui vous avait marqué comme prof. Il y en a encore beaucoup, plusieurs sont à la retraite, mais la mère des bons profs existe toujours. Vous en connaissez plusieurs.

« En janvier 1980, avoir l'ancien premier ministre du Québec Robert Bourassa comme professeur de politique économique à l'Université Laval, ça marque l'imaginaire. Il arrivait de son exil en Europe après sa défaite en 1976, où il avait étudié toute la mécanique de l'Union européenne, et nous étions au coeur de la campagne référendaire. Il n'a pas changé ma vie, mais je n'oublierai pas cette année d'université », me raconte mon chef de nouvelles Normand Boivin, à qui j'ai demandé quel prof l'avait marqué dans sa vie avant qu'il me parle de feu Roland Bergeron, professeur de français du Séminaire de Chicoutimi.

On a tous des maîtresses d'école qu'on a aimées et des professeurs qui nous ont laissé de bons souvenirs. Je me rappelle précisément de certaines journées de classe au primaire, de moments merveilleux ou simplement anecdotiques comme il y en a eu plusieurs au secondaire. Si vous n'avez jamais vu le film Carpe Diem, La Société des poètes disparus, de Peter Weir avec le regretté Robin Williams, ou le film Les Choristes de Christophe Barratier, c'est de ces profs-là dont je vous parle ; ceux qui ont influencé notre vie, notre carrière, nos décisions.

Personnellement, j'ai été chanceux. Je suis arrivé dans le monde scolaire en même temps que la réforme Parent, en 1967, l'année où on a créé les cégeps, l'année de l'Expo, l'année du « Vive le Québec libre ! » du général de Gaulle. C'était le début d'une époque très dynamique animée par de jeunes professeurs remplis d'ambition alors que tout était à inventer et à découvrir. Le Québec commençait à s'ouvrir. Il y avait ce qui nous manque aujourd'hui, un projet collectif.

J'ai posé la question sur mon réseau « socioamical » et j'ai quand même eu une quarantaine de réponses. Certains profs vont sûrement se reconnaître. Vous m'avez mentionné Jacques Hébert, 6e année à Jonquière ; Isabelle Labrie, prof en ATM au Cégep de Jonquière ; Berthe Gagnon de l'école Sacré-Coeur à Kénogami ; Héléna Villeneuve du Cégep de Chicoutimi ; Jean-Marie Tremblay en sociologie au Cégep de Chicoutimi ; Mustapha Fahmi, professeur de littérature et shakespearien par excellence à l'UQAC ; Lucie Lévesque, 5e année ; Jean-Jacques Reigneau ; Aline Guérin, prof de flûte à l'école de musique ; Patricia Eustache, prof de maths en secondaire I ; Marlène Claveau, prof de musique au secondaire ; Marc Bérubé, prof de sciences en secondaire V ; Youssef Tadros, professeur d'histoire, sec. V, Pavillon Wilbrod-Dufour à Alma ; Pierre Deschênes à l'UQAC ; Laval Duchesne, cours d'écophysiologie et d'écologie humaine à l'UQAC ; Jean Rodrigue Tremblay, enseignant au primaire à Jonquière maintenant retraité ; Nicol Simard, professeur de français au Pavillon Wilbrod-Dufour d'Alma ; Gervais Villeneuve, prof de français à Charles-Gravel ; Jean-Paul Simard, français sec. III, Cégep de Jonquière ; Mustapha Elayoubi, électricité, sciences pures, à l'UQAC ; Masoud Farzaneh, génie électrique, fellow IEEE UQAC, Natalie Pelletier, prof de théâtre à la polyvalente de Jonquière ; Lucien Brunel, professeur d'éducation physique à Dominique-Racine ; Yvon Robert, Côté en secondaire V ; Richard Tremblay, professeur d'informatique à l'UQAC.

Le plus fou de la classe

« Parce que j'étais le plus fou de la classe ». C'est ce que lance en riant Jacques Vaillancourt quand on lui demande pourquoi les élèves qui sont passés dans la sienne se souviennent de lui, disent qu'il les a marqués et qu'ils en gardent un excellent souvenir. Le prof a oeuvré pendant 35 ans dans le monde de l'éducation et au moins pendant 25 ans à titre de professeur d'histoire de secondaire IV aux écoles Lafontaine et Dominique-Racine de Chicoutimi.

