Gavage télévisuel en rafale

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Notre chroniqueur a écouté la série Trône de... (Archives La Presse)

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Notre chroniqueur a écouté la série Trône de fer en rafale sur 35 jours.

Archives La Presse

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Je me suis tapé la série Trône de fer dans le dernier mois, c'est-à-dire six saisons de dix épisodes pour un total de près de 60 heures d'écoute. J'ai profité du congé des Fêtes pour exagérer un peu dans le visionnement en rafale, les spécialistes en communication considèrent ça comme du gavage télévisuel, avouons que j'ai mangé beaucoup de télé et que j'ai passé de longs moments avec les Lannister et les Stark, des personnages célèbres de la série télévisée.

Les Anglais emploient l'expression «binge watching» en référence à «binge drinking» qui veut dire boire à l'extrême, beuverie ou se saouler. Je me suis donc enivré d'une série télévisuelle qui perce l'écran depuis 2011 sur la chaîne HBO. Ça fait donc près de six ans que je me fais dire: ''écoutes-tu Game of Thrones? Non? Il faut absolument que tu écoutes ça c'est extraordinaire''», me disaient les gens depuis tout ce temps.

Eh bien, j'ai préféré suivre cette saga de science-fiction en 35 jours au lieu du rendez-vous hebdomadaire à raison de 10 fois par année. Qui se souvient du premier épisode du Trône de fer diffusé il y a six ans? La première chose que j'ai faite après avoir visionné le 60e épisode la série c'est de réécouter le premier épisode juste pour revoir les personnages principaux au début de cette épopée sans fin. Le fait de revoir ces personnages une fois qu'on sait ce qui va leur arriver dans le futur est un véritable péché mignon.

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on peut visionner des séries en rafale, cela existe depuis l'arrivée du vidéo sur le marché télévisuel. À partir de ce moment, les rendez-vous obligés avec le petit écran ont commencé à prendre le bord tout comme les publicités télé. Je pense que la dernière série que j'ai regardée contraint par un rendez-vous un soir de semaine a été Série noire. Les producteurs québécois ont décidé de diffuser, l'année suivante, tous les épisodes de la deuxième saison au complet sur Tou.tv avant les rendez-vous obligatoires de la case horaire.

On éprouve un véritable plaisir quand on termine un épisode, lors d'un visionnement en rafale, de peser sur «retour au menu principal» pour immédiatement retomber dans l'histoire. Maintenant qu'on peut le faire on se rappelle comment c'est moche de devoir attendre à la semaine prochaine, voire à la saison prochaine pour connaître la suite. Aujourd'hui un gamin de 15 ans peut se taper tous les films de la Guerre des étoiles avant d'aller visionner le dernier film Rogue One sans avoir attendu 40 ans pour connaître ce qui arrive avant le premier film.

Les téléséries sont maintenant très à la mode. Sur Internet on précise que le Trône de fer est la 40e série sur les 101 meilleures téléséries à vie (Sopranos 1er, Breaking Bad 13e, Les Simpson 11e, Six pieds sous terre 18e, Star Trek 33e, Downtown Abbey 43e, Homeland 48e, Columbo 57e et Le prisonnier 90e). Je vais sûrement visionner Les Sopranos. Il paraît que c'est la meilleure de tous les temps, je ne voudrais pas manquer ça. J'ai vu celles citées entre parenthèses et on me conseille d'écouter The Wire ou House of Cards.

Je vais attendre d'être confiné à demeure à cause d'une bonne grippe de gars ou lors d'une longue fin de semaine à moins 30 pour démarrer une autre série. La tentation est forte de démarrer un autre épisode quand nous sommes captivés par une histoire, ça fait qu'on finit par se coucher tard. Une fois je me suis réveillé au milieu de la nuit et au lieu de faire la «pitourne» dans le lit (pis tourne d'un bord, pis tourne de l'autre... une vieille expression de ma mère) je me suis installé devant la télé pour me taper cinq épisodes d'un coup. On finit par en rêver, ça devient un peu débile de se gaver d'images à ce rythme, mais pour celui qui aime le cinéma, ce n'est jamais trop.

Je comprends les cinéastes qui doivent faire des choix difficiles au montage un film pour que l'histoire se raconte en 90 minutes. En réalisant des séries de 10 épisodes, ils ont le loisir d'étirer leur plaisir de création et d'aller au bout du processus. Il y a toujours la touche «avance rapide» pour les bouts ennuyants, le téléspectateur conserve ce privilège.

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