Ça crie, ça chahute, ça rit fort

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Guy Tremblay, qui cumule 25 ans d'expérience, est... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Guy Tremblay, qui cumule 25 ans d'expérience, est responsable du transport scolaire chez Intercar. Diane Tremblay possède 20 années d'expérience comme chauffeuse d'autobus. Elle fait le même circuit du secteur nord de Chicoutimi depuis six ans.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Il est 15h15. L'autobus est stationné tout près de l'école Notre-Dame-du-Rosaire. La chauffeuse attend l'heure H, immobilisée en face du Tim Hortons, situé de l'autre côté de la rue. À 15h23, les jeunes sortent dans le stationnement pour prendre leur rang et à 15h30, Diane ouvre la porte pour laisser monter la trentaine de jeunes du primaire, foulard sur la bouche, tuque enfoncée jusqu'aux oreilles. «Ils sont excités un peu plus que d'habitude parce que je leur ai dit qu'il y aurait un journaliste à bord aujourd'hui pour faire un reportage», confie celle qui connaît tous ses passagers par leur petit nom.

Les plus petits montent en premier, les plus grands sont derrière. Le professeur confirme que tout le monde est à bord, Diane ferme la porte et démarre avec son chargement. Ça crie, ça chahute, ça rit fort. Diane est comme une maman pour ces tout p'tits, ça fait six ans qu'elle parcourt le même circuit. «Bye ma belle! Ici, je dois dire bonjour à Sophie-Rose, sa petite soeur qui attend l'autobus en regardant par la fenêtre. Elle prendra l'autobus l'an prochain», m'informe la chauffeuse.

Salut ti-coco, salut ti-coeur, elle leur fait des caresses sur les joues. «Lui, il faut que j'attende qu'il me fasse bye bye avec la main avant de fermer la porte. Il y a beaucoup d'arrêts, mais ça ne me dérange pas, je préfère les débarquer en face de leur maison», dit celle qui cache toujours des bonbons et des suçons dans ses poches qu'elle distribue à sa guise en faisant des câlins à ses passagers.

Les vitres sont encore des jardins de givre à l'intérieur des autobus jaunes, les chauffeurs font encore du porte-à-porte matin-midi-soir, les jeunes marchent encore dans l'allée centrale pour parler au chauffeur ou pour changer de banquette pendant que l'autobus roule. «Je peux leur donner des friandises et leur faire des câlins parce que je suis une femme. Je suis comme une maman pour eux, ils me confient leur joie et leur malheur, je connais leur histoire», fait valoir la chauffeuse de 20 ans d'expérience.

Après avoir complété son circuit d'une douzaine de rues d'une durée d'environ 30 minutes, madame Diane crampe le volant de son autobus en direction de l'École secondaire Charles-Gravel pour faire un transport d'ados du secondaire. «Avec les ados, c'est différent. J'espère juste qu'ils soient polis et qu'ils me saluent quand ils montent dans le bus. Des fois, il y en a qui passent sans même me regarder, je trouve ça triste», avise la conductrice avant de repartir pour un autre circuit.

Une machine bien huilée

Le transport scolaire est une machine bien huilée où les procédures sont bien établies. Les difficultés se rencontrent dans les cas isolés. «On vit très bien avec les horaires, les adresses différentes, les gardes partagées entre les parents, mais le problème, c'est quand il n'y a pas eu de communication. Prenez par exemple un enfant qui habite chez sa mère cette semaine et que la maman est obligée de faire du temps supplémentaire un soir. Le jeune change d'autobus et va coucher chez son père. Mais moi, sur mon calendrier, le jeune n'est pas supposé monter à bord de mon autobus. Il n'est pas sur mon horaire. Je dois vérifier et valider avec des appels téléphoniques», cite en exemple Gilles Tremblay, chauffeur d'autobus et responsable du transport scolaire pour Intercar.

Il y a plus de chance de commettre une erreur quand il y a un remplacement de chauffeur. «Les téléphones cellulaires nous permettent de communiquer avec les chauffeurs, les professeurs, les services de garde et les parents, ça devient un élément de sécurité important», assure-t-il.

«Les maternelles progressives en début d'année nous causent aussi du souci à l'occasion, car les enfants prennent l'autobus occasionnellement. On ne les connaît pas beaucoup et ils ne se rappellent pas toujours où ils demeurent. Leur adresse est écrite sur la boîte à lunch, mais ça demande toujours plus d'attention», explique-t-il. Les petits de quatre, cinq et six ans résument souvent leur lieu de résidence à la couleur de la maison. «J'habite dans la maison bleue», entend-on souvent avec la tuque qui lui tombe sur les yeux et un sac à lunch plus gros que lui.

Les chauffeurs espèrent conserver le même circuit d'année en année. Ils connaissent les enfants, leurs frères et soeurs, les parents et les rues du quartier. C'est le 15 octobre, en fonction de l'ancienneté selon la convention collective des chauffeurs, qu'ils peuvent changer de circuit. «Les chauffeurs peuvent maintenant se rendre à leur domicile avec les autobus entre deux transports, certains cherchent donc à se rapprocher de leur résidence pour retourner à la maison pendant les attentes entre deux transports», explique Gilles Tremblay, qui mise sur une équipe de chauffeurs d'expérience pour transporter nos enfants chaque jour.

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