Les nouveaux rois mages

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CHRONIQUE / C'est Serge Bouchard, l'anthropologue et animateur à Radio-Canada... (Photo 123rf)

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Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / C'est Serge Bouchard, l'anthropologue et animateur à Radio-Canada qui posait la question jeudi matin en ondes avec Doris Larouche, qui traitait des Noëls tristes à l'émission du matin : « On fête qui à Noël, si on ne fête pas le petit Jésus ? »

C'est vrai que Noël s'est désacralisé au cours des dernières années, le caractère religieux de la fête a pris le bord en même temps que les curés.

Avant c'était l'anniversaire de naissance du gars qui disait «Aimez-vous les uns les autres»', qui tendait l'autre joue quand on le frappait et qui pardonnait à ses bourreaux, « car ils ne savent pas ce qu'ils font ». J'ai été enfant de choeur dans ma jeunesse (eh oui, thuriféraire - le porteur d'encensoir - même) et Noël, ça commençait avec les quatre semaines de l'avent et l'étole violette du curé pendant les messes. Il y avait l'histoire des rois mages à dos de chameau guidés par une étoile pour livrer des cadeaux au petit bébé dans une étable, couché dans une mangeoire, enrobé dans de la paille, entouré de ses parents, d'un boeuf, d'un âne et des petits moutons. Le petit était venu au monde alors que sa mère était encore vierge, il a été conçu par un ange. Avouons que c'était toute une histoire pour l'imaginaire d'un gamin. Le petit Jésus de plâtre dans la crèche on savait qui il était, tous les dimanches dans les églises pleines de monde on nous racontait son histoire.

Mais à un moment donné, à mon adolescence, sans trop savoir pourquoi, il ne fallait plus croire. Les églises ont commencé à se vider, le père Noël a volé la vedette au petit Jésus, l'étoile en haut du sapin a été remplacée par une Fée des étoiles, la crèche au pied de l'arbre avec les petites maisons illuminées a pris le bord des vidanges et le style des lumières extérieures s'est mis à changer chaque année. Les réveillons avec la tourtière, les pâtés à la viande, le pain sandwich et les vol-au-vent ont été remplacés par des soupers thématiques alors que le dieu de la consommation s'est imposé avec la fée marketing comme les rois de la fête. Noël maintenant fait sonner les cloches des caisses enregistreuses, c'est ça qu'on fête à Noël, la consommation.

Heureusement, les rassemblements familiaux sont restés dans les traditions. On le sent, on l'entend, on le voit dans toutes les familles, à Noël on prend le volant et on se rend chez nos parents ou chez nos enfants. Les frères et soeurs, les neveux les nièces, les oncles les tantes, les grands-parents se font la bise et des câlins qui durent plus longtemps. On dirait qu'on se serre plus fort dans nos bras à Noël, c'est peut-être le petit côté nostalgique de la fête, où l'âge qui me rattrape, mais les yeux se mouillent plus facilement, l'émotion voyage plus librement dans nos coeurs.

Si on ne fête plus le petit Jésus à Noël, on s'accroche quand même à ses paroles : « Aimez-vous les uns les autres... » Si le volet magasinage et commercial de la fête est emmerdant, parce qu'on n'a pas le temps, pas l'argent, pas le goût, parce que les magasins sont trop pleins de monde, il reste que les rassemblements sont source de bonheur.

J'ai l'impression que les jeunes qui traversent la 175 dans la Réserve faunique des Laurentides sont les nouveaux rois mages qui traversent un désert de neige pour apporter le plus précieux des cadeaux, leur présence en cette période de réjouissance.

L'exode des jeunes dans la région a engendré ce phénomène de migration de Noël alors que les familles disloquées pour des raisons d'emploi se retrouvent dans les chaumières avec les enfants, les petits-enfants, les parents et les grands-parents. Ça sent encore bon dans nos vieilles maisons. Ces migrants temporaires apportent joie et bonheur avec eux et la majorité traverse le parc pour festoyer et se faire gâter par leurs parents qui les attendent avec impatience pour faire ripaille et bombance.

C'est vrai que Noël s'est désacralisé avec les années, mais heureusement il ne s'est pas « défamiliarisé ». Profitez-en pour vous aimer les uns, les autres, pour vous serrer fort dans vos bras, pour vous faire des bisous, pour rire, pour prendre soin de vous et des autres.

Joyeux Noël !

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