« J'aimais les élèves. Dès le premier cours de l'année, j'entrais en classe avec une grande nervosité et, au bout de 15 secondes, les élèves souriaient. Il s'installait une complicité, une magie, ça se faisait tout seul, naturellement », se rappelle le prof d'histoire que j'ai rencontré dans sa maison du rang Saint-Joseph. Assis au bout de la table de cuisine, il racontait son histoire, lui qui a passé sa vie à raconter celle du Québec.

« En fait, je n'enseignais pas l'histoire, je la racontais ; je faisais des jeux en classe, on campait des personnages, on s'amusait, je sortais régulièrement du programme pour raconter des anecdotes, je crois que c'est ça qui intéressait les jeunes », dit-il. « Souvent, je demandais aux filles de la classe de trouver leur ancêtre du côté de leur mère et très souvent leur ancêtre féminin était une Fille du roi. Je profitais de cette anecdote pour enseigner la colonisation. Ces filles (près de 1000 en 10 ans) avaient traversé l'océan à bord de voiliers pour se marier à un inconnu en moins de deux semaines », lance-t-il en parlant d'un sujet qui le passionne, comme il a dû le faire durant toute sa carrière face à 30 élèves.

Jacques Vaillancourt considérait chaque cours comme un rendez-vous privilégié, « un rendez-vous d'amour et de complicité. J'avais à coeur leur réussite. L'histoire était un cours obligatoire qu'ils devaient réussir pour poursuivre leurs études », rappelle celui qui planifiait des révisions pour ceux qui avaient de la difficulté lors d'examens.

« Je n'aimais pas l'échec. Je me souviens d'un jour, en septembre, d'avoir rencontré une de mes étudiantes qui avait de la difficulté et de lui avoir demandé si elle avait réussi ses examens du ministère. Elle m'a dit ''non, mais ce n'est pas de votre faute.'' C'est une phrase qui m'a fait plaisir malgré tout », raconte l'historien.

Même si Jacques Vaillancourt avait le sourire facile et que la matière qu'il enseignait faisait jaillir une joie de vivre, il exigeait rigueur et bon comportement. « Dès le début de l'année, je mettais certaines choses au clair comme les absences, par exemple. Je leur disais qu'en cas d'absence, je leur promettais d'appeler leurs parents. Et de toute ma carrière, même quand le directeur le permettait, je n'ai jamais autorisé le port de la casquette dans mes cours », dit-il avec un peu de fierté mal cachée.

Il m'a fait visionner le reportage qu'une jeune cinéaste a fait sur lui dans le cadre de la Course destination monde, dans les années 1990. La jeune reporter mentionne que « quand Jacques Vaillancourt raconte l'histoire, on la voit, on la vit, on l'entend, c'est comme une mise en scène ». Il s'est déguisé en Frontenac pour ce cours et il dit : « L'enseignement, c'est du théâtre pour mauvais comédiens et j'en profite ».

Le prof à la retraite a traversé la vie de plusieurs adolescents et a marqué ces jeunes par son enthousiasme et ses talents de pédagogue. « Dans une classe, il y a 30 paires d'yeux qui te regardent. Il faut trouver les mots, les gestes et une attitude, il y a un côté spectacle, veut, veut pas. J'ai toujours pensé que les étudiants dans une classe ne réfléchissent pas, ils ''snifent''. Ils sentent et ressentent », de confier le prof de secondaire qui a laissé sa trace dans la mémoire collective.

« Je pense que les jeunes reconnaissaient en moi le dévouement pour mon travail et pour la matière que j'enseignais. J'ai remarqué avec les années que ce qui les accroche le plus, ce sont les choses vécues par des gens, ça les touche plus que la politique. Ça pique leur curiosité quand je leur dis que le Québec existe à cause que des gens cherchaient une route pour trouver des épices et que la fourrure nous a fait vivre pendant 200 ans », raconte l'enseignant de 77 ans à la retraite.

